Billets qui ont 'Femmes' comme oeuvre littéraire.

Les années 80 de Renaud Camus : l'adieu à Barthes

J'ai feuilleté l'album Roland Barthes sur le présentoir de la bibliothèque. J'ai eu la surprise (oui, je m'attendais à un ostracisme total) de voir que Renaud Camus était cité sur plusieurs pages, celui-ci a fourni plusieurs lettres et cartes postales.
Consolation douce-amère; parler de Renaud Camus littéraire, grand (très grand) écrivain français, c'est parler dans le désert, vivre en uchronie (sur le mode «que se serait-il passé si…» : si Barthes était mort plus tard, si quelques critiques ou universitaires avaient lu sérieusement ses livres, s'il était né dix ans plus tôt, etc, etc).
(Et en regardant cette photo (dégotée par un ami car cela ne m'amuse pas de suivre ces pérégrinations), je me demandais s'il était heureux, ce qu'il avait en commun avec son voisin: des souvenirs, une éducation? Qu'a-t-il de commun avec ces gens? Une conscience de petit blanc en pays assiégé? Mais qu'est-ce donc que cette culture de la peur?)

C'est le centième anniversaire de la naissance de Roland Barthes, je mets en ligne un ancien travail mené sur "les années 80 de Renaud Camus". Colloque en juin 2012 à Porto, trois mois après l'annonce à voter Marine Le Pen: inutile de préciser qu'il n'y a plus rien eu depuis: pourquoi s'intéresser au Renaud Camus littéraire quand Renaud Camus lui-même l'a condamné?

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Les années 80 de Renaud Camus se caractérisent par trois événements majeurs, tous trois du côté de la perte, soit, dans l’ordre chronologique, la mort de Roland Barthes, la fin interminable d’une histoire d’amour qui a duré une douzaine d’années et l’apparition du sida.

L’influence de Roland Barthes sur Renaud Camus est considérable. Influence ne doit pas être compris de façon restreinte, étroite, repérable ici ou là, mais à tout moment, on rencontre le nom de Barthes, une référence à Barthes, un souvenir de Barthes.
Renaud Camus l’a rencontré en mars 1974, en l’accostant au Flore pour l’invitant à venir voir un film de Warhol avec quelques amis. Il y a eu entre eux quelque chose que je ne sais s’il faut appeler amitié, des sentiments mêlés d'attirance et de distance qui se traduisirent par des relations suivies jusqu’à la mort de Barthes.

Jusqu’en 1983, chaque livre en porte la trace évidente, et ce n’est que peu à peu au cours de la décennie que cette présence s’estompera.

Passage, le premier livre publié en 1975 fut l’occasion d’une interview de Renaud Camus par Roland Barthes sur les ondes de France Culture le 19 mars 1975 .
De cet entretien, Renaud Camus se demandera plus tard, avec modestie et franchise, si ce soutien de Barthes n’était pas dû davantage à leur seule amitié qu’à une réelle appréciation de Barthes : en effet (dira Camus dans une série d’émissions avec Jean-Pierre Salgas sur France Culture), Barthes soutenait plutôt des auteurs comme Sollers ou Guyotat, qui bousculaient l’intérieur de la phrase tandis que lui, Renaud Camus, travaillait plutôt à la subversion du récit dans la lignée du Nouveau Roman.

Echange est publié en 1976 sous le nom de Denis Duparc. Cette fois-ci, c’est la quatrième de couverture qui non seulement est empruntée à Roland Barthes par Roland Barthes, mais en plus modifiée.
L’écriture n’a-t-elle pas été pendant des siècles la reconnaissance d’une dette, la garantie d’un échange, le seing d’une représentation ? Mais aujourd’hui, l’écriture s’en va doucement vers l’abandon des dettes bourgeoises, vers la perversion, l’extrêmité du sens, la folie, le texte…

Denis Duparc, Échange, quatrième de couverture
Ce n’est que plus tard que Renaud Camus reconnaîtra qu’il avait peut-être été irrévérencieux, encore que son remords rétrospectif sonne un peu trop travaillé pour ne pas paraître une pose :
Il fallait toute l'inconscience et l'impertinence de Duparc pour faire figurer, sous prétexte de fausse citation et de fausse folie, ce mot-là, justement [de folie], dans les quelques lignes de Barthes imprimées au dos de la couverture d'Échange, alors qu'il n'en est guère de plus las, ni que l'auteur supposé du passage n'évite avec plus de soin.

Renaud Camus et Denis Duparc, Travers, p.221
En 1978 paraît Travers. Il est probable, en filligrane, et j'ai tenté de démontrer ici cette hypothèse, que ce livre est entièrement construit autour de la question posée dans S/Z : «que pourrait-être une parodie qui ne s’afficherait pas comme telle ?»
C’est un collage à la façon de Bouvard et Pécuchet, mais alors que Bouvard et Pécuchet s’attaquaient à l’ensemble des connaissances humaines, le collage effectué par Travers concerne le Nouveau Roman et la critique littéraire des années 50 à 70. Si le résultat, c’est-à-dire le texte publié, est tout à fait explicite, l’intention, c’est-à-dire la parodie, n’est pas affichée, puisque qu'il s'agit de tenter «une parodie qui ne s’afficherait pas comme telle?»
Je fais l'hypothèse qu'il s’agissait d’un livre destiné à Barthes, dans un double défi: répondre au défi d’écrire un livre qui soit une parodie sans l'afficher, et mettre Barthes au défi de le découvrir (par parenthèses, il est révélateur qu’un livre parodiant la critique littéraire sur le Nouveau Roman puisse être une parodie sans que cela soit perceptible au premier coup d’œil…).
Travers est paru en septembre 1978, onze mois après la mort de la mère de Roland Barthes. Nous savons quel chagrin cette mort causa à Barthes, il est probable que celui-ci n’ait jamais lu Travers de façon approfondie, au mieux l’a-t-il peut-être feuilleté, sans lui consacrer tout le temps que la découverte de la supercherie aurait exigé.

Tricks paraît en 1979 avec une préface de Roland Barthes. C’est un livre qui décrit de façon très explicite les aventures d’un soir jusqu’au «lâcher de foutre». La préface de Barthes sert de caution littéraire à un livre qui aurait peut-être été rejeté dans les limbes de la pornographie sans cela. Il joue aussi son rôle dans la reconnaissance des homosexuels en France, sans toutefois permettre la récupération de l’auteur pour une «cause», lui qui ne veut pas en faire une «cause», mais simplement un mode de vie parmi d’autres.

Les quatre premiers livres parus dans les années 70 sont donc tous liés à Barthes d’une façon ou d’un autre.


Le premier livre à paraître dans les années 80 est Buena Vista Park, en 1980 précisément. Il est dédicacé à Barthes dans les termes suivants: «Pour R.B., qui va sans dire», et l’exergue est une longue citation de RB par RB qui définit le terme de «bathmologie» : le livre est composé à la façon de RB par RB, c’est à dire que c’est une suite de fragments (comme le sont les Pensées de Pascal, Pascal étant lui-même posé comme le «patron» des bathmologues), rédigés à la troisième personne du singulier quand il s’agit de phrases subjectives.
L’ensemble du livre est destiné à illustrer le concept de bathmologie (RC dira lui-même qu’il n’était pas sûr que RB ait apprécié cette publicité donnée à un terme qui n’était jamais qu’une notion parmi d’autres dans RB par RB).

Mais là encore la mort veille : le livre arrive chez l’éditeur Hachette-P.O.L le jour même de la mort de Roland Barthes, le 26 mars 1980.

L’écriture du livre suivant commence le 16 avril 80. C’est un journal de voyage qui paraîtra en 1981 sous le titre de Journal d’un voyage en France. Le journal ne commente pas la mort de Barthes comme si c’était un sujet en soi, mais y fait allusion à plusieurs reprises. On apprend par exemple que Renaud Camus et Barthes avaient prévu de partir ensemble à Venise en mars 1980, et que cela ne s’est pas fait à cause de l’accident de Barthes1. Plus haut dans le livre, un amant demande à Camus quel était la nature de ses relations avec Barthes:
Toujours à propos de RB (l’insomnie procède par à propos : il est entendu que nous ne dormons pas), Dennis, hier soir, mardi soir (cela semble très loin), comme nous revenions de la Maison de la Radio, m’a demandé si j’avais jamais «fait des choses» (oui, je crois que c’était son expression, enfin je traduis) avec lui.
— Quelle drôle de question… Qu’est-ce qui vous prend ? (Il était à ce moment là, il est vrai, passablement herbé, ayant partagé un ou deux joints avec certains techniciens, ou plutôt techniciennes, du studio d’enregistrement.)
— Oh, tu peux bien me dire, maintenant. Ça n’a plus beaucoup d’importance…
— Non, jamais, évidemment.
Et pourtant… Ça lui aurait fait plaisir, et tout ce qui lui aurait fait plaisir, je regrette maintenant de ne l’avoir pas fait. Et si je ne l’ai pas fait, c’est à cause de sentiments, de convictions, qui ne sont même pas les miens. Qui sait, c’est peut-être à cause d’un criticaillon qui a l’air d’un rat, que je méprise, que je ne méprise même pas bien fort, et qui deux ou trois fois a insinué par écrit que j’étais quelque chose comme le «protégé» de Roland Barthes ; par le seul souci idiot de ne pas donner raison à quelqu’un qui ne m’est rien. Quelle sottise…
[…] Quelle niaiserie de se plier, crainte de paraître immoral, au code moral des autres, d’observer, par pure lâcheté, des conventions morales qu’on ne respecte pas.

JVF, p.35
D’une certaine manière, en forçant à peine le trait, on pourrait soutenir que Journal d'un voyage en France est une longue glissade vers le Sud, vers la tombe de Roland Barthes à Urt. Il y aura bien encore une ou deux étapes, à Bayonne ou Bordeaux, mais déjà le voyage a mentalement pris fin. Ce n’était pas le but du voyage quand Renaud Camus a proposé ce livre (et donc ce voyage) à Paul Otchakovski-Laurens, mais c’est bien ce qu’il est devenu de fait, sans que jamais que RC ne le reconnaisse explicitement.

Le livre suivant sera le quatrième tome des Eglogues et le deuxième des Travers. Il s’intitule Été (dans un jeu de redoublement d’un titre d’Albert Camus). En quelques lignes, Renaud Camus reconnaît explicitement ce qu’il doit respectivement à Roland Barthes et à Jean Ricardou, qui seraient respectivement l’esprit et la lettre, le fond et la forme, si l’on voulait absolument réduire la réalité à des formules:
— Oui, je dois beaucoup à Jean Ricardou, c'est certain. Son influence sur mon travail a été considérable.
— Plus importante que celle de Barthes ?
— Ah, pas du tout du même ordre ! (Sourire) J'ai été influencé par Barthes de façon générale, globale, et pas seulement littéraire. Éthique presque. Tandis que l'influence sur moi de Ricardou est beaucoup plus précisément sensible, beaucoup plus étroite et localisable, parce qu'elle est d'ordre technique, essentiellement. Son œuvre est une prodigieuse anthologie, un inépuisable réservoir de procédés pour les écrivains.

Été, p.110-111
En 1983, Roland Barthes fait une apparition dans les trois dernières pages de Roman Roi. En quelques mots sont esquissés une biographie et un hommage.
Bizarrement, la seule âme qui vive, la plus vivante en tout cas, que je laisse derrière moi, à Back, est celle d’un Français, Roland B. que j’ai rencontré, lui aussi, au café Français, cet hiver. Le pauvre, il n’aura pas connu un Back bien gai ! Il est aide-bibliothécaire à l’Institut de la rue Voslär et lecteur à l’université. Nous avons presque exactement le même âge, à dix jours près , il n’a pas connu son père, tué dans un combat naval moins d’un an après sa naissance, il a été élevé par sa mère, il a pass » de longs mois dans des sanatoriums. Tant de coïncidences n’auraient pas suffi, bien sûr, à fonder notre affection mutuelle, qui est grande. Nous avons passé de longs moments ensemble, des derniers mois. Il s’est même plus ou moins installé rue Donëck. Et je l’ai emmené plusieurs fois au Palais. Je pensais qu’il pouvait intéresser Roman, le distraire, lui parler de la France d’aujourd’hui. C’est ce qui est arrivé. Diane aussi s’est prise pour lui d’amitié. Mais d’infimes nuances l’ont inscrit plutôt dans la mouvance de sympathie de Roman. Personne ne peut être également l’ami des époux, je l’ai souvent remarqué, et Diane a tendance, sans que peut-être elle s’en rendent compte, à tenir subtilement à distance les hommes et les femmes dont Roman, par les goûts, les intérêts, la conversation, se sent proche. Le Français, néanmoins, leur plaisait à tous les deux. […] Je soupçonne R.B. d’être un tant soit peu marxiste. Mais c’est chez lui un parti plus philosophique que politique. Nous nous entretenions surtout avec lui de théâtre antique ou de Gide, quoique Diane aimât aussi le faire parler, en passant, de Bertolt Brecht ou de Jean-Paul Sartre.

Roman Roi, p.498-499
Ces quelques lignes nous expliquent la biographie d’Homen : nous ne pouvions nous en douter p.268, mais la jeunesse d’Homen était calquée sur celle de Barthes. D’autre part, le lecteur qui parvient aux dernières pages de Roman Roi en 2012 (ou 2015) sait que Roman est peu ou prou RC, tandis que Diane est William Burke, le compagnon de la vie de RC pendant une douzaine d’années (1969-1981): le passage décrit donc l’équilibre des forces par rapport à Barthes, sachant que Burke était traditionnellement la personne charismastique du couple (cf L'Inauguration de la salle des Vents paru en 2003), celui qui fréquentait Warhol, Jasper Johns ou Gilbert & Georges. A noter également l’évocation de Jean-Paul Sartre.

A la suite de Notes achriennes2 parues en 1982, et qu’on pourrait sous-titrer «regards homosexuels sur la société», RC a été invité par le magazine Gai Pied à tenir une chronique mensuelle. Celles-ci seront réunies dans un livre, Chroniques achriennes. On trouve dans ce livre une intéressante controverse avec Sollers (enfin, c’est beaucoup dire, je ne sache pas que Sollers ait répondu). Renaud Camus s’insurge violemment contre la description donnée de Barthes dans Femmes, et accuse Sollers d’homophobie (comme je ne sais pas si l’on disait déjà à l’époque).
Certes, dans Femmes, il y a un narrateur, qui n'est pas exactement Sollers. Comme c'est commode! Et Werth, dont la mort nous est offerte en «bonnes feuilles» par Art Press, ce n'est pas exactement Barthes, (ni Berthe, ni Berth, ni Werther qu'il évoquait si volontiers au temps des Fragments d'un discours amoureux). Ce ne l'est même pas du tout, à la vérité, c'en est, sans trace d'amitié ou d'émotion, une répugnante et sinistre caricature, mais tout le monde identifiera le modèle: «Je revois Werth, à la fin de sa vie, juste avant son accident… Sa mère était morte deux ans auparavant, son grand amour… Le seul… Il se laissait glisser, de plus en plus, dans des complications de garçons, c'était sa pente, elle s'était brusquement accélérée… Il ne pensait plus qu'à ça… […] Werth n'en pouvait plus… Tout l'ennuyait, le fatiguait de plus en plus, le dégoûtait… […] La seule chose qui avait toujours fait peur à Werth, c'est que sa mère apprît ses goûts par la presse… Qu'il y ait eût comme ça un scandale mettant en cause sa situation, d'ailleurs péniblement acquise de grand professeur…» Etc. J'ai beaucoup fréquenté Roland Barthes, dans les dernières années de sa vie. Je n'ai respecté personne autant que lui. Que sa mère ait été son grand amour, tous ceux qui l'ont connu le savent, et beaucoup de ses lecteurs. Qu'il ait vécu parmi les rivalités de disciples, les caprices et les querelles de garçons, que d'aucuns aient jugé spirituel de le surnommer «Mamie», comme l'assure Sollers, ce n'est pas impossible, je n'en sais rien, il ne mélangeait pas ses amis. Mais sa tristesse n'était pas due, j'en jurerais, au peu d'homosexualité qu'il a pu s'accorder sur le tard, après les prudences de toute une vie: l'amour filial suffit à expliquer l'une et les autres. Je crois au contraire qu'à s'être laissé glisser un peu plus ouvertement «à sa pente», comme dit Sollers, il a dû les rares consolations de ses derniers mois. Souvenez-vous du R.B.: «Le pouvoir de jouissance d'une perversion 'en l'occurrence celle des deux H: homosexualité et haschisch) est toujours sous-estimé. La loi, la Doxa, la Science ne veulent pas comprendre que la perversion, tout simplement, rend heureux.»3 Mais je crois surtout que l'homosexualité telle qu'il la concevait (utopiquement?) comme «vacance des agressions» l'a libéré de ce que sa première manière pouvait avoir d'agressif, dans le ton et, parfois, un peu sollersiennement péremptoire, en plus fin. Elle est pour beaucoup, j'en suis persuadé, dans la suprême subtilité qui, au yeux de tellement d'entre nous, fait des derniers livres de Barthes les plus précieux, et qui a donné tant de joie, jusqu'à l'ultime fin, aux auditeurs du séminaire: car lui qui «n'en pouvait plus» pouvait énormément pour les autres. A la très relative, et trop longuement différée, libération de l'homme par rapport aux pressions sociales, est largement due, je le pense, dans la relation de l'écrivain avec le sens, les sens, l'écriture, le monde, cette qualité que le vieux Bergotte, s'agissant du style, mettait plus haut que tout, la «douceur». Mais on peut difficilement espérer de Sollers qu'il apprécie cela.

Chroniques achriennes, p.68 à 71
Divergence affichée avec Sollers, donc, le « préféré » de Barthes, celui dont Renaud Camus se souviendra que «[Qu’] il ne supportait pas la moindre critique ou plaisanterie sur Philippe Sollers»4. Cet antagonisme trouvera un écho bien plus tard, en 2000, sans qu’il soit démêlable si Sollers se souvenait de cet article de Gai Pied quand il dira lors d’une émission de Répliques (France-Culture) en février 2001 qu’il s’était senti responsable de la mémoire de Barthes.

Barthes donc, de livre en livre. Le premier tome de journal tenu en tant que journal paraît en 1987 et il suffit de regarder l’index pour voir l’importance encore qu’y tient Barthes dans la pensée consciente de l’auteur (entrées des 6, 8 et 10 octobre 1985, des 9 et 26 janvier, 3 et 5 mars, 3 et 5 juin, 24 novembre et 24 décembre 1986)

Les années 80 de Renaud Camus peuvent être lues (entre autres, très entre autres : disons que c’en est une ligne de fond, une basse continue), comme « l’adieu à Barthes ».


Notes
1 : «QUAND JE SUIS RENTRÉ À PARIS, R.B., QUI AURAIT DÛ VENIR AVEC MOI À VENISE, ÉTAIT EN TRAIN DE MOURIR. JE N’AVAIS PAS LA TÊTE À DES LETTRES TRANSALPINES. (JVF, p.271. écrit en février 1981 lors de la relecture)»
2 : achrien : mot inventé par RC pour signifier homosexuel.
3 : Roland Barthes par Roland Barthes, «Ecrivains de toujours», Seuil, 1975, p.68. Encore faut-il s'entendre sur le mot «perversion», pris ici dans son sens «savant», analytique, et nullement dans son sens traditionnel, moral. ('sic').
4 : « Biographèmes pour Roland Barthes », La règle du jeu, n°1 (1990, mai) pp 58-61

PS : P.A. (1997), c’est encore un titre emprunté à Barthes, puisque lors de l’une de leurs dernières rencontres avant la mort de Barthes, Camus raconte qu’ils avaient rédigé entre amis une petite annonce pour RB. (le jour ni l’heure, 17 février 1980).

Sollers et Barthes - l'affaire Renaud Camus

Lorsque j'ai pris connaissance de "l'affaire Renaud Camus", bien après les faits (en juin 2002 pour un scandale dont la période de crise s'est étendue de mai à juillet 2000), trois noms ont retenu mon attention: Plenel, Bernard-Henri Lévy et Sollers.
Plenel était journaliste, il vivait de l'agitation médiatique et appartenait au Monde dont Camus égratignait régulièrement la syntaxe; BHL était juif, il pouvait avoir été sincèrement blessé par les phrases que je vais qualifier de malheureuses ou maladroites de Renaud Camus. Leur émoi me paraissait disproportionné mais compréhensible.

Restait Sollers. Le cas Sollers m'intriguait, je ne connaissais pas très bien l'auteur (je ne le connais toujours pas d'ailleurs), mais j'avais appris qu'à un moment donné il avait proposé de publier le journal, ou un livre de Renaud Camus; une recherche dans Google m'avait menée à un article de fabula avec une phrase de Camus en exergue à propos de Sollers et de Barthes [1]; un peu plus tard j'ai découvert via Sudoc que l'un des plus vieux travaux disponibles de Camus était un mémoire consacré à ''Tel Quel'' écrit en 1971.

Quelles étaient donc les relations entre les deux hommes, que s'était-il passé, pourquoi Sollers était-il monté si violemment au créneau[2], lui dont la pente semblait davantage l'ironie voire la clownerie que la polémique ou la méchanceté? Après la lecture de Corbeaux, j'avais imaginé dans un billet de 2004 une jalousie de Sollers envers Camus à propos de Barthes, hypothèse confortée par une phrase de Sollers lors de l'émission Répliques du 10 février 2001: «Et d'ailleurs je me suis senti en quelque sorte responsable de la mémoire de Barthes par mon intervention.» (8e minute). (J'analyse la syntaxe bancale comme une preuve possible de l'émotion de Sollers.)
Grâce à cette hypothèse (une jalousie dont l'enjeu était Barthes, avec la double question «Lequel de nous deux était-il le plus aimé de Barthes, lequel de nous deux le comprenait-il le mieux?», qui tendait à déterminer l'héritier "légitime", naturel, de Barthes), l'attitude de Sollers acquérait une cohérence. Elle entrait dans le champ de la logique humaine, souvent plus émotionnelle que rationnelle.


Dans mon billet écrit en 2004, je relevais ces phrases de Corbeaux:

Il me faut me demander sans cesse si l'évolution de mon jugement global sur Sollers n'est pas exagérément influencée par son attitude extrêmement agressive à mon égard. Que ce soit la guerre entre nous — une guerre où les forces sont infiniment disproportionnées, il va sans dire — ne devrait pas m'entraîner à accentuer d'un iota mon opposition à son œuvre et à sa personne. Cette opposition, d'un autre côté, est bien antérieure à la situation actuelle.

Renaud Camus, Corbeaux, le 28 juin 2000

Je viens de trouver dans Chroniques achriennes un exemple de cette "opposition". Il s'agit d'une attaque militante violente, ce qui s'explique sans doute par le lieu, Gai Pied, et la date, 1982 ou 83.
Ce qui me paraît extraordinaire, c'est la forme que prend cette opposition. De quoi Camus accuse-t-il Sollers? Rien de moins que de fournir un portrait-robot de l'homosexuel afin qu'on l'identifie facilement, comme en d'autres temps on avait fourni une description du juif:

Pauvre hétérosexualité: clandestine, carrément. Alors ne vous étonnez pas de la suite. Voici maintenant un extrait de Femmes, roman à paraître imminemment du même puissant penseur, et que Art Press nous donne loyalement comme «la véritable divine comédie de notre temps». Il s’agit d’un certain Werth: «Il ne vivait pas du tout son homexualité comme le font la plupart désormais, de façon triomphante, agressive, militante, dure, prononcée… L’obscénité en vitrine». A hétérosexualité clandestine, homosexualité triomphante, c'est fatal. Nous sommes ici dans un roman et là dans une interview, mais les deux thèmes complémentaires relèvent du même fantasme, du même délire. Il ne peut pas ne pas vous rappeler quelque chose; on ne peut pas éviter le rapprochement, éculé certes, imparfait sans doute, mais justifié, mais affolant, mais éclairant entre tous: le nazisme, l'antisémitisme [3]. Pour le nazi et ceux qui le suivent, les Juifs ne sont nullement une minorité opprimée, menacée, rescapée de mille pogroms. Pas du tout, ils sont tout-puissants, ils sont partout, agressifs, triomphants. Si ça continue, on n'aura même plus le droit d'être aryen, il faudra se cacher, passer à la clandestinité. L'hétérosexualité selon Sollers en est déjà là. Mais ça ne va pas se passer comme ça.
L'essentiel, pour réagir, c'est de bien reconnaître l'homosexuel. Continuez de vous souvenir, de remonter dans vos mémoires ou dans vos livres d'histoire: l'important, c'est de bien reconnaître le juif (on organise des expositions: voici ses caractéristiques). J'en reviens, moi, à Femmes: «Tous les homosexuels m'ont donné, à un moment où à un autre, la même impression étrange, celle d'être comme mangés de l'intérieur, comme si une improbable force corticale, vertébrale, les amenait peu à peu à l'état de fantômes prématurés... D'apparitions contorsionnées, obliques...D'assèchement pétrificateur... Statues de sel en cours... C'était sensible chez Werth dans les derniers temps... Quelque chose de plus en plus friable, diaphane, gris-blanc... D'exsangue... Une sorte de fureur rentrée, sourde; de fausse gaieté... Envie, jalousie... Feu lourd, hépatique...» etc. Ce style ne vous rappelle-t-il quelque chose? Mais si, voyons, tous ces points de suspension...Vous y êtes, vous avez gagné, Céline, Bagatelles pour un massacre, par exemple. Pas de phrases, qui impliquent une certaine responsabilité et sont la porte ouverte à l'argumentation, à l'interrogation, à la nuance. Non, pure giclée de mots, la pulsion, le sens comme il vient.

Renaud Camus, Chroniques achriennes, p.66-67

Je suis très impressionnée : utilisation de l'argument juif, accusation d'irresponsabilité, de pulsion... C'est Sollers contre Camus en 2000.
La suite... et bien la suite parle de Barthes, pleure Barthes, mort deux ans auparavant, et articule le style à l'homosexualité:

Certes, dans Femmes, il y a un narrateur, qui n'est pas exactement Sollers. Comme c'est commode! Et Werth, dont la mort nous est offerte en «bonnes feuilles» par Art Press, ce n'est pas exactement Barthes, (ni Berthe, ni Berth, ni Werther qu'il évoquait si volontiers au temps des Fragments d'un discours amoureux). Ce ne l'est même pas du tout, à la vérité, c'en est, sans trace d'amitié ou d'émotion, une répugnante et sinistre caricature, mais tout le monde identifiera le modèle: «Je revois Werth, à la fin de sa vie, juste avant son accident... Sa mère était morte deux ans auparavant, son grand amour... Le seul... Il se laissait glisser, de plus en plus, dans des complications de garçons, c'était sa pente, elle s'était brusquement accélérée... Il ne pensait plus qu'à ça... (...) Werth n'en pouvait plus... Tout l'ennuyait, le fatiguait de plus en plus, le dégoûtait... (...) La seule chose qui avait toujours fait peur à Werth, c'est que sa mère apprît ses goûts par la presse... Qu'il y ait eût comme ça un scandale mettant en cause sa situation, d'ailleurs péniblement acquise de grand professeur...» Etc. J'ai beaucoup fréquenté Roland Barthes, dans les dernières années de sa vie. Je n'ai respecté personne autant que lui. Que sa mère ait été son grand amour, tous ceux qui l'ont connu le savent, et beaucoup de ses lecteurs. Qu'il ait vécu parmi les rivalités de disciples, les caprices et les querelles de garçons, que d'aucuns aient jugé spirituel de le surnommer «Mamie», comme l'assure Sollers, ce n'est pas impossible, je n'en sais rien, il ne mélangeait pas ses amis. Mais sa tristesse n'était pas due, j'en jurerais, au peu d'homosexualité qu'il a pu s'accorder sur le tard, après les prudences de toute une vie: l'amour filial suffit à expliquer l'une et les autres. Je crois au contraire qu'à s'être laissé glisser un peu plus ouvertement «à sa pente», comme dit Sollers, il a dû les rares consolations de ses derniers mois. Souvenez-vous du R.B.: «Le pouvoir de jouissance d'une perversion 'en l'occurrence celle des deux H: homosexualité et haschisch) est toujours sous-estimé. La loi, la Doxa, la Science ne veulent pas comprendre que la perversion, tout simplement, rend heureux.»[4] Mais je crois surtout que l'homosexualité telle qu'il la concevait (utopiquement?) comme «vacance des agressions» l'a libéré de ce que sa première manière pouvait avoir d'agressif, dans le ton et, parfois, un peu sollersiennement péremptoire, en plus fin. Elle est pour beaucoup, j'en suis persuadé, dans la suprême subtilité qui, au yeux de tellement d'entre nous, fait des derniers livres de Barthes les plus précieux, et qui a donné tant de joie, jusqu'à l'ultime fin, aux auditeurs du séminaire: car lui qui «n'en pouvait plus» pouvait énormément pour les autres. A la très relative, et trop longuement différée, libération de l'homme par rapport aux pressions sociales, est largement due, je le pense, dans la relation de l'écrivain avec le sens, les sens, l'écriture, le monde, cette qualité que le vieux Bergotte, s'agissant du style, mettait plus haut que tout, la «douceur». Mais on peut difficilement espérer de Sollers qu'il apprécie cela.

Ibid., p.68 à 71

Sollers a-t-il eu connaissance de ces phrases en 1983? Et si oui, s'en souvenait-il en 2000? Ou peut-on imaginer un souvenir inconscient? S'agirait-il donc d'une revanche (d'une vengeance) d'un double point de vue: s'affirmer finalement le meilleur gardien de la mémoire de Barthes, retourner à l'envoyeur son allusion antisémite[5]?

Peut-être que je rêve ou que j'invente. Mais tout de même, le parallèle est troublant.

Notes

[1] ... «il [Barthes] ne supportait pas la moindre critique ou plaisanterie sur Philippe Sollers.» Renaud Camus in La règle du Jeu, 1ère année, nº 1, mai 1990.

[2] Le Monde, le 17 juin 2000

[3] En 1982, pas d'internet, le point Godwin n'existait pas encore.

[4] Roland Barthes par Roland Barthes, «Ecrivains de toujours», Seuil, 1975, p.68. Encore faut-il s'entendre sur le mot «perversion», pris ici dans son sens «savant», analytique, et nullement dans son sens traditionnel, moral. ('sic').

[5] à cela près que Sollers n'a eu qu'à utiliser les armes fournies par Renaud Camus tandis que celui-ci avait dû forger une comparaison (l'homosexuel comme juif).

[À voix nue 2/5] La bathmologie

Transposition de la deuxième émission de Pierre Salgas.

La bathmologie à partir de Buena Vista Park. L'axe ou l'un des fondements de l'œuvre. Ou barthmologie.
Barthes: un peu une plaisanterie. Il importe de lui garder cet aspect ludique. Science des niveaux de discours. BVP a failli s'appeler Fragments de bathmologie quotidienne, ce qui était assez menaçant.
Bandeau du maréchal Ney : la même position peut-être plus contradictoire par rapport à elle-même que par rapport à ce qui est superficiellement son contraire.
Sortir de ce débat par un coup d'Etat, la méta-bathmologie. Considérer la bathmologie elle-même comme un discours conventionnel.
Autre exemple: le "Monsieur" qu'on adresse aux grands professeurs de faculté en abandonnant "Docteur" à partir d'un certain niveau est "tout à fait le même, tout à fait un autre".
La société française des années 80 est dans le deuxième degré. Le niveau Maréchal Ney du bandeau. Tout l'humour, la publicité,… Le deuxième degré est devenu la culture petite-bourgeoise, qui est devenu quelque chose d'absolument rituel. Le deuxième degré est une impasse en littérature, pense maintenant RC.

Salgas : Mais alors Roman Roi et Roman Furieux en 83 et 87 : deuxième degré ou coup d'Etat bathmologique?
RC : Nous sommes en-deça du coup d'Etat bathmologique. Se présente comme un roman historique tout à fait traditionnel et même pire que traditionnel. Sentimental, sensationnel, dans un pays d'opérette. Comment le texte se sort-il lui-même de ce que je percevais comme une impasse, c'est ce qu'il est lui-même qui le lui permet —ou pas, je suis mal placé pour en juger— de l'impasse, c'est son écriture-même qui le fait échapper à un deuxième degré rigoureux.

Salgas: Roman Roi en 1983. Or en 1983, moment de restauration esthétique en France après la fin des avant-garde, un retour au premier degré d'avant la modernité. Néanmoins, Roman Roi ne semble pas lui appartenir, tout en flirtant avec sa restauration. Comment faut-il lire Roman Roi par rapport à l'état de la littérature à ce moment-là revenant à un premier degré esthétique (date de Femmes de Sollers qui a marqué un certain changement esthétique dans la littérature française).
RC: côté parodique par rapport à cette restauration. Restauration illusoire. Caractère moins convaincant que jamais de cette restauration, pas précisément de la haute littérature.
Roman: travail ironique sur la forme. Sous l'instance de l'anagramme. La langue caronienne est très isolée. Une des thèses les plus intéressantes: d'essence anagrammatique.

S: vous pourriez-nous dire qq mots de caronien?
RC: je n'en connais pas un mot

Salgas: Virginia Woolf bathmologue?
RC: Non. RC aime Woolf car lyrique. Or aujourd'hui l'interdit majeur. Le lyrisme n'est autorisé que dans la mesure où il transcende un interdit, où il suinte quelle que chose de son contraire. Par exemple le lyrisme de la théorie.
Batmologie de Flaubert. Pascal. Les habiles et les demi-habiles.

Salgas: la bathmologie est une science auvergnate (?).
RC: j'aime bcp cette idée, mais pas sûr que ce soit pertinent.

Salgas: si la bathmologie a raison, c'est toute l'esthétique d'Aristote à Kant, de Hegel à Luckas ou Adorno qui risque de s'effondre (BVP). Salgas pense à Bourdieu. La distinction. La bathmologie rencontre le projet de Bourdieu.
RC: Batmologie: bombe à retardement. Sape tout discours établi, sape le concept de vérité. Dans le domaine esthétique, peut-être désespérante. Le batmologue est nécessairement convaincu qu'il n'y a pas de goût, qu'il n'y a que des niveaux de culture. Quand quelqu'un dit "J'aime ceci, j'aime cela", il parle de lui-même.

Salgas : C'est ce que dit Bourdieu dans La distinction.
Vous êtes vous-même infidèle à cette aspiration bathmologique. Vous exposez vos goûts dans le journal, par exemple, vous présentez vos goûts avec une sorte de naïveté comme n'ayant aucun rapport avec le monde social qui les produit. Ce n'est qu'une fois sur deux que vous objectivez la production de ces goûts.

RC: réponses en plusieurs temps.
1/ Tout système s'il est bien construit finit par fonctionner tout seul. Pourquoi les Eglogues ont-elles pris de telles proportions malgré les contraintes très fortes auxquelles elles sont soumises, c'est parce qu'à partir du moment où ces contraintes sont appliquées suffisamment longtemps, elles autorisent de plus en plus de choses. S'appliquant sur des quantités de texte sans cesse croissantes, tout devient possible.
2/ La bathmologie si on la pratique exclusivement, finit par tout admettre et son contraire, y compris la bêtise. Un bathmologue qui ne tiendrait pas compte de sa propre bêtise serait menteur. La forme de la bêtise dans le jugement esthétique serait peut-être le "mon genre, pas mon genre", c'est-à-dire le goût brutal. Malgré tout, il y a une légitimité au "mon genre pas mon genre". Il y a quelle que chose qui n'est pas réductible au jugement culturel. Par exemple, entre un amateur de Schwitters et un amateur de Dali, il n'y a pas de discussion esthétique possible. Discours à des niveaux culturels tellement éloignés que le goût n'est pas en cause (Ce n'est pas du "mon genre"). Mais entre quelqu'un qui dit mon artiste favori est Schwitters et quelqu'un qui dit Mondrian, le goût peut intervenir, de même entre un amateur de Monet et de Manet. Le goût revient à la fin, irréductible. Le "mon genre" ne peut être expliqué, RC très attaché à "mon genre" car ne peut être évacué. Concept bêta qui offre une bonne résistance à la bathmologie.
Entre quelqu'un qui dit que le plus beau monument de Paris est le Grand Palais et celui qui admire l'octroi de Ledoux, pas de discussion esthétique possible. Relève d'un état culturel. A partir de deux ou trois éléments, on peut établir la personnalité culturelle de cette personne. Quelqu'un qui dit j'aime Bosch, Van Gogh et Dali, ce qui est un schéma extrêmement repérable, on peut établir à peu près l'ensemble de la personnalité culturelle de cette personne. Bosch, Van Gogh ou Chagall ont eu le malheur de tomber dans le statut assez fâcheux de peintres favoris inévitables des gens qui n'aiment pas la peinture. Ce sont les noms typiques des gens qui n'ont pas pas de passion très appuyée pour la peinture. Ce qui ne veut pas dire que ce ne sont pas de très grands peintres.

Salgas: où situeriez-vous un amateur de Renaud Camus dans la littérature contemporaine?
RC: j'ai le plaisir de répondre qu'un amateur de Renaud Camus est extrêmement difficile à cerner. Lecteurs extrêment divers. Un amateur global de RC est presque inconcevable. Les livres que j'ai produits interviennent à des niveaux littéraires si différents que peut-être est-il très difficile de les aimer tous. Ils ont trouvé des publics extrêmement éloignés les uns les autres et qui d'ailleurs sont souvent choqués par d'autres aspects du même travail. Par exemple je vois très bien des charmantes vieilles dames aux cheveux bleutés adorer les châteaux, les paysages français, les expositions de peintures impressionnistes "quel bon jeune homme"… Les lecteurs de Tricks ne sont pas forcément des passionnés des Églogues et du travail sur le signifiant.
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