Billets qui ont 'Duparc, Tony' comme personnage.

L'Amour l'Automne, chapitre 3, note 9

Transcription (avec quelques ajouts) de la lecture du 7 janvier en présence de Renaud Camus.

D'abord le texte de la note jusqu'à l'appel de note suivant :

neuvième note (note à la huitième note)

********* Cette étymologie figure en particulier dans la grand dictionnaire de Grimm et semble avoir "fait souche" outre-Rhin. Elle paraît toutefois mal étayée scientifiquement. Le Dictionnaire étymologique de la langue latine ainsi que le Dictionnaire étymologique de la langue française n’établissent aucune relation entre persona et personare et donnent persona pour un mot latin d’origine pré-romaine. Toutefois, une étymologie, même mal étayée, peut opérer dans l’imaginaire. Quant au sens du mot Person, qui a été soumis à de nombreuses variations au cours de l’histoire, il semble que Celan s’inscrive dans une tradition qui remonte aux plus anciennes sources de la philosophie médiévale et entend par «personne» la «substance indivisible d’un être doué de raison».

Le Dictionnaire historique de la langue française, lui, parle également du masque, mais signale en plus que le développement du terme reproduit partiellement celui du grec prosopôn (-> prosopopée): «il a pris le sens de "rôle attribué à un masque", c’est-à-dire "type de personnage" et, en dehors du théâtre, la valeur générale d'"individu" (…) À basse époque, persona signifie par extension "honneur, dignité" ; les grammairiens, depuis Varron, l’utilisent pour traduire le grec prosopôn et les juristes l’opposent à res "chose". »

Gelobt sei du, Niemand. Caverne polyphémique maintenant traversée par un épieu sanglant dans des hurlements de cyclope, tel est l’antre phonologique générateur du langage, choc épineux d’un enfant surpris au gîte utérin par un père-monstre trop tôt rentré dans un ventre devenu entre temps incestueux. Lui a peu de souvenirs de cet obscur bar Orphée, obscur en plus d’un sens, au demeurant, lieu d’orgie plutôt sombre, certainement, mais qui, malgré les plaisirs faciles qui sans doute s’y trouvaient prodigués, et la foule de garçons qui s’y pressaient certains jours, certains soirs, certaines nuits, paraît avoir peu marqué les esprits, curieusement, et n’avoir jamais joui, même aux temps lointains de sa plus grande activité, d’une très grande popularité — peut-être pour la raison que, voisin de la place Saint-Georges, il me semble, ou de la place Blanche, il occupait un emplacement plutôt marginal par rapport aux lieux consacrés aux plaisir de ce genre, dans le Paris de cette époque. Mon Dieu, es-tu encore tombé de ton lit, Nemo?… Qu’est-ce qui t’arrive?

— Ce n’est rien, Maman, rien du tout ! Une double porte, ménagée à l’arrière de de la salle, s’ouvrit, et j’entrai dans une chambre de dimension égale à celle que je venais de quitter.

C’était une bibliothèque. Owen est tout à fait mon genre — je parle de son apparence, pas de sa poésie. Justement vient d’être publié, dans la collection "Les Journées qui ont fait la France", un nouvel ouvrage sur l’épisode de la fuite du roi; mais il s’agit sans doute d’un travail trop sérieux pour qu’il fasse la part belle à l’épisode de la pièce de monnaie qui permet de reconnaître le fugitif malgré son déguisement. Le temps, qui atténue les souvenirs, aggrave celui du zahir. Lire, c’est lire ailleurs. À l’origine était la séparation, c’est-à-dire la contradiction.

Roman Jakobson, en son analyse fameuse de l' Ulysse de Pessoa, centre son attention sur les "oxymores dialectiques" (c’est le titre de son article) qui selon lui structurent l’ensemble du poème. Ambo florentes aetatibus, Arcades ambo / et cantare pares et respondere parati. Ce jeune homme est une fleur. Le narrateur, dans Ravelstein, séjourne à Paris avec Rosamund sa jeune femme, avec son grand ami Ravelstein et avec l’amant de Ravelstein. Quelle magnifique soirée : elle semble vraiment préparée / par la plus délicate des fées ! Le mot « amour » aujourd’hui s’applique à peu près à tout, sauf à l’attrait irrésistible qui emporte un individu vers un autre. De Stephen Crane, Harold Bloom, dans son anthologie **********, donne un seul poème, War is kind; mais sept de Hart Crane, et beaucoup plus longs, dont la méditation At Melville's Tomb:

J.R.G. Le Camus & Antoine du Parc, L'Amour l'Automne, p.158-161

Comme nous l'avons vu, cette note reprend les thèmes d' Été p.186, 187 :

— Ce n'est rien, Maman, rien du tout ! Le roi en fuite, déguisé en valet, est reconnu grâce à une pièce de monnaie à son effigie. Je m'écris tant bien que mal entre les lignes, ou bien dans les marges, de travers. Roman Jakobson a consacré un texte, on le sait, à l' Ulysse de Pessoa, où tous les substantifs finissent par changer de genre. Both in the bloom of life, both Arcadians. « Ce jeune homme est une fleur » : d'ailleurs tout ce passage est remarquable par l'utilisation systématique d'une série de déplacements métaphoriques et métonymiques, qui recoupent à la fois les déplacements des personnages dans l'espace du jardin, les divergences psychologiques qui séparent les trois éléments d'un trio disparate, et les projections temporelles dans le passé et l'avenir. I felt that you could not avoid casting your eyes upward to the great nebula in Orion, and I certainly expected that you would do so. Demain 29 doit avoir lieu le mariage de Lady Diana avec le prince de Galles : les cérémonies seront retransmises en direct à la télévision, et commentées par le grand spécialiste de ces pompes, "le gros Léon", comme l'appelle affectueusement mon père. Quant au bar Orphée, je n'y ai pas mis les pieds depuis des années. Ils auraient déjà tourné le coin, et seraient en train d'aller est sur le côté nord de la quarante-huitième rue ouest, le psychotique ayant toujours depuis quelque temps le haut du pavé et tenant toujours par l'épaule la péripatéticienne dont les bras étaient toujours croisés.

Jean-Renaud Camus, Denis Duvert, Été (1982), p.186-187

  • thèmes ou sources dans ce passage d' Été :

Nemo (la bande dessinée), la fuite à Varenne (monnaie), une phrase de l'auteur (!), l'article de Jakobson sur Ulysses de Pessoa, Bucoliques de Virgile (Églogue VII, vers 4-5), Diane de Maufrigneuse dans Le Cabinet des antiques, Orion (Le meurtre de la rue Morgue de Poe), le mariage de lady Diana$$«[...] sa femme... Diana... port de reine» in Domus Aurea, Orphée, le bar Orphée, Wolfson.

  • thèmes ou sources dans la note 9 du chapitre III de L'Amour l'automne :

Personne (via une note d'un article consacrée à Celan); Varron (Marron, langage); Celan (La Rose de personne); Maurice Mesnage, Polyphème, Ulysse et le langage; Orphée et le bar Orphée; Nemo (la bande dessinée); Vingt mille lieues sous les mers (Nemo); le poète Owen (Nemo); la fuite à Varenne (monnaie); le Zahir de Borgès; sans doute deux phrases de l'auteur (!); Jakobson sur Ulysses de Pessoa, les Bucoliques de Virgile, Ravelstein (Allan Bloom, Rosamund); les premières lignes de Tristano muore; Stephen Crane, Harold Bloom, Hart Crane, Melville.

Les thèmes d' Été apparaissent, mais dans le désordre — ou plutôt ils n'apparaissent pas dans le même ordre que dans le premier texte. Ce qui unit ces thèmes (ce qui permet de passer d'un thème à l'autre) dans L'Amour l'Automne est donc à chercher dans Été, ce qui autorise à chercher des liens entre des mots séparés dans le deuxième texte mais à proximité l'un de l'autre dans le premier.

Nous aurions donc une structure d'origine liée pour des raisons propres dans laquelle s'insèreraient des sources et thèmes nouveaux.

Je reprends pas à pas.

********* Cette étymologie figure en particulier dans la grand dictionnaire de Grimm et semble avoir "fait souche" outre-Rhin. Elle paraît toutefois mal étayée scientifiquement. Le Dictionnaire étymologique de la langue latine ainsi que le Dictionnaire étymologique de la langue française n’établissent aucune relation entre persona et personare et donnent persona pour un mot latin d’origine pré-romaine. Toutefois, une étymologie, même mal étayée, peut opérer dans l’imaginaire. Quant au sens du mot Person, qui a été soumis à de nombreuses variations au cours de l’histoire, il semble que Celan s’inscrive dans une tradition qui remonte aux plus anciennes sources de la philosophie médiévale et entend par «personne» la «substance indivisible d’un être doué de raison». (AA, p.158)

Le passage entre la huitième et la neuvième note cite un véritable appel de note: cette neuvième note fait partie de la citation que constitue la note huit; c'est-à-dire que dans le texte de Marko Pajevic, le mot per sonare appelle une note, la 28, devenue ici la neuvième.
La citation n'est pas exacte, elle simplifie et élimine les noms propres (il me vient le soupçon que seuls les noms propres s'inscrivant dans le système sémantique et sonore des Eglogues peuvent apparaître en toutes lettres). Le texte exact de la note est le suivant (je souligne les différences):

Cette étymologie figure en particulier dans la grand dictionnaire de Grimm et semble avoir "fait souche" outre-Rhin. Elle paraît toutefois mal étayée scientifiquement. Le Dictionnaire étymologique de la langue latine d'Ernout et Meillet ainsi que le Dictionnaire étymologique de la langue française de Bloch et von Wartburg n’établissent aucune relation entre persona et personare et donnent persona pour un mot latin d’origine étrusque. Toutefois, une étymologie, même mal étayée, peut opérer dans l’imaginaire. Quant au sens du mot Person, qui a été soumis à de nombreuses variations au cours de l’histoire, il semble que Celan s’inscrive dans une tradition qui remonte à Boèce et entend par «personne» la «substance indivisible d’un être doué de raison».

revue Europe n°861-862, janvier 2001, Marko Pajevic, «Le Poème comme "écriture de vie"», note 28 du traducteur Fernand Cambon


Suite de la note 9 du chapitre III :

Le Dictionnaire historique de la langue française, lui, parle également du masque, mais signale en plus que le développement du terme reproduit partiellement celui du grec prosopôn (-> prosopopée): «il a pris le sens de "rôle attribué à un masque", c’est-à-dire "type de personnage" et, en dehors du théâtre, la valeur générale d'"individu" (…) À basse époque, persona signifie par extension "honneur, dignité" ; les grammairiens, depuis Varron, l’utilisent pour traduire le grec prosopôn et les juristes l’opposent à res "chose".» (AA, p.158-159)

Il s'agit d'une citation du Dictionnaire historique de la langue française.
Varron : Caron, Marron =>vin de Marron: le vin qui permit à Ulysse sous le nom de Personne d'enivrer Polyphème le cyclope et de l'aveugler.
prosopopée : entre autres, faire parler les morts ou une chose morte (d'une certaine façon, toutes les Églogues consistent à faire parler les morts, à l'image de L'Invention de Morel).

Gelobt sei du, Niemand. (AA, p.159)

La rose de Personne, de Paul Celan. (passage sur Personne/personne. Ulysse (Pessoa, Homère, Joyce), rose/rosamund/Rosemund/Rosamunda, Celan/cancel).

Caverne polyphémique maintenant traversée par un épieu sanglant dans des hurlements de cyclope, tel est l’antre phonologique générateur du langage, choc épineux d’un enfant surpris au gîte utérin par un père-monstre trop tôt rentré dans un ventre devenu entre temps incestueux.(AA, p.159)

On a vu ici qu'il s'agit d'une citation d'un article de Maurice Mesnage dans la revue L'Autre Scène n° 10.
Une association spontanée peut se faire vers MLB, plongée dans le ventre maternel. Ce ventre est très naturellement lié au thème d'Ulysse et Personne:

1-3-8-3-1-1-2. Thème absolument constant, enté bien entendu de la référence obligée à Ulysse et à l’épisode de la grotte de Polyphème, le cyclope dit "multipliparleur", selon une traduction plutôt aventurée. De là, bifurcations rituelles vers Pessoa, le capitaine Nemo, Nabokov (Transparent Things), Odysseüz Hänon (Pour une Tératologie résolument albanaise), Antonio Tabucchi (Il Filo dell'orizzonte), Sergio Leone (Il mio Nome è Nessuno). Néanmoins il faut bien voir que Personne n’est qu’un nom d’emprunt, qu’on aurait bien tort de prendre au pied de la lettre, malgré ses innombrables hypostases littéraires, et littérales. Il ne constitue qu’une identité provisoire et trompeuse, aussi fictive que toutes les autres, utile pour sortir de la caverne, du ventre de la mère, du nom du père, de l’ombre de l’autre. Il n’est qu’un moyen de passage, une monnaie d’échange, l’obole des morts, pour leur traversée des apparences — la condition d’un autre nom, encore plus secret, et qui celui-là reste à trouver. Vaisseaux brûlés, 1-3-8-3-1-1-2.

Le glissement d'une phrase à l'autre se fait par Varron/Marron, Personne/Ulysse, qui permettent d'arriver tout naturellement à la cave du cyclope.

Lui a peu de souvenirs de cet obscur bar Orphée, obscur en plus d’un sens, au demeurant, lieu d’orgie plutôt sombre, certainement, mais qui, malgré les plaisirs faciles qui sans doute s’y trouvaient prodigués, et la foule de garçons qui s’y pressaient certains jours, certains soirs, certaines nuits, paraît avoir peu marqué les esprits, curieusement, et n’avoir jamais joui, même aux temps lointains de sa plus grande activité, d’une très grande popularité — peut-être pour la raison que, voisin de la place Saint-Georges, il me semble, ou de la place Blanche, il occupait un emplacement plutôt marginal par rapport aux lieux consacrés aux plaisir de ce genre, dans le Paris de cette époque. (AA, p.159)

La question qui s'est posée, et qui a laissé Renaud Camus perplexe, est le passage d'Ulysse et Polyphème à Orphée: comment se justifiait la transition, qu'est-ce qui justifiait cet "Orphée" à cet endroit?
Pour le reste, il s'agit d'une description s'apparentant aux souvenirs qu'on trouve dans Journal de Travers. Sur la page 158, un peu plus haut en vis-à-vis dans la note 7 se trouve une allusion à une autre boîte, la Rosamunda dans la banlieue de Milan. Noter également "Blanche", après «Blanche Camus» page 156.

D'après Travers p.89, le point de passage paraît être Autre Églogue, qui est un texte paru en janvier 1978 dans le catalogue d'une exposition des Poirier sur les ruines à Beaubourg (Fascination des ruines):

Au sujet de Mitylène (et de divers autres points, Arion, Orion, l'Orient et Riom, les fils et les mères, Sapho, la castration, l'œil et l'aveuglement, Orphée, Ulysse, Personne et Polyphème, pour laisser de côté les impératrices Irène et Eudoxie (celle des centons, l'élève d'Orion)), on pourra consulter avec profit notre Autre Églogue, in Domus Aurea, fascination des ruines, catalogue publié par le centre Beaubourg (on y lira aussi, et entre autres, un texte de Denis Roche, Pour servir de glyphe & de musique).
Renaud Camus et Tony Duparc, Travers (1978), p.89

La lecture en ligne de Domus Aurea permet de relever ces quelques phrases:

— Nous avons pris ensemble un verre au Dauphin, rue Debussy, puis nous avons passé la soirée au bar Orphée.
— Son inversion était donc très claire ?
— C’est plus compliqué que ça. Et puis il avait peur de mots pareils. Il préférait évoquer Uranie, d’autant plus qu’il se piquait d’astronomie, et qu’il avait publié de vagues travaux sur la ceinture d’Orion, et la constellation de la Lyre, ou du Dauphin, je ne sais plus.
Renaud Camus, «Autre Églogue», in Domus Aurea (1978), de Anne et Patrick Poirier, p.47

Mon Dieu, es-tu encore tombé de ton lit, Nemo?… Qu’est-ce qui t’arrive?
— Ce n’est rien, Maman, rien du tout ! (AA, p.160)

Nemo (Niemand, etc). Rêver, dormir («il est entendu que nous dormons», Chaillou Le Sentiment géographique, cité dans AA p.157, note 8) Voir aussi Le Zahir de Borgès: «les verbes vivre et rêver sont rigoureusement synonymes».

Une double porte, ménagée à l’arrière de de la salle, s’ouvrit, et j’entrai dans une chambre de dimension égale à celle que je venais de quitter. C’était une bibliothèque. (AA, p.160)

Nemo, Vingt mille lieues sous les mers, chapitre XI. Motif récurrent de la bibliothèque (et de la double porte, ajouteront les esprits moqueurs).

Owen est tout à fait mon genre — je parle de son apparence, pas de sa poésie. (AA, p.160)

Owen/Nemo, poésie de guerre (comme Stephen Crane), Proust («qui n'était pas son genre»).

(Les photos de la page 160 et 161.)

Justement vient d’être publié, dans la collection "Les Journées qui ont fait la France", un nouvel ouvrage sur l’épisode de la fuite du roi; mais il s’agit sans doute d’un travail trop sérieux pour qu’il fasse la part belle à l’épisode de la pièce de monnaie qui permet de reconnaître le fugitif malgré son déguisement. (AA, p.160)

Livre de Mona Ozouf (octobre 2005 (cela permet de dater ce fragment de L'Amour l'Automne)). Fuite de Louis XVI à Varennes, monnaie (reprise des thèmes d' Été, je le rappelle).

Le temps, qui atténue les souvenirs, aggrave celui du zahir. (AA, p.160)

Le Zahir : voir la nouvelle de Borgès : monnaie, oxymore, rose, fleur, folie, le nombre de motifs qui apparaissent dans Le Zahir est tellement improbable qu'on se demande si ce n'est pas le Zahir qui a servi de source à la réunion de certains motifs dans L'Amour l'Automne [1].

Lire, c’est lire ailleurs. À l’origine était la séparation, c’est-à-dire la contradiction. (AA, p.160)

Phrases de l'auteur? La première pourrait être du Chaillou.

Roman Jakobson, en son analyse fameuse de l' Ulysse de Pessoa, centre son attention sur les "oxymores dialectiques" (c’est le titre de son article) qui selon lui structurent l’ensemble du poème.

C'est ce que j'appelle "se lire comme de l'eau" : tous les thèmes et passages liant cette phrase à son entourage me paraissent limpides (il arrive un moment, quand on a identifié suffisamment de références et de motifs, où il n'est plus nécessaire de les identifier). Rappelons toutefois que cet article attire l'attention sur le changement de genre des noms (inversion).

Ambo florentes aetatibus, Arcades ambo / et cantare pares et respondere parati. (AA, p.161)

Virgile, Bucoliques, Églogue VII, vers 4-5 (voir la note 7) : «tous deux de l'Arcadie et dans la fleur des ans, tous deux égaux dans l'art de chanter et de répondre aux chants».

Ce jeune homme est une fleur.

Balzac, Le Cabinet des antiques, Diane de Maufrigneuse (travesti, homme en femme, inversion)

Le narrateur, dans Ravelstein, séjourne à Paris avec Rosamund sa jeune femme, avec son grand ami Ravelstein et avec l’amant de Ravelstein.

L'auteur de Ravelstein est Saul Bellow qui a écrit sous ce titre un hommage à son ami Allan Bloom (bloom= fleur, floraison). Ravel / stein; Rosamund / rose / fleur.

Quelle magnifique soirée : elle semble vraiment préparée / par la plus délicate des fées!

Incipit de Tristan muore, qui commence avec le nom de Rosamunda.

Le mot « amour » aujourd’hui s’applique à peu près à tout, sauf à l’attrait irrésistible qui emporte un individu vers un autre.

A priori il s'agit d'une citation de Ravelstein qui commente le Banquet de Platon. A vérifier.

De Stephen Crane, Harold Bloom, dans son anthologie **********, donne un seul poème, War is kind; mais sept de Hart Crane, et beaucoup plus longs, dont la méditation At Melville's Tomb:

Les Crane (Hart, Stephen, Cora), Bloom, la guerre (cf Owen ci-dessus, dont les poèmes portent sur la guerre de 14-18), le chiffre sept, Melville, et le «Tombeau de Melville» qui évoque le «Tombeau d'Edgar Poe» de Mallarmé (rencontré page 150)

Notes

[1] Je ne le crois pas. Je crois à la coïncidence, au "coup de bonheur".

La sincérité, variations

Cazalis vu dans le précédent billet billet sur Kråkmo et une recherche pour retrouver la phrase illustrant cette photo m'ont menée à cette citation :

CETTE NOBLESSE D'ESPRIT ET DE CŒUR DONT ONT TÉMOIGNÉ TOUS SES AMIS, JAMMES, D'INDY, FAURÉ, JEAN CRAS ET CE JEAN LAHOR, INDIANISTE ET POÈTE, QUI SOUS SON VRAI NOM DE CAZALIS FUT ÉGALEMENT CELUI DE MALLARMÉ, A DICTÉ À DUPARC QUELQUES BELLES PENSÉES : « LA QUALITÉ ESSENTIELLE DE L'ART, LA PLUS BELLE MAIS AUSSI LA PLUS RARE, C'EST LA SINCÉRITÉ. »
Renaud Camus et Tony Duparc, Travers, p.250

qui dit l'inverse de Nabokov dans Feu pâle, repris dans Vaisseaux brûlés :

« Si un critique dit d'un écrivain qu'il est sincère, écrit Nabokov, on peut être certain que l'un ou l'autre est un imbécile et probablement les deux. »
Renaud Camus, Vaisseaux brûlés, §462



Cette façon de citer des opinions opposées et de les juxtaposer est une des techniques utilisées dans Est-ce que tu me souviens?

Dédicaces et variations

Trois phrases se succèdent à faible intervalle dans Echange (que j'ai rouvert pour commenter L'Amour l'Automne, misère de moi) :

Et l'on retrouvera effectivement après sa mort, avec ses papiers, dans une grande pièce nue aux volets tirés, un exemplaire poussiéreux, déchiré, souvent feuilleté, du Théâtre et son double, portant, à la page de garde, ou plutôt de faux titre, quelques mots difficiles à interpréter: «N'est ce pas étonnant?» , peut-être.
Denis Duparc, Echange (1976), p.140

Puis il aperçoit, à la page 133, quelques mots tracés à l'encre verte. «En souvenir de cette soirée où vous m'avez sauvé du désespoir. Aden, 1/9/63.
Ibid, p.142

A des années d'écart, les mêmes motifs, les mêmes entrelacs de l'appui imposent leurs lys renversés aux petites baies de la côte turque, en face de lui tandis qu'il écrit ceci, peut-être, vers Mithymna, et au jardin avec son jet d'eau, n'est-ce pas étonnant?
Ibid, p.143

Cette dernière phrase fait écho à l'incipit de Passage et au thème du motif (voir AA page 14 et quelques explications ici).
La première dédicace (n'est-ce pas étonnant) est en fait assez rare, la seconde (sauvée du désespoir) revient régulièrement. Au fil des années nous avons obtenu l'origine des deux.

N'est ce pas étonnant ?

L'origine nous en est donnée dans Journal d'un voyage en France, paru en 1981. L'allusion était donc incompréhensible en 1976. (Connaître l'origine des mots et des phrases n'est pas nécessaire à la lecture des Eglogues. C'est un supplément de satisfaction personnelle, l'impression d'entrer dans un secret, de comprendre un clin d'œil. Mais ce n'est pas indispensable tant qu'on reste sensible aux phénomènes d'échos.)

Peu de temps après ma rencontre avec D., en 1969, je lui avais offert une lettre d'Artaud, assez insignifiante pour l'essentiel, mais qui se terminait par ces mots, au-dessus de la signature: «N'est ce pas étonnant?» De sorte qu'à cette question toute rhétorique se superposent toujours pour moi le visage d'Artaud et la lumière tremblantes d'amours à leur début.
Renaud Camus, Journal d'un voyage en France (1981), p.464

Incompréhensibles, donc, les allusions dans Echange publié en 1976 :

Et l'on retrouvera effectivement après sa mort, avec ses papiers, dans une grande pièce nue aux volets tirés, un exemplaire poussiéreux, déchiré, souvent feuilleté, du Théâtre et son double, portant, à la page de garde, ou plutôt de faux titre, quelques mots difficiles à interpréter: «N'est ce pas étonnant?» , peut-être.
Denis Duparc, Echange, p.140

A des années d'écart, les mêmes motifs, les mêmes entrelacs de l'appui imposent leurs lys renversés aux petites baies de la côte turque, en face de lui tandis qu'il écrit ceci, peut-être, vers Mithymna, et au jardin avec son jet d'eau, n'est-ce pas étonnant?
Ibid, p.143

Et dans Eté, tandis que se termine (s'effiloche) la liaison avec William Burke, le fragment est donné seul, out of the blue:

N'est-ce pas étonnant ?
Jean-Renaud Camus & Denis Duvert, Eté (1982), p.236

Ces deux allusions à «n'est-ce pas étonnant» dans Échange sont séparées par l'allusion à une autre dédicace «en souvenir…» qui revient bien plus souvent, véritable leitmotiv à travers les Eglogues.
Son origine nous a été révélée en 2007 par le Journal de Travers (journal de 1976). Je fournis le relevé chronologique de ses apparitions:

En souvenir de cette soirée où vous m'avez sauvé du désespoir

Puis il aperçoit, sur la page de garde, quelques mots tracés à l'encre verte. En souvenir de cette soirée où vous m'avez sauvé du désespoir. La signature n'est qu'une initiale, qu'il n'est pas sûr d'identifier.
Renaud Camus, Passage (1975), p.133

En souvenir de cette soirée où vous m'avez sauvé du désespoir.
Ibid, dernière page (p.205)

Puis il aperçoit, à la page 133, quelques mots tracés à l'encre verte: «En souvenir de cette soirée où vous m'avez sauvé du désespoir. Aden 1/9/63.
Denis Duparc, Echange (1976), p.142

Il n'y a rien d'autre à lire, dans cette grande maison fermée depuis des mois, isolée entre bois et champs, près de la rivière, que ce vieux volume du siècle dernier, jauni, un peu déchiré et dédicacé en français à un inconnu dont le nom de famille n'est pas celui de Carie : « En souvenir de cette soirée où vous m'avez sauvé du désespoir… »
Renaud Camus & Tony Duparc, Travers (1978), p.103

Effectivement, cet exemplaire poussiéreux, déchiré, souvent feuilleté, porte à la page de garde, ou plutôt de faux titre, ces quelques mots tracés à l'encre violette: «En souvenir de cette soirée où vous m'avez sauvé du désespoir. Los Angeles, 3/7/79.»
Jean-Renaud Camus & Denis Duvert, Eté (1982), p.191

— Ah, voilà mon renard! disait ma tante Marthe lorsque j'allais la voir au Saint-Nom, la clinique où nous avions dû finalement la faire entrer. Le lupin étant sa fleur préférée, je lui en portais d'immenses bouquets qu'armé, assez ridiculement, d'un grand sécateur, tout à fait disproportionné, j'avais réunis pour elle à la croisée des allées, sous ma fenêtre. Elle les disposait dans un petit vase en cristal de roche qui partageait, très périlleusement, une table minuscule avec une carafe d'eau, un verre à pied, un dictionnaire franco-italien et un gros volume du XIXe siècle, l' Orlando furioso, qu'elle s'obstinait à lire ligne à ligne, dans la langue originale malgré la très mauvaise connaissance qu'elle en avait. J'ai toujours soupçonné, de façon un peu niaisement romanesque, sans doute, que ce livre lui avait été offert par quelque amant qu'elle avait dû quitter précipitamment à Venise, à l'issue de ses premières vacances indépendantes, dans les premiers jours de septembre 1939. La page de garde portait seulement ces mots, tracés à l'encre violette : Nel ricordo di questa serata in cui mi avete salvato dalla disperazione. La signature n'était qu'une initiale, un M, à moins qu'il ne se soit agi d'un N particulièrement mal formé.
Ibid, p.329

Il n'y a rien d'autre à lire, dans cette grande maison fermée depuis des mois, isolée entre la montagne et la mer, que ce vieux volume du siècle dernier, relié à la cathédrale et dédicacé en français, d'une encre verte, à un inconnu dont le nom n'est pas celui du propriétaire: «En souvenir de cette soirée où vous m'avez sauvé du désespoir. Athènes, 1er sept. 1936.»
Ibid, p.406

Ce n'est qu'en 2007 que nous connaîtrons la source de cette dédicace et les transpositions dont elle a fait l'objet. La scène a eu lieu aux environs d'Oxford:

C'est en feuilletant, très indiscrètement, le livre de Chiara, que j'avais trouvé cette dédicace qui m'avait rendu fou de jalousie: «En souvenir de cette soirée où vous m'avez sauvé du désespoir... Paris, Montparnasse», et la date.»
Renaud Camus, Journal de Travers, p.523


On notera les variations sur la couleur de l'encre, la date, le lieu, la présence ou non d'une initiale. Le motif de la maison abandonnée et du livre jauni est lui repris dans Vaisseaux brûlés:

536. J'ai cru remarquer que j'intéressais plus de monde — ce ne sont pas des foules déchaînées, que le lecteur ne se méprenne surtout pas (mais je doute qu'il y ait tendance, au moins sur ce point (surtout s'il a découvert, de ce livre, un exemplaire jauni par le temps, demi-abandonné dans quelque maison presque toujours inhabitée, aux environs de 2077 (si tant est qu'alors il y ait encore des maisons, encore des livres et toujours des lecteurs (589, 597)) — lorsque j'étais nu, ou le bassin entouré d'une serviette, que lorsque j'étais habillé.
Renaud Camus, Vaisseaux brûlés, 536

tant et si bien que la précision 2077 a été ajoutée dans la version en ligne de Travers.

Le théâtre appartient au camp

Dès Travers, le théâtre est associé au kitsch ou au camp.
Amusée de trouver dans cet extrait le mot de patronage qui survient à l'improviste à la fin de la longue présentation des personnages de Théâtre ce soir.
Confortée dans ma lecture de la pièce comme un pastiche de kitsch (est-il vraiment possible de mettre le kitsch en scène, est-ce justement cela le camp?) entraîné inéluctablement vers le tragique (l'incapacité du joli et de l'affectation à étancher la soif d'une parole vraie, le théâtre étant le lieu par excellence de la parole "jouée").

[...] Correspondant, dans ce schéma, au second cercle à partir de l'extérieur, le deuxième degré, par exemple, est peut-être déjà, en France, majoritaire. Il fonctionnerait, en somme, comme idéologie dominante*******. Sous la forme de l'une ou l'autre de ses variantes, camp, kitsch, rétro, parodie, citation, distanciation, effet V, etc., il est partout, dans la publicité, à la télévision, au cinéma. Le théâtre lui appartient presque tout entier ; qui songe encore, sinon quelque patronage, à monter une pièce classique au premier degré ?

******* Encore faudrait-il s'entendre sur ce degré-là. Songeons à ce qu'il en serait de jouer Racine comme de son temps (les costumes, les gestes, l'élocution, les voix) ou, mieux, comme il en est question dans certain film américain, de tourner en décors naturels, et au pays nippon, une version cinématographique de Madame Butterfly.

Renaud Camus et Tony Duparc, Travers (1978), p.67

Folie

[…] le maniaque de la surdétermination s'aperçoit avec terreur, à mesure que s'accroissent les pages admises par lui comme champ de résonance à chaque éventuel signifiant nouveau, que sa folie, ou son travail, si l'on veut, cesse de fonctionner comme filtre entre lui et le "réel". Presque chaque mot paraît alors admissible, soit que sa décomposition de ses syllabes fasse apparaître d'autres mots déjà installés, soit que ses possibilités anagrammatiques établissent avec divers lieux du texte des correspondances avérées et solides, soit encore que sa richesse sémantique, par rapport au corpus considéré, compense le faible degré de son inscription textuelle.

Tony Duparc et Renaud Camus, Travers, p.95
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