Véhesse

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Billets qui ont 'Exobiographie' comme oeuvre littéraire.

lundi 11 avril 2016

Panama

Je me souviens que l'excellente Exobiographie d'Obaldia parle du creusement du canal de Panama. Je ne l'ai pas sous la main, donc je ne peux citer, mais à ma grande surprise, j'y ai appris que Gauguin a participé au chantier, un chantier terrible dans l'humidité et les moustiques.

Je me souviens que le canal de Panama joue un grand rôle dans Les voyageurs de l'impériale.

Dans la série "mes amis ont du talent", je vous propose un pa(nama)stiche de Victor Hugo et un de La Fontaine.

Et une anthologie fantastique (j'en reste coite) ici: Panamanière. Bravo à tous, à ceux que je connais et ceux que je ne connais pas. Chapeau bas !

jeudi 13 novembre 2008

Course de poux

Lequel d'entre nous eut l'idée d'organiser des courses de poux? Je ne m'en souviens plus. Mais cela nous valut des instants fiévreux qui occupèrent nos esprits. Au cours de l'interminable journée, tandis que nous remplissions et poussions des wagonnets ou déchargions des tonnes de charbon, de songer à la récréation du soir, à nos vaillants coursiers à six pattes que nous faisions galoper ventre à terre (la table en guise de pouxodrome), nous procurait une lamentable exaltation. Très vite — il fallait s'y attendre — s'engagèrent des paris. Ce qui donna lieu à des situations tendues, dramatiques. Un tel jouait ses cigarettes et son chocolat, tel autre son tube d'aspirine, un troisième sa réserve de boîtes de conserve, sa flanelle... Rares étaient les parieurs qui restituaient les biens de ceux que la fortune avait dépouillés. Certes, ce n'était pas Macao, mais l'« enfer du jeu » gagna notre baraquement. Crémieux, après avoir perdu ses rations et tout son argent de camp, n'alla-t-il pas jusqu'à engager son manoir du Périgord ? Qu'il perdit également ! Le pou de Chaidron avait coiffé le sien au poteau (une allumette) d'une encolure ! Je vois encore Crémieux, livide, aussi livide que tous les poux réunis, arracher un morceau d'un sac de plâtre sur lequel il rédigea en bonne et due forme l'acte d'acquisition, signé de deux témoins, au profit de Chaidron ; il lui donnait la jouissance du manoir, « excepté les communs »...
Devant la rage et la passion des turfistes, nous décidâmes à une forte majorité de cesser les paris; du même coup cessèrent les galopades. Le cœur n'y était plus. Nos poux rentrèrent tous dans la clandestinité.

René de Obaldia, Exobiographie

lundi 25 décembre 2006

Le-petit-Jésus-s'en-va-t'à-l école

La distribution d'images pieuses et de boules de gomme ne pouvait suffire à meubler les heures où nous étions rassemblés sous son aile protectrice. Portant la main à son chignon (mais oui, un chignon!), elle nous parlait d'abondance du petit Jésus. De son application à l'école, et comme il était bien élevé : quand une grande personne lui adressait la parole, il retirait toujours sa casquette. Le soir, rentré à la maison, après avoir terminé ses problèmes d'hébreu, de géographie et d'arithmétique, le petit Jésus trouvait encore le moyen d'aider son papa charpentier. Il ramassait les copeaux de bois épars sur le sol et les stockait dans une grande bassine en prévision d'un feu de joie pour le prochain Noël. Il aidait aussi sa maman (une très belle dame vêtue de bleu) à porter des chardons à l'âne; c'est fou ce que l'animal aux oreilles si douces, aux yeux de velours, raffolait de ces épineux! Lorsque le petit Jésus se piquait en transportant les chardons et qu'une goutte de sang perlait à son doigt, il offrait ce sang à Dieu pour le rachat de tous les ânes.

C'est lui aussi, le petit Jésus, qui était chargé de mettre une serviette autour du cou du bœuf au moment de passer à table. (Le ruminant bavait d'abondance.) Un bœuf pas ordinaire. D'une énorme gravité. Sa principale occupation consistait à souffler dans l'âtre afin de ranimer les braises. Mais on le voyait de temps à autre à la porte : il l'encadrait de sa forte présence, ce qui donnait à réfléchir aux indésirables qui auraient voulu s'introduire, ex abrupto, dans le saint des saints — le plus souvent des Romains, pas très catholiques.

Sa mission accomplie, le petit Jésus gagnait sa place, à la droite de son père (le charpentier). Alors, le bœuf, prenant appui sur ses pattes de derrière, se dressait à la verticale et récitait à haute et intelligible voix le bénédicité. La prière terminée, le petit cénacle honorait la sardine à l'huile, les rutabagas et la banane trempée dans du lait caillé qui constituaient l'ordinaire du repas; le dimanche s'y ajoutait une tranche de lard : la Sainte Famille ne roulait pas sur l'or.

Au fur et à mesure qu'elle nous contait ces histoires édifiantes, il arrivait que l'émotion gagnât la narratrice ; elle s'interrompait, se mouchait bruyamment ; après avoir repris son empire, elle nous regardait longuement, longuement, et finissait par affirmer que nous autres, petits garnements, étions aussi des petits Jésus !
— Moi, mam'zelle, z' suis un p'tit Zésus?
— Oui, toi aussi, Anatole.

Par bonheur, nous ignorions alors le sort que les adultes réservèrent au «petit Jésus» pour le punir d'avoir grandi.

René de Obaldia, Exobiographie, p.123

mercredi 4 octobre 2006

Durablement et sérieusement fumiste

Cet allegretto de la septième est le titre d’un petit livre d’André Billy, personnage qui lui-même avait été l’ami des poètes et particulièrement d’Apollinaire, dont je me souviens que je lisais, dans Le Figaro de mes parents, dans mon enfance, des chroniques dont une m’avait beaucoup plu. Il y a une phrase qui est l’une de mes phrases préférées de la littérature française : il expliquait qu’il avait fait changer sa chaudière, à Barbizon où il vivait, qu’il avait dit au fumiste à la fin de l’opération « A la prochaine fois », le fumiste avait répondu « la prochaine fois ce ne sera plus moi », et André Billy concluait : « je suis fait de telle sorte qu’au lieu de me réjouir de la longévité des chaudières, je m’attriste de la brièveté des fumistes ».
source : Renaud Camus dans l'émission Domaine privée en 1993

De leur côté, les Etablissements Albert Hatry, 69 bis, rue de Dunkerque, plaçaient une annonce dans Le Matin : ils recherchaient un «fumiste sérieux» capable aussi de remplacer leur homme de peine, décédé à la suite d'une indigestion de pieds de veau.
René de Obaldia, Exobiographie, p.51

complément le 11 octobre 2006

ET AU LIEU DE ME REJOUIR DE LA LONGEVITE DES CHAUDIERES, JE M'AFFLIGE DE LA BRIEVETE DES FUMISTES.
Été (Travers II), p.136

838. (Tandis qu'une autre chronique encore, mais celle-là d'André Billy, s'achevait sur cette phrase inoubliable, ou en tout cas inoubliée : « Et au lieu de me réjouir de la longévité des chaudières, je m'afflige de la brièveté des fumistes. » Oh ! Moi aussi, moi aussi ! Je m'afflige de la brièveté des fumistes !) [Billy (je crois qu'il habitait Barbizon) avait dit à son plombier, ou chauffagiste, ou fumiste, donc, qui venait de lui installer une chaudière : « Au revoir, à la prochaine ! » Et le fumiste avait répondu : « Oh, la prochaine, ce ne sera plus moi... »]
Vaisseaux brûlés, 838

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