Billets qui ont 'Sand, George' comme auteur.

Renaud Camus - L'Amour l'Automne, chapitre 3, note 14

************** Or c’est précisément ce qui est en train d’arriver. (AA, p.194)

Voici l'ensemble de la citation, d'un fil à l'autre (fin du fil 13 avec appel de note du fil 14):

Mais revenons-en, si vous voulez bien, à l'article déjà cité paru dans L'Arche (à ne pas confondre avec L'Arc !). Or c'est précisément ce qui est en train d'arriver.

La première phrase affirme que l'article "déjà cité" (voir page 178 de L'Amour l'Automne) est paru dans L'Arche.
Or c'est faux, elle est parue dans L'Arc (article de Robert Misrahi paru dans le numéro de L'Arc consacré à Perec, cf. p.178).
Il est donc bien vrai qu'on est en train de confondre les deux; à cela près que la phrase "C'est précisément ce qui est en train de se passer", dans le contexte, insinue que c'est L'Arc qui serait la revue à ne pas retenir, alors que c'est l'inverse. Il y a double confusion: une confusion sur la revue, et une confusion naît de la phrase qui annonce la confusion.

(A quoi se réfère "en réalité" cette phrase: «Or c'est précisément ce qui est en train d'arriver.»? Faut-il imaginer que c'est une phrase de type "journal", Renaud Camus en cours de travail ayant confondu les deux revues et l'ayant noté ici, amusé par le double niveau de confusion qu'il allait produire, mentant dans le texte sans mentir sur ce qui lui était arrivé? Comment savoir?)

  • Perec, double, vérité/mensonge, Arc, Arche, a,r,c

Les avertissements ne servent à rien. Une loi grave préside… (il voit cette phrase, il…, il…, il… fleur sur le plancher ? (AA, p.195)

Les avertissements servent d'autant moins à rien qu'on avertit de façon trompeuse: oui les deux revues sont en train d'être confondues, non, ce n'est pas L'Arche la revue citée.

"Les avertissements ne servent à rien." : c'est une loi. => Une loi grave préside... : exposé de principe, rappel d'une loi élementaire, d'une règle générale.

Une loi grave préside…

Starobinski sur les anagrammes de Saussure. Les pages qui précèdent rappellent qu'il est extrêmement difficile de prendre connaissance d'un fait tel qu'il s'est produit; très naturellement, par manque de mémoire et par approximation, l'histoire glisse dans la légende:

Nul ne songe à supposer une parfaite coïncidence de la légende avec l'histoire, eussions-nous les preuves les plus certaines que c'est un groupe défini d'événements qui lui a donné naissance. Quoi qu'on fasse, et par évidence, ce n'est jamais qu'un certain degré d'approximation qui peut intervenir ici comme décisif et convaincant. (Les mots sous les mots, p.17)
Ce qui fait la noblesse de la légende comme de la langue, c'est que, condamnées l'une et l'autre à ne servie que d'éléments apportés devant elles et d'un sens quelconque, elles les réunissent et en tirent continuellement un sens nouveau. Une loi grave préside, qu'on ferait bien de méditer avant de conclure à la fausseté de cette conception de la légende: nous ne voyons nulle part fleurir une chose qui ne soit la combinaison d'éléments inertes, et nous ne voyons nulle part que la matière soit autre chose que l'aliment continuel que la pensée digère, ordonne, commande, mais sans pouvoir s'en passer. (Ibid, p.19.)

(il voit cette phrase, il…, il…, il… fleur sur le plancher ? (AA, p.195)

Voir page 186 de l'Amour l'Automne: Starobinski sur les anagrammes de Saussure.

"- A chaque instant, par défaut de mémoire des précédents ou autrement, le poète qui ramasse la légende ne recueille pour telle ou telle scène que les accessoires au sens le plus propre théâtral [sic ]; quand les acteurs ont quitté la scène il reste tel ou tel objet, une fleur sur le plancher, un [ ] [espace laissé blanc dans le texte] qui reste dans la mémoire, et qui dit plus ou moins ce qui s'est passé, mais qui, n'étant que partiel, laisse marge à - "
Saussure cité par Jean Starobinski dans Les Mots sous les mots, p.18

Rappelons que "la fleur sur le plancher" est un motif que l'on retrouve à travers toute l'œuvre camusienne, et que la (re)découverte de la source précise de cette référence en mars 2004 (référence alors oubliée) a été l'objet d'une recherche commune sur la SLRC, donnant lieu aux hypothèses les plus diverses: désormais lorsque je croise ce motif, j'y vois aussi un signe de reconnaissance (dans les deux sens du terme) à l'intention de ceux qui ont participé à cette course échevelée à travers les livres, les films et les opéras. («Les mots nous arrivent chargés de vésanies», phrase de Bachelard souvent citée par Camus.)

Notons que la phrase de Saussure se rapporte à une "vérité" ou une fausseté de la légende. (Le contraire de la vérité peut être un mensonge ou une erreur).

  • Starobinski, Saussure, anagramme, fleur, légende, vérité/fausseté

Star malgré elle, Diana Krall s’offre le luxe de célébrer Rowles, Renaud, James P. Johnson :

« Je ne peux le faire qu’à Paris, explique-t-elle. Partout ailleurs leurs noms ne disent rien à personne.» (AA, p.195)

Sans doute une citation de la presse de l'époque (2005, 2006?). Je n'ai pas réussi à retrouver l'article exact. Importance des noms, connus ici, inconnus ailleurs, ce n'est qu'une question d'appréciation, de publicité.

  • Star (stone, stein, stern), Diane, Krall (a,r,c, arc, cra...), Renaud, Johnson

Avec Notions de base, un autre registre est atteint. Sumeni briz — to si Roman prospevuje a vzpomina. (Pisen o krali Romanovi). (AA, p.195)

Article du monde des livres sur le livre de Petr Kral.
La traduction (via google traduction) donne à peu près: «Le Briz bouillonnant, que Roman se rappelle et chante» (in "La chanson du roi Roman") => Roman roi, bien sûr.

  • Kral, Petr (Peter, Pierre, stone, stein, star, stern), Roman

Peu de paysage. Un gros plan pour finir : un Monet vieilli (AA, p.195)

?? Un film, un téléfilm. Il y a sans doute des indices, mais je ne les reconnais pas.

  • Monet (motif + mon nez, money, etc)

tout au bas du jardin, comme sur une poupe à peine naufragée. (AA, p.196)

Est-ce que ce fragment concerne lui aussi Monet? Ce n'est pas certain.

bateau (thème marin), jardin (parc)


Dans le roman de ce titre, bizarrement , le nom Carus n’apparaît pas. L’action (si c’est bien le mot qui convient) se déroule toute entière entre la rue Jacob et la rue du Bac. (AA, p.196)

Roman de Quignard dans lesquels tous les personnages sont désignés par une initiale. Histoire dépréssive d'un personnage dépressif. Voir en lien quelques remarques.

  • Carus (car, a, r, c), lettre, Jacob, Bac (bax, Marx, Saxe, etc)

What’s the trouble in there, Nemo ? Go to sleep ! (AA, p.196)

La bande dessinée 'Little Nemo in Slumberland'.
(Je découvre avec effarement à propos du dessinateur :Winsor McCay les détails suivants: «Winsor McCay was born Zenas Winsor McKay in 1867, probably in Canada. He was named after his father's employer and he quickly dropped Zenas in favor of Winsor. [...]. McCay's father (who by now had dropped the "K" in favor of the "C") belonged to the latter group.»
Duane Michals a été nommé de la même façon, à partir du nom de l'enfant des employeurs de sa mère. Et le père échange le K pour un C. Importance des noms, toujours. Là encore, il s'agit d'un bonus offert par la réalité: Little Nemo aurait sans doute été retenu quoi qu'il arrive, à cause de son nom et de son rapport onirique à l'enfance. Mais on retrouve des parallèles biographiques, entre McCay et Michals, donc, comme on peut en établir entre les morts violentes et politiques des pères de Nabokov et de Perceval le fou.

  • Nemo (Monet), les rêves, l'enfance

Mais certes il leur arrive de déplorer, pour des raisons purement économiques et pratiques, d’ailleurs directement contraires à leurs convictions profondes (pour autant, celles-ci, qu’il soit possible de les connaître sous plusieurs couches alternées de pudeurs, prudences, scrupules, soupçons, délicatesses et sens du ridicule), que le pays (l’île, le royaume) soit resté fidèle à sa traditionnelle livre sterling, d’autant qu’elle ne s’échange contre leur propre monnaie qu’à un cours très élevé, qui ne facilite pas leur errance de White Hart en Cœur couronné, de Cygne noir en Enchanted Hunters. (AA, p.196)

Allusion au voyage en Ecosse qui devrait logiquement se trouver dans un tome de journal.
Jugement, regret, opinion.
Monnaie, livre.
Le nom des hôtels, plus ou moins réels, plus ou moins fantaisistes, évoque les voyages de "Lolita" (en particulier [le dernier nom). Glissement du réel dans la littérature, nappage (légende).
Renaud Camus fait l'aveu embarrassé et souriant d'une contradiction: lui, le champion de la préservation des identités via la conservation des origines, avoue qu'il aimerait bien parfois, pour des raisons purement pratiques, que l'Angleterre abandonne quelques traditions.

  • monnaie (Monet, Nemo, etc), livre, Lolita, noms, nappage, origine/tradition

Le vrai prénom de Crane est Harold. (AA, p.197)

Encore un écart entre un "vrai" nom et un nom d'usage. Personne ne se fait exactement appeler comme il le devrait. Les variations de noms sont l'un des aspects de la légende: «Si un nom est transposé, il peut s'ensuivre qu'une partie des actes sont transposés, et réciproquement, ou que le drame tout entier change par un accident de ce genre.» (Les mots sous les mots, p.16)

  • Crane (crâne, a,r,c), nom, vérité/fausseté

Il a fait irruption dans ma loge comme un des mille auditeurs rayonnants de joie. (AA, p.197)

Je ne sais pas exactement ce que c'est; sans doute une lettre de Mahler à Alma. (S'agit-il d'Hugo Wolf? ou de Schönberg?)


Commençons par l’intelligence des mots, puisqu’elle doit (selon tout bon ordre) précéder celle de la chose. (AA, p.197)

Locke ou Saussure? Pas retrouvé la source exacte.


Mais il y a des jours dans la vie, et qui se font plus nombreux avec l’âge qui vient, où, for the life of me, on ne voit plus du tout qui
was much possessed by death
And saw the skull under the skin.

Quelque faiseur de dictionnaires, il me semble — Johnson ? (AA, p.197-198)

Il s'agit de quelques vers de T.S. Eliot — et effectivement, le nom qui manque est bien celui d'un lexicographe, nom qui sera retrouvé plus tard:

T.S. Eliot: "Whispers of Immortality"

Webster was much possessed by death
And saw the skull beneath the skin;
And breastless creatures under ground
Leaned backward with a lipless grin.

  • Peau, crâne (skull), mort, nom sur le bout de la langue (le nom qui échappe), âge/temps qui passe/immortalité, mémoire (perte de), W

Nous avons jugé plus prudent de décrocher le Marcheschi, à cause du soleil. (AA, p.198)

Il s'agit de ce tableau, une Vanité. Ce tableau jouera un grand rôle dans le chapitre VI, le plus difficile. Voir page 156 de L'Amour l'Automne.
Vanité => temps qui passe, mort (Une vanité est destinée à nous rappeller que nous ne sommes pas immortels, justement).

  • mort, crâne, condition mortelle

Ce n’est pas que Sir Ralph fût un sot, mais il était là tout à fait hors de son élément. (AA, p.198)

Indiana de George Sand.
Intelligence (vue un peu plus haut/sottise)

  • Indiana, Ralph, (George Sand, travesti)

C’est un drôle de nom, pour un Portugais de Macao.

La Maison de rendez-vous de Robbe-Grillet.

  • Ralph, Indes, Macao, nom

En revanche, que Vaughan Williams n’ait pas été anobli est tout à fait surprenant, je vous l’accorde.
« Il a peut-être refusé.
— Il a peut-être refusé, vous avez raison, mais sa musique, elle… » (AA, p.198)

Le prénom de Vaughan Williams est Ralph.
Discussion entre Pierre et RC durant le voyage en Ecosse?
Cette mention de "l'annoblissement" renvoie à l'histoire anglaise (voir quelques lignes plus haut). Elle me fait également songer à la reine, et par libre association d'idée au film The Queen de Stephen Frears, évoqué dans un chapitre précédent, film qui évoque la mort de lady Diana (2006). (Le scénariste de ce film se nomme Peter Morgan.)
L'annoblissement est aussi une voie vers l'immortalité.
Le "En revanche" s'oppose à quoi? A un autre musicien annobli alors que cela ne se comprend pas vraiment, ou à un autre musicien lui non plus non annobli? S'agit-il de Bax, qui composa la musique d'une messe pour le couronnement d’Élisabeth II?

  • Ralph (annobli => reine? immortalité? Bax?), W

Il attend cette phrase, dont il connaît à l’avance chaque syllabe, chaque hésitation, les moindres inflexions de la voix. (AA, p.198)

La Maison de rendez-vous de Robbe-Grillet.

  • Ralph, répétition, double

Le Journal de Minet a été récemment édité (aux éditions Le bois d’Orion) mais trouver un exemplaire de La Porte Noire ou, a fortiori, d' Histoire d’Eugène, relève du tour de force. (AA, p.198-199)

Encore un Pierre (Peter).
Pierre Minet est l'un des fondateurs du Grand Jeu. Surtout, il a témoigné de son "échec" littéraire, de son échec à écrire, à de venir sérieusement un écrivain, nous rappelant deux autres écrivains décrits dans L'Amour l'Automne de ce point de vue particulier: Casimir Estène (Rémi Santerre) et Frédérik Tristan.
Il a été cité p.192-193 comme admirateur de Maurice Sachs. Et c'est un diariste. On a vu que son journal avait pour titre En mal d'aurore.

La Porte Noire renvoie à "porta nigra" et Joyce à Trieste.

  • Pierre, Orion, Eugène (Sachs, Aurore Dupin => George Sand, Joyce), journal

« Miss Landon, you are a spy ». Une blague du capitaine, mais qui traduit une certaine suspicion.

Emmelene Landon embarquée sur le cargo Manet pour un reportage au long cours, sorte de journal filmé).

Comment rattacher cela à ce qui l'entoure, comment se fait le passage? Je ne sais pas. thème du bateau, Manet/Monet, Landon/ Roland/ Moran/ Morgan,... tout cela est très lâche.

  • Manet, bateau

PROBABLEMENT C’ÉTAIT PALMYRE CONQUISE QUI EMPÊCHAIT SAINT-MARTIN DE DORMIR. (AA, p.199)

Biographie universelle (Michaud) ancienne et moderne, Volume 37, p.367. Il s'agit d'Antoine-Jean Saint-Martin, orientaliste, ayant entre autre affirmé l'existence d'Ozymandias. Saint-Martin fut spécialiste des Perses et des royaumes de Darius et Xerxès.

Je pense que cette phrase a été retenue avant tout pour sa beauté et son mystère. Cependant cela n'empêche pas quelques points d'accroche:
La phrase exacte est : «Probablement c'étaient les lauriers de Dorion et Palmyre conquise qui empêchait le jeune savant de dormir.»
A Palmyre, le dauphin devint un symbole d'immortalité marine.

Saint-Martin a déchiffré des écritures => langage, lettre, son, sens, signe.
Dorion / Orion

  • Orion, lettre, son, sens, signe, (dauphin, 'immortalité, navire'')

Perdidit antiquum littera prima sonum. (AA, p.199)

Il s'agit d'un passage du Double meurtre de la rue Morgue de Poe dans lequel Dupin explique le cheminement souterrain qui lui a permis de reconstituer le cheminement de la pensée de son ami, cheminement permettant de passer d'une idée à une autre paraissant très éloignée (c'est tout le fonctionnement des Eglogues):

Perdidit antiquum littera prima sonum. « Je vous avais dit qu’il avait trait à Orion, qui s’écrivait primitivement Urion ; et, à cause d’une certaine acrimonie mêlée à cette discussion, j’étais sûr que vous ne l’aviez pas oubliée. [...]»

La phrase signifie: il a perdu le son antique par la lettre nouvelle. (Le son et la lettre, deux mécanismes fondamentaux des Eglogues).

L'ensemble reprend la page 107 d' Été:

Je vous avais dit qu'il avait trait à Orion, qui s'écrivait primitivement Urion. La lettre est, selon Ramus, l'unité élémentaire de la grammaire et elle a trois aspects : le son, la figure et le nom. Ou encore : Nuit pure, le veilleur a signalé des dauphins. (Été, p.107)

  • Poe, Dupin, Orion, son, lettre

VOTRE SERVICE INFORMATIQUE N’EST PAS EN CAUSE. (AA, p.199)

Irruption du présent, de l'immédiateté: soit Renaud Camus a eu un problème informatique pendant qu'il travaillait et a noté ici une réponse exaspérante (en ce qu'elle n'apporte pas de solution), soit il a noté le contenu d'un spam ou le résultat d'une recherche sur internet.

  • nappage, informatique

PAYSAN, 39 ANS, BIEN MONTÉ, BIEN FOUTU, CH. PAYSAN, MÊME ÂGE, POUR S’ENCULER COMME DES FRÈRES. (AA, p.199)

Là encore, soit spam, soit recherche (site de rencontres).
"Frères" est ici amical , alors qu'il est souvent empli d'animosité ou de méfiance (Char et son frère Albert, le jumeau préféré par la mère, le double William Wilson).

  • nappage, P.A., frère/fraternité

Ses amis ont même dit qu’il s’occupa du zend, mais nous penchons à croire qu’il y a là un anachronisme — (AA, p.199)

Source : article sur Saint-Martin dans la biographie universelle Michaud, voir ci-dessus.
zend => zen, nez, etc.
un anachronisme : de la difficulté à reconstituer après coup ce qui a réellement été.

  • lettre, son, sens, signe, zend (zen), reconstitution faussée (l'erreur laisse des traces)

the softness of the distances ; the richness ; the greenness ; the civilisation, after India, he thought, strolling across the grass. (AA, p.199)

Peter Walsh dans Mrs Dalloways, évoquant l'Inde en marchant dans Londres.

  • Peter (Pierre), Peter Walsh, W, Indes, fin de la civilisation (la douceur de vivre)

(Et maintenant tout dépend de toi. (AA, p.199)

Non identifié.


Le veilleur a signalé des dauphins. (AA, p.199)

Gide, Le voyage d'Urien
Urien, Urion (cf Poe ci-dessus), Dorion et Orion.

  • dauphin, Orion, vue (sommeil/réveil)

Elle marche, écrit Peter Morgan. (AA, p.200)

Marguerite Duras, incipit du Vice-Consul. L'apparition ici de "Peter Morgan" renforce mon association d'idée avec The Queen quelques lignes plus haut.

  • Peter Morgan, Peter, Morgan, Indes

C’était émouvant les deux ou trois premières fois qu’il a cité Matthieu Arnold, mais quand va-t-il se décider à se citer lui-même ?) (AA, p.200)

?? Est-ce censé représenter ce que s'est dit RC en lisant certaines biographies, ou ce que se dit le lecteur (nous) en lisant L'Amour l'Automne?


Lors d’un passage à Londres, Colin Wilson invita Charlotte Bach à dîner : il fit la connaissance d’une femme colossale, à large carrure, avec une voix grave, très masculine, et un fort accent d’Europe centrale. (AA, p.200)

Phrase extraite et traduite d'un article de Francis Wheen paru dans The Guardian le 28 septembre 2002.

  • Charlotte (Charles, Carl, arc, etc), Bach (bac, Bax, etc), Wilson, travesti

On rencontre bien un tableau de Monsu Desiderio, à l’exposition sur la Mélancolie, mais l’on n’est pas sûr de distinguer très nettement les motifs de sa présence là — non qu’il n’y en ait aucun, bien entendu (ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit), et que l’on n’en trouve pas du tout lorsque l’on en recherche : mais le soupçon nous vient qu’on en trouverait à la présence de n’importe quelle œuvre, le problème dès lors n’étant pas le défaut de raisons ou de liens, mais leur surabondance au contraire, leur omniprésence comme en suspens dans l’air : de sorte que c’est plutôt de l’exclusion qu’il deviendrait difficile de rendre compte avec rigueur, et qu’il n’y a plus aucune espèce de filtre qui puisse se prévaloir d’une quelconque légitimité. (AA, p.200-201)

Problème des Eglogues: il y a tant de coïncidences qu'au bout d'un certain temps tout semble admissible: voir un entretien radiophonique de Camus: «Tout système s'il est bien construit finit par fonctionner tout seul. Pourquoi les Eglogues ont-elles pris de telles proportions malgré les contraintes très fortes auxquelles elles sont soumises, c'est parce qu'à partir du moment où ces contraintes sont appliquées suffisamment longtemps, elles autorisent de plus en plus de choses. S'appliquant sur des quantités de texte sans cesse croissantes, tout devient possible.».

  • fonctionnement des Eglogues

Très rapidement, donc se trouve encore une fois posée la question des frontières, et de leur pertinence ; et très rapidement s’affiche avec évidence la réponse, encore une fois : à savoir que rien ne les justifie. C’est au point que l’individu non seulement semble parfaitement fondé à les ignorer, dans toute la mesure de ses possibilités (il y a là, à son profit, le droit le plus strict), mais qu’il ne saurait trop s’imposer de les transcender et de les dépasser par tous les moyens à sa disposition, légaux ou illégaux, en vue de l’accomplissement nécessaire de sa personnalité spirituelle (il s’agit pour lui d’un véritable devoir, au regard duquel les limitations et empêchements auxquels les États *************** prétendent le soumettre sont véritablement de peu de poids). (AA, p.201-202)

A partir de cette interrogation se pose celle, plus générale, de la limite ou de la frontière.
Renaud Camus adopte ici la position inverse de celle qu'il affiche le plus souvent: il adopte ici le point de vue de l'individu qui pense son propre développement plus important que la préservation d'Etats clairement délimités. La frontière devient non-sens, absurdité, au vu de l'importance de la réalisation personnelle.

Savoir subjonctif imparfait

Je n'ai pu entendre, en fait, que Francine Mallet parler de son livre sur George Sand, et je n'en ai rien appris que je ne susse déjà (était-ce Mme Valtesse de La Bigne, ou bien Mme de Loynes, ou bien quelque autre hôtesse littéraire Troisième République, qui disait de je ne sais plus quel Paul Hervieu ou Ferdinand Brunetière: «il m'a aimée vingt-cinq ans sans que je le susse.»?)

Renaud Camus, Journal de Travers, p.1223

Discours de réception de Vigny

C'était au moment de son élection à l'Académie, en 1845, après cinq tentatives infructueuses. Villemain, qui n'était pas encore dément, demanda à Vigny de prononcer, dans son discours de réception, l'éloge de Louis-Philippe, et lui fit miroiter la prairie. Vigny refusa absolument, bien entendu: plus à cause de l'offre, et des apparences de marché, que de la requête elle-même. Or, n'eût-il rien dit du roi, personne n'eût songé à le lui reprocher. Mais qu'il ait expressément refusé d'en parler après qu'on lui avait demandé de le faire, c'était une toute autre affaire. Le comte Molé, pilier du régime et directeur en exercice de l'Académie, s'en offusqua, et répondit au discours de réception du nouvel élu par l'allocution la plus insultante jamais prononcée sous la Coupole, au moins en de pareilles circonstances.

Renaud Camus, Demeures de l'esprit - France I, Sud-Ouest, p.27

Très vite, en attendant plus, le discours de réception de Vigny, la réponse de Molé.

Quelques lignes sur le site de l'Académie précisent que si tous les académiciens battirent froid à Vigny, Hugo lui resta fidèle (cela rejoint les commentaires de Flaubert et Sand dans leurs lettres: Hugo homme charmant entouré de pénibles).

Manuscrits du Moyen-Âge et manuscrits littéraires modernes

Il y a à peu près un an, j'ai découvert qu'il existait une "Société des manuscrits des assureurs français" (SMAF). Comme je devais avoir l'air vivement intéressée, on me proposa un catalogue de l'exposition des manuscrits qui s'est tenue en 2001 à la Bibliothèque nationale.

Les assureurs français présentent aujourd'hui le catalogue des collections de la "Société des manuscrits des assureurs français". C'est une première. Cette publication accompagne l'exposition de ces manuscrits - pour la seconde fois cette fois-ci après celle de 1979 - à la Bibliothèque nationale de France.

Créée en 1978 à l'initiative de Guy Verdeil alors Président du GAN et en étroite concertation avec Messieurs Georges Le Rider, Administrateur de la Bibliothèque nationale et Pierrot, Directeur des Manuscrits de cette même institution, la SMAF rassemble dans son capital une grande partie des sociétés et mutuelles d'assurance de la place. Elle constitue un prototype intéressant de coopération Etat-industrie au service d'une politique nationale de gestion et de défense du patrimoine national des manuscrits anciens et modernes.

Notre souci est aujourd'hui de faire connaître le fonds de la SMAF aux assureurs, à leurs clients, aux bibliophiles et au grand public, et de leur faire prendre conscience du type de contribution que la profession des assureurs a apporté et est susceptible encore d'apporter à la conservation et à la recherche sur le patrimoine littéraire national, au service de la politique que souhaitent mener la Bibliothèque nationale et la Direction des Manuscrits.

Extrait repris en quatrième de couverture de l'introduction de Jean-Jacques Bonnaud, Président de la SMAF.

Je m'attendais à une brochure souple d'une centaine de pages, c'est en fait un livre magnifique de 350 pages emplies de photographies d'enluminure et de pages de cahiers, décrivant l'histoire de chaque manuscrit médiéval présenté et offrant des extraits des manuscrits modernes (un important fond Céline, Colette, Claudel, etc).

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A titre d'exemple, la SMAF possède les lettres inédites de Gide à Francis Jammes :
139 LETTRES, BILLETS ET CARTES AUTOGRAPHES SIGNÉES. Les lettres sont montées sur des feuillets de papier crème montés sur onglets en 3 volumes in-4 (230 x 180 mm) demi-maroquin bleu turquoise avec coins, étuis (Devauchelle).

TRÈS IMPORTANTE CORRESPONDANCE INÉDITE qui dresse un passionnant tableau de la vie littéraire au tournant du siècle.
Elle retrace l'amitié de toute une vie entre les deux écrivains, quelque divergents que soient leur esprit et leurs idées. Leurs œuvres littéraires respectives tiennent une grande place dans leurs propos.
Cette correspondance commence en 1895 et durera en dépit de quelques brouilles jusqu'à la mort de Jammes en 1938. Gide et Jammes, tous deux âgés de vingt-cinq ans, devinrent amis en 1893 mais ne se rencontreront pour la première fois qu'en avril 1896 à Alger ; ils ne s'étaient vus auparavant qu'en photographies mais se tutoyaient déjà. Leur longue amitié subira des périodes de troubles et des ruptures, notamment vers 1916 lorsque Jammes eut connaissance des mœurs scandaleuses de Gide, qui heurtaient profondément ses convictions chrétiennes, et en 1925 lorsque Gide vendit à Drouot sa bibliothèque, y compris des manuscrits de Jammes que celui-ci lui avait dédicacés (la partie Jammes comprend 33 numéros : éditions originales dédicacées, grands papiers, quelques lettres et manuscrits). Notons ici que Jammes ne fut pas le seul à être choqué et l'on cite volontiers l'anecdote de Régnier envoyant un ouvrage à Gide avec cette dédicace : ''Pour votre prochaine vente''.
La dernière lettre datée est écrite à la suite d'une lettre de condoléances de Mathilde Roberty du 9 juillet 1938 (Madeleine est morte le 17 avril 1938).

Une correspondance de 280 lettres échangées par Gide et Jammes fut publiée par Robert Mallet, chez Gallimard en 1948. Aucune des lettres ici présentes n'y figurant, nous sommes donc en présence de lettres restées inconnues de Robert Mallet ou qu'il avait écartées pour des raisons de discrétion, d'opportunité ou de contrainte éditoriale. Robert Mallet n'avait pas eu connaissance d'une lettre de Gide à madame Victor Jammes (8 avril 1900) et n'en avait pu citer qu'un extrait recopié par Mme Jammes (elle se trouve ici sous le numéro 67).
Entre juillet 1895 et l'automne 1897, de nombreuses lettres sont écrites sur papier de deuil encadré de noir (Gide a perdu sa mère le 31 mai 1895). Il n'est cependant pas fait mention de ce décès dans les lettres ; dans l'une d'elle Gide évoque en revanche le récent mariage de sa sœur.

Cher Monsieur, qui dorénavant m'appellerez cher ami tel est le début de cette correspondance qui allait durer un quart de siècle et dans laquelle les travaux littéraires des deux écrivains tiennent une grande place. Au fur et à mesure de leur relation, les termes par les quels Gide s'adresse à son ami évoluent: Cher monsieur (une seule fois au début - puis cher ami (assez souvent) puis cher vieux, cher faune, mon faune préféré, très cher et grand, etc…

extrait du catalogue p.235 et 236

Exemple de lettre de Gide à Jammes.

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Liste des acquisitions des manuscrits modernes :

Law. Lettres au prince deTingry. Hôtel Drouot, 21 juin 1979.
Voltaire. Lettre à M. Delille. Hôtel Drouot, 7 mai 1981.
Voltaire. Lettre à d'Alembert. Hôtel Drouot, 6 mai 1981.
Voltaire. Lettre à sa nièce. Hôtel Drouot, 6 mai 1981.
Restif de la Bretonne. L'Enclos et les oiseaux. Librairie Valette, 20 août 1981.
Napoléon. Expédition d'Egypte. Hôtel Drouot, 13 décembre 1982.
Bernadotte. Lettres militaires. Hôtel Drouot, 8 décembre 1980.
Dietrichstein. Lettres au comte de Niepperg. Hôtel Drouot, 28 février 1979.
Musset. Lettre à madame Joubert. Hôtel Drouot, 9 novembre 1979.
Sand. Lettre à Louis Blanc. Hôtel Drouot, 6 avril 1981.
Flaubert. Littérature-Esthétique. Hôtel Drouot, 12 décembre 1985.
Apollinaire. Les Peintres cubistes. Librairie Jean Hugues, bibliothèque Renaud Gillet, 5 novembre 1981.
Apollinaire. La Femme assise. Hôtel Drouot, bibliothèque Jacques Guérin,4 juin 1986.
Aragon.Traité du style. Librairie Jean Hugues, bibliothèque Renaud Gillet, 5 novembre 1981.
Aragon. L'Entrée des succubes. Librairie de l'Abbaye, 4 décembre 1980.
Breton. Les Vases communicants. Hôtel Drouot, bibliothèque Sickles, 23-24 mars 1981.
Breton. Autobiographie. Hôtel Drouot, bibliothèque Sickles, 23-24 mars 1981.
Camus. L'Etat de siège. Hôtel Drouot, 28-29 février 1979.
Céline. Guignol's band. Hôtel Drouot, 28 février 1979 et 28 juin 1985.
Céline. Guignol's band II, Le Pont de Londres. Hôtel Drouot, 9 juin 1980.
Céline. Féerie pour une autre fois II, Normance. Hôtel Drouot, 19 juin 1984.
Céline. Guignol's band II et Féerie pour une autre fois. Madame Destouches, 6 décembre 1985.
Céline. D'un château l'autre. Hôtel Drouot, bibliothèque Sickles, 13-15 juin 1983.
Claudel. Œuvres et correspondances dont l'Echange, Connaissance de l'Est, L'Homme et son désir, famille Claudel, janvier 1980.
Cocteau. Le Cap de Bonne-Espérance. Hôtel Drouot, 12 juin 1987.
Cocteau. Opium. Hôtel Drouot, bibliothèque Sickles, 13-15 juin 1983.
Colette. Lettres à Germaine Patat. Hôtel Drouot, bibliothèque Sickles, 13-15 juin 1983.
Colette. Lettres à Maurice Goudeket. Madame Goudeket, 8 mai 1981.
Eluard. L'Amour la poésie. Libraire Jean Hugues, bibliothèque Renaud Gillet, 5 novembre 1980.
Gide. Lettres à Francis Jammes. Hôtel Drouot, 24 novembre 1981.
Giono. Correspondance avec Simone Tery. Hôtel Drouot, 9 juin 1980.
Jacob. Le Cornet à dés. Librairie Jean Hugues, bibliothèque Renaud Gillet, 5 novembre 1980.
Jacob. Cahier de méditations. Hôtel Drouot, bibliothèque Sickles, 23-24 mars 1981.
Jarry. Messaline. Hôtel Drouot, bibliothèque Sickles, 13-15 juin 1983.
Maeterlinck. Lettres à Florence Perkins. Londres, Sotheby's, 23 mars 1981.
Montherlant. Lettres à Jeanne Sandelion. Hôtel Drouot, 12 décembre 1985.
Montherlant. Lettres à Alice Poirier. Hôtel Drouot, 12 juin 1984.
Montherlant. Don Juan. Hôtel Drouot, 12 juin 1984.
Pagnol. Cinématurgie. Hôtel Drouot, bibliothèque Sickles, 13-15 juin 1983.
Péguy. Les Récentes œuvres de Zola. Hôtel Drouot, bibliothèque Sickles, 13-15 juin 1983.
Pieyre de Mandiargues. Cartolines. Hôtel Drouot, bibliothèque Sickles, 23-24 mars 1981.
Prévert. Souvenirs de famille. Hôtel Drouot, bibliothèque Sickles, 23-24 mars 1981.
Renard. Lettres à Maurice Pottecher. Hôtel Drouot, 12 juin 1984.
Rolland. Lettres à Frans Masereel. Hôtel Drouot, 12 juin 1984.
Saint-Exupéry. Lettres à Consuelo. Hôtel Drouot, 6 juillet 1984.
Sartre. La Putain respectueuse. Librairie de l'Abbaye, 29 avril 1981.
Sartre. Notes pour la morale. Hôtel Drouot, 7 mai 1981.
Sartre. Notes autobiographiques et sur le théâtre. Hôtel Drouot, 7 mai 1981.
Sartre. La Mort dans l'âme. Hôtel Drouot, 12 juin 1984.
Sartre. Les Mots. Hôtel Drouot, 7 mai 1981.
Surréalisme. Au grand jour. Hôtel Drouot, bibliothèque Sickles, 23-24 mars 1981.

Le Clézio, encore

Je lis dans Le Point du 16 octobre que Le Clézio place Maupassant au-dessus de Flaubert. Mon Dieu, cela suffira(it) à me convertir à Le Clézio.

(Quelqu'un un jour parviendra-t-il à m'expliquer la divinisation de Flaubert au panthéon des lettres françaises? (je dois lire de toute urgence (et pour d'autres raisons) la correspondance Flaubert-Sand).

Lire Peau d'âne en famille

A l'origine, ce billet déposé sur la SLRC devait expliquer pourquoi il était rarement parlé politique sur le forum. Renaud Camus, enchanté, a utilisé cet extrait dans L'Amour l'Automne. Il apparaît dans l'un des textes courts (p.318) :

C'est une grande imprudence d'introduire la politique comme passe-temps dans l'intérieur des familles. S'il en existe encore aujourd'hui de paisibles et d'heureuses, je leur conseille de ne s'abonner à aucun journal, de ne pas lire le plus petit article du budget, de se retrancher au fond de leurs terres comme dans une oasis, et de tracer une ligne infranchissable entre elles et le reste de la société; car, si elles laissent le bruit de nos contestations arriver jusqu'à elles, c'en est fait de leur union et de leur repos. On n'imagine pas ce que les divisions d'opinions apportent d'aigreur et de fiel entre les proches; ce n'est la plupart du temps qu'une occasion pour se reprocher les défauts du caractère, les travers de l'esprit et les vices du cœur.

On n'eût pas osé se traiter de fourbe, d'imbécile, d'ambitieux et de poltron. On enferme les mêmes idées sous le nom de jésuite, de royaliste, de révolutionnaire et de juste milieu. Ce sont d'autres mots mais ce sont les mêmes injures, d'autant plus poignantes qu'on s'est permis réciproquement de se poursuivre et de s'attaquer sans relâche, sans indulgence, sans retenue. Alors plus de tolérance pour les fautes mutuelles, plus d'esprit de charité, plus de réserve généreuse et délicate; on ne se passe plus rien, on rapporte tout à un sentiment politique, et sous ce masque, on exhale sa haine et sa vengeance. Heureux habitants des campagnes, s'il est encore des campagnes en France, fuyez, fuyez la politique, et lisez Peau d'âne en famille!

Indiana de George Sand, fin du chapitre 14.

pourquoi Indiana

Après tout, c'est sa tante. (Passage)

Epouse en 1912 Mme Dudevant, née Indiana de Serrans, veuve du président de la cour d'Appel. Celui du court séjour à Pondichéry, d'une part, celui des récits voilés de sa grand-mère, qui lui sont bien sûr antérieurs. Une fille, Guillemette, née aux îles Marquises en 1913. (Passage, p.38)

Puis, sans qu'il y ait de lien apparent, la femme répond qu'un de ses amis fait à l'université un cours sur Indiana. Il a choisi ce roman, dit-elle, en souvenir d'une grand-tante morte depuis longtemps, et qui portait ce prénom. (Passage, p.171)

Les Lasserre viennent d'avoir une fille, que sa grand-mère, admiratrice de Sand jusqu'à faire tous les ans le voyage de Nohant, dans l'Indre, désire qu'on l'appelle Indiana. C'est une famille venue des îles. (Passage, p.176)

Sans doute était-ce à cause de ma mère, disait-elle, qu'on avait toujours comparée à une créole. Elle était à l'origine, parmi les femmes de la famille, d'une tradition de la sieste et du transatlantique, encore vivace un demi-siècle après sa mort. (Échange, p.36)

Ai-je raison ou tort de lier ces phrases?

                                         *************

Message de Le fou de Ginette (RC) déposé le 19/05/2004 à 06h27 (UTC)

Objet : Pourquoi Indiana comme pivot de Passage

Diana, hein, Diana, Diana, la déesse à l'arc, Pierre Cardin, Dyna, Dyane (deux chevaux), l'Indiana, T-shirt aux armes de l'université d'Indiana, Indianapolis (préface à Levet), Inde, Indre, Nohant, Sand, Ralph, Sir Ralph, "notre chaumière indienne", Émorentienne de Gaudin de Lagrange (avocat au barreau de Clermont-Ferrand et auteur immortel de "Louis XVII aux îles Seychelles"), Montbrison (salle "La Diana"), Levet, Boulez, Guyotat, "Intervalles", "Le Sentiment géographique", indice, nid, "Passage to India", "La Comtesse de Rudolsdtatt" (spell.?), police, l'ambassadeur Carindberg (ttt ttt ttt...), "La Maison de rendez-vous" (via Ralph), Réunion, France, Bourbon, néant,

                                         *************

Ma question

Mais tout cela n'est-il pas davantage des conséquences que la cause? Dans quel sens se fait le choix? Choisit-on une œuvre, Indiana par exemple, pour ensuite, rendu sensible aux rimes et aux passages possibles, lui lier toutes sortes de désinences et consonnances, ou par amour de certains mots ou noms ou assonnances (Diane, les îles, etc) cherche-t-on l'œuvre qui permettra de les fédérer en une cohérence?

Qu'est-ce qui point, comme dirait Barthes.

En retrouvant la trace de cette grand-tante, je faisais l'hypothèse de l'ancrage des premières œuvres directement dans ce que la mythologie familiale avait de plus littéraire.

                                         *************

Message de Ralph de Serrans (RC) déposé le 20/05/2004 à 09h59 (UTC)

Objet : Ce qui vient d'abord, c'est la perte

Est-ce que tout le système ne consisterait pas, justement, à faire en sorte que rien ne soit "premier"? A parasiter l'"origine"? A souligner l'amont de tout amont (ce ne serait pas mal, comme titre, "L'Amont" (de préférence "chez Minuit", comme on dit à France Culture...))? A subsituer le cercle à la ligne ? A faire des conséquences des causes? (C'est une hypothèse).

Je crois avoir relevé une arrière grand-mère Serrans, ou Sarrans, ou Sarran, épouse du "beau Léon", et "fameuse" pour avoir ouvert le bal, à la sous-préfecture de Riom, avec Napoléon III (1869? - elle meurt vers 1926, dans la maison japonaise, les Hautes-Roches).

Son fils André épouse en secondes noces (c. 1923) une femme qui quarante plus tard lit beaucoup George Sand et fait grand cas d"Indiana" et surtout de "Consuelo", suivi de "La Comtesse de Rudolstatt" (plus difficile à intégrer, et d'ailleurs je ne sais même pas comment cela s'écrit)

Je pense que peu de choses sont plus proches d'être "premières", justement, que l'Inde, que le désir d'écrire un roman qui se passerait en Inde - mais il s'agit d'une Inde déjà toute imaginaire, une Inde où les vrais "Indiens" ont peu de part, une Inde des "Compoirs des Indes", et donc de la perte ("On a perdu l'Indo-Chine"). A cet égard Virginia Woolf et Marguerite Duras sont très "opératoires" : "Perceval had gone to India" (Les Vagues), et bien sûr Le Vice-Consul, archi-présent dans Passage (l'Inde du Vice-Consul correspond assez bien au type d'Inde" d'emblée "romanesque" que je désignais plus haut). Denis Duparc est autant fils des Indes, bien entendu, que du "parc".

L'Indiana de Sand permet un passage lui aussi très "opératoire", je veux dire très attesté, non seulement avec La Maison de Rendez-Vous, en particulier via Ralph, Sir Ralph, présent ici et là, mais aussi avec La Jalousie, à travers certaines dispositions des lieux, de la galerie autour de la maison ("Que va un tremblement du principal pilier / Précipiter avec le manque de mémoire"[1]).

Pardon, tout cela est bien flou, et nécessairement décevant. C'est sans doute cette déception qui est au centre. Toute origine est incertaine. (P., le grand critique néo-freudien, insisterait certainement sur le thème de la "bâtardise"). Et cet autre P., l'Auvergnat : « Donc toutes choses étant causées et causantes, aidées et aidantes, médiates et immédiates, et toutes s'entretenant par un lien naturel et insensible qui lie les plus éloignées et les plus différentes, je tiens impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties.» [355]

Je ne saurais trop recommander l'article de Mary Mccarty dans le numéro de L'Arc sur Nabokov[2] (et, encore une fois, Lolita ("This is royal fun"), spécialement dans l'édition The Annotated Lolita).

                                         *************

Ma réponse

Non ce n'est pas décevant. Je ne croyais pas réellement à un début ou une origine saisissable, nommable. Ce n'était qu'une invitation, à laquelle je suis bien heureuse que vous ayez répondu.
Il n'y a pas d'origine, mais un désir qui germe, dont ne sait ce qu'il lie, et ce qui l'a lié. Nostalgie d'un paradis perdu.

Cette énigmatique source, à la fin de Passage, p.207: «Le reste est constitué, pour la moitié au moins, de citations tirées d'écrits antérieurs de l'auteur.» Perdus?
Car il reste ce mystère d'un auteur qui à à peine trente ans publie directement un livre comme Passage.


Pour le plaisir, je profite du début de votre réponse pour citer ces phrases qui m'enchantent (et qui à la réflexion, éclairent bien ce qu'est une origine...):

D'autant moins que la redoutable Blandine est toujours de ce monde, à jamais insupportable pour avoir ouvert le bal, à 18 ans, dans les salons de l'hôtel-de-ville, avec l'empereur en visite officielle. Elle est très fière de ses origines, et parle volontiers des croisades. Un Serrans se fait effectivement au siège de Saint-Jean d'Acre, où il semblerait, d'après certains obscurs récits de l'époque, avoir à lui seul retourné la situation. Ce rôle est d'ailleurs controversé. Mais l'annuaire des familles nobles de la province, consulté à son nom de jeune fille, indique que la maison de Sarrans est éteinte depuis 1033. Lorsqu'un neveu enchanté de sa découverte le lui signalera, elle ne se laissera aucunement démonter, et elle ira répétant, au contraire: mes ancêtres avaient déjà disparu trois siècles avant que le premier clerc de notaire, parmi les vôtres, n'ait appris à écrire.
Renaud Camus, Echange p.60

                                         *************

Message de Le Jeune Homme de Perth (RC) déposé le 20/05/2004 à 13h46 (UTC)

Le "n'" final est bien fâcheux, mais bon... Isabelle Aguillon de Sarran, voilà, ça me revient... (De façon assez voisine, Saint-John Perse, accusé d'avoir forgé ses prétendues "Lettres d'Asie", ou du moins de les avoir immensément antidatées, puisque dans l'une d'entre elles il prend position contre Lénine en janvier 1917, répond : «J'étais déjà antiléniniste au lycée!»)

Complément le 04/01/2008
Toutes ces pages s'éclairent par la lecture de Journal d'un voyage en France, explications reprises par L'Amour l'Automne. Concernant Angèle, explication dans le début du tome II du Journal de Travers.''


Notes

[1] et Mallarmé, comme il est précisé ailleurs

[2] repris en préface de Feu pâle dans Folio

les lieux et l'écrivain

[...] La phrase littéraire qui remplit vraiment sa fonction, c'est celle qui vous incite à poser le volume, à regarder par la fenêtre, ou bien à scruter l'ombre; c'est celle qui se mélange immédiatement à la matière de vos propres jours, de vos souvenirs, de vos espoirs ou de vos propres phrases; c'est celle qui vous invite à l'excursion ou au voyage, soient-ils réels ou bien imaginaires; celle qui vous fait passer votre veste et chercher vos clefs, et qui vous pousse vers le musée, vers la flaque de soleil au bord de la clairière, vers la bibliothèque et les baisers volés.

769. Je crois Nohant une oeuvre aussi intéressante, sinon plus, de la part de George Sand, aussi riche en associations, aussi fertile en suggestions et propice à la rêverie, que François le Champi, La Mare au diable ou Les Maîtres sonneurs. Sa maison d'Arca Petrarca (où l'on peut voir la signature du visiteur Mozart enfant), dans les collines Euganéennes, j'en sais gré à Pétrarque autant, ou presque autant, que des plus beaux sonnets du Canzoniere. Et je crois bien avoir trouvé plus d'intérêt à l'appartement de Kodaly, dans Budapest, non pas qu'à sa sonate pour violoncelle seul, sans doute, mais au Psalmus hungaricus, je le crains.

Renaud Camus, Vaisseau brûlés, 765

à ajouter: une référence à Nohant à recopier de Rannoch Moor

Passage : exercices de lectures

Trois pages pour s'en convaincre : pas de récit. Un instant l'impression (l'espoir, car ce serait plus classique, moins déstabilisant pour le lecteur paresseux, peu enclin à être dérangé) qu'il existe trois ou quatre récits entremêlés. Mais non, rien. Des phrases indépendantes les unes des autres, ou des scènes, des motifs.

Déroutée, tout d'abord. Mais pourquoi, à quoi bon? Puis surprise : étonnant, on "accroche", ce n'est pas d'une lecture pénible, comme peut l'être la lecture de certains romans à la structure très artificielle.
Qu'est-ce qui accroche ainsi? Assez vite (trois pages, dix pages) l'attention se détourne de la recherche d'un sens du texte dans sa globalité pour s'attacher à chaque mot, à chaque phrase. Ici, la règle du jeu sera la correspondance, ou la résonnance.
L'esprit repère vite les caractéristiques du texte : des références et des citations non citées, dont les ouvrages et les auteurs sont plus ou moins explicites, (George Sand, Robbe-Grillet, Marguerite Duras, Vladimir Nabokov, Henry James, Mazo de la Roche, ... (une liste (non exhaustive ou plus qu'exhaustive? (cette étrange référence à des «citations tirées d'écrits antérieurs de l'auteur» : est-ce vrai? s'agit-il d'écrits publiés dans des revues, ou d'écrits non publiés? « Il faut certainement compter, parmi les sources de cette œuvre, une nouvelle antérieure de notre auteur lui-même, parue en revue, et dont le personnage central s'appelle Diana» p 154))) est donnée en fin de volume), mais également des références à des films (India Song, la Bandera, et bien sûr, Blow up), des mots qui jouent comme des leitmotives, des phrases comme des refrains, des scènes qui se retrouvent et se déforment (exemple: l'ange à bicyclette),...

Trois niveaux de jeu : le mot, la phrase, la scène.
Avant même les jeux élaborés, tel l'anagramme (cf l'interview de RC par RB), le jeu sur les mots se repère à la simple lecture : famille autour d'un mot (indien d'Inde, indien d'Amérique, Indiana, Indianapolis, bateau qui s'appelle L'Indus, provinces de l'Inde, l'Indre, etc), mot apparaissant sous ses différents sens (marquise titre nobiliaire, marquise d'un tableau, marquise verrière, îles Marquises), jeu sur les homonymes (vert, verre, vers, (verre blanc, vers blancs (et "supprimer les blancs (typographie), "massacre des Blancs")), vair (fourrure), vair (blason)), jeu sur les îles, glissement des orthographes (vérandah/véranda, bazaar/bazar, etc). On peut faire des collections de mots, les variations sur les anges, les voitures, les états d'Amérique, les dessins de quadrillages, ou plus généralement les dessins géométriques, les palmiers, les couleurs, les noms des reines d'Angleterre, etc. Ce commentaire pourrait facilement devenir un vaste catalogue, jamais exhaustif.
Le même jeu se retrouve au niveau des phrases. Les expressions, les phrases, reviennent : "à profil perdu", "il marche, un livre sous le bras" "l'espèce de palmier que dessinent, sur son ventre et sur son dos, les poils", "leurs lames de bois, différemment inclinées suivant les volets, ne laissent entre elles que de minces bandes de lumière", "la représentation continue", "une dizaine de femmes identiques...", "les dates ne coïncident pas", "le reflet et la transparence superposent les images" (beaucoup de jeux sur la transparence et le reflet, les vitres, les rideaux, les jalousies, les balustrades, tout ce qui arrête, voile le regard), "assez serrés, presque égaux, étonnamment réguliers", ..., il faudrait recopier le livre, car chaque mot, chaque phrase ou presque, est repris, résonne ailleurs, de la même façon ou d'une autre façon.
Et le jeu est repris une troisième fois au niveau des scènes : scène de drague dans les jardins, un hangar, scène de baise, explication des règles du tennis, bruit du jeu de tennis, écriture de Parsifal, mariage princier, soirée de concert, hall de cinéma, femme lisant, homme à bicyclette les ailes dans le dos, description à travers une jalousie, façade d'un immeuble en verre, ... La lecture prend une autre dimension, il ne s'agit plus de comprendre ce qui est écrit, mais de le laisser se déposer en soi, afin de le reconnaître, quand une page, dix pages plus loin, il réapparaît, identique ou subtilement modifié.

Car il s'agit de variations. Tout revient, jamais identique, "ou bien si?". Les noms se transforment, Streter, Stretter, Straitter, Straighter, Para, Parry, Peary, une même scène dans les écuries reprend les prénoms de Serge, Maurice, Gabriel. Le chien est jaune, blanc, beige, rouge. Les scènes à multiples partenaires font varier les positions, le rôle des protagonistes,... Art subtil de la déformation, on se croirait dans un dessin d'Escher, quand l'oiseau blanc à gauche de la page devient un poisson noir à droite. Ou l'inverse.

Le texte, courtoisement, nous donne lui-même ses clés. Il suffit de lire, rien n'est caché, tout au plus disséminé, éparpillé parmi les phrases et les mots qui jouent. Le texte s'explique :
- p 44 : « Le texte, cependant, ne cesse de désigner les lois de son fonctionnement. C'est pour mieux, aussitôt formulées, les contredire.»;
- p 62 : «Et le récit hésite, décrit un champ mal établi, où la fiction se mêle à la réalité, sans prévenir, et les citations au texte original.»;
- p 70 : «Même si un épisode de ce livre est ici repris dans sa quasi-totalité, écrit-elle, son enchaînement au nouveau récit en change la lecture, la vision.» (écrit-elle : Duras (?));
- p 75 : «C'est une longue ligne droite, les divergences réitérées chaque fois corrigées, reprises, chaque marque répétée semblable, un peu différente, au gré d'un écart, ...» (et qu'importe s'il s'agit ici de la description, non pas du fonctionnement du texte, mais de la trace de pas dans le sable, car ce détournement est aussitôt justifié par cette phrase;
- p 144 : «Entre le livre et le monde, il n'y a pas de rupture de substance.»);
- p 145 : «Et je ne peux surveiller, de tous les côtés, chacun des arcanes du sens.»;
- p 156 et 193 : «Mais ce qui s'établit ici est le dévoilement du mode d'existence du texte comme texte»;
- p 162 : «Le texte est l'objet d'un travail de repassage, semble-t-til, destiné à offrir à la lecture, coûte que coûte, un champ plat.»;
- p 191 : « Ce qui semble acquis, c'est que le texte se retourne, revient sur lui-même, joue avec ses versions successives.»

Ainsi, éparses dans le texte, ces phrases sont destinées à donner des points de repère au lecteur, à lui rappeler (lui apprendre) à quoi il est en train de jouer.


Le paradoxe est sans doute que ce texte composé en grande partie de citations finit, non plus par nous renvoyer hors de lui, à la recherche des textes cités, mais au contraire à nous donner le désir de rester à l'intérieur de lui, à la recherche des jeux internes, des renvois et des déformations. «De n'importe où, grâce au jeu des diagonales, les perspectives sont innombrables. N'importe quel point peut s'observer d'une infinité d'autres." p 23. Il ne nous reste qu'à lire encore et encore, en choisissant chaque fois un angle différent...

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