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Billets pour la catégorie Blonde, Didier :

mardi 8 février 2011

De Lupin à Charlus

Didier Blonde a la passion des adresses romanesques. Elles sont le moyen privilégié de faire communiquer le réel et la fiction; l'occasion également de découvrir soit les astuces des auteurs (les bis et les ter inexistants se multiplient autour de numéros réels), soit des curiosités du plan parisien (un numéro apparaît ou disparaît, au gré des carrefours, percement de rues ou opérations plus mystérieuses), soit des secrets et souvenirs émouvants (Modiano, souvent), soit des lapsus (Sartre décrivant la vue de sa fenêtre, impossible à partir de la chambre de son narrateur).
Didier Blonde tend à construire des phrases inutilement compliquées et d'adresse en adresse il est parfois difficile de le suivre. Mais les maladresses et le ton didactique diminuent au fur à mesure qu'on avance dans le livre et la dernière partie est tout à fait chaleureuse. (Il ne manque à ce livre qu'un index).

J'ai choisi ici une coïncidence églogale (mais ce n'est pas une coïncidence), le passage dans lequel Blonde nous apprend que l'une des adresses de Lupin s'adossait à l'hôtel de Montesquiou:
Comme je m'en assurais par toute une série d'indices en confrontant d'anciens plans à des vues aériennes et en relevant sur place des mesures comme un arpenteur du passé, l'arrière de la maison \[95, rue Charles Lafitte à Neuilly] donnait, du vivant même d'Arsène Lupin, sur le dos d'une magnifique demeure du dix-huitième siècle, aujourd'hui détruite, appelée le Pavillon des Muses. Son entrée se trouvait exactement de l'autre côté du pâté d'immeubles, au 96, boulevard Maillot, rebaptisé depuis sur cette section boulevard Maurice Barrès. Et sa propriétaire était alors Jehanne Leblanc, sœur aînée de l'écrivain.

[…] Après consultation des archives de la maison, j'allais me rendre compte bientôt que Maurice Leblanc avait peut-être un autre nom auquel l'histoire familiale faisait écran: le Pavillon des Muses avait été précédemment occupé — en 1905, au moment où Lupin commençait sa carrière en défrayant la chronique — par un illustre dandy de la Belle Époque, Robert de Montesquiou, comte de Fezensac, ami intime de Proust, qui après avoir été l'un des modèles de des Esseintes dans À rebours de Huysmans avait posé pour celui du baron de Charlus. L'espace se multipliait comme dans un palais des mirages. Panneaux coulissants, miroirs sans tain, portes dérobées dans les fleurs des tapisseries, une adresse conduisait à une autre et mettait en correspondance mes lectures. Dans la même phrase, je voyais Arsène Lupin ouvrir avec passe-partout la porte de son entrepôt et réapparaître quelques mots plus loins, de l'autre côté du mur, sa canne et son huit-reflets à la main, dans le «Salon blanc» ou le «Salon des Roses» parmi les invités de Montesquiou, tous les familiers du monde de la Recherche. Lupin, cette fois, me conduisait à Proust.

Didier Blonde, Carnet d'adresses, p. 27-29

mardi 18 janvier 2011

Annuaires

C'est ici que se trouve la collection complète des Didot-Bottin. Annuaires par années et par rues. Toutes les adresses parisiennes sont répertoriées depuis 1838.

Didier Blonde, Carnet d'adresses, p.76

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