Véhesse

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Billets pour la catégorie Camus, Renaud :

vendredi 30 janvier 2004

Les libraires anti-camusiens

— Excusez-moi, il vous reste un exemplaire de L'Inauguration de la salle des Vents de Renaud Camus? Vous en aviez une pile, avant Noël... Ou vous avez fait un retour massif...?
— Renaud Camus vous savez... C'est un écrivain qui... hum...
(moi, souriant) — Je sais je sais. Vous en avez lu, pour dire cela?
Elle se dirige vers le rayon. Elle est petite, très jeune, cheveux très courts, bras nus dans un débardeur rose. Et très méfiante, vaguement dégoûtée, depuis que j'ai mentionné Renaud Camus. Elle m'observe par en-dessous, vérifie que des vapeurs de soufre ne s'échappent pas de sous mon manteau. Non, rien à redire, j'ai l'air BCBG. Encore une bourgeoise qui a mal tourné, doit-elle penser.
— Non. Non, nous n'en avons plus, dit-elle en vérifiant sur l'étagère.
— Je ne comprends pas, vous n'en avez même plus un. Je viens spécialement ici parce que vous avez un beau rayon, pour vous encourager à continuer...
— Oui, mais on en a vendu très peu... C'était difficile...
— Effectivement, si vous n'en avez jamais lu, il vaudrait mieux commencer par celui-ci, par exemple, lui dis-je en lui tendant Vie du chien Horla.
Elle recule, ne touche pas le livre.
— Oh, ce n'est pas la peine, j'ai une idée, ma directrice m'a fait lire des passages...
— Mais si vous portez de tels jugements négatifs sur un auteur que vous ne connaissez pas, vous ne pensez pas qu'il faudrait faire un effort?


Je vais acheter L'Inauguration ailleurs, en regrettant de ne pas avoir pris le temps d'éclaircir quels passages elle avait lus, de savoir pourquoi sa "directrice" décourageait ainsi ses libraires tout en ayant une vingtaine de titres en magasin, etc.


PS : j'ai trouvé un nouveau titre à offrir : Nightsound, pour les amis pas forcément littéraires, mais qui aiment l'architecture ou qui fréquentent les expositions.




C'était la deuxième librairie en un mois :
— Je voudrais Vie du chien Horla, de Renaud Camus.

Le libraire le trouve difficilement, le feuillette, me le tend avec une moue goguenarde :
— Tiens, il s'est offert une virginité...



Il est fait allusion à ces messages dans Corée l'absente p.59

jeudi 22 janvier 2004

Un mot

D'ailleurs ma chienne mourut.

Renaud Camus, Du sens, p.55

Il faudrait que je parvienne à dire toutes les impressions que font naître en moi ce d'ailleurs, ce désespoir de devoir, après avoir cru avoir trouvé un moyen de vaincre la mort, reconnaître qu'on a perdu et qu'elle a gagné et que sans doute on n'a pas été à la hauteur du combat, et en même temps ce sourire un peu triste, parce qu'on sait bien que cette formule est fausse, que quelle que soit la vaillance au combat on avait perdu d'avance, mais qu'on refuse de l'admettre tout en le sachant...
Ce d'ailleurs survenant comme la preuve logique d'une faute, alors que l'événement était inévitable, ce d'ailleurs discret et incongru, m'émerveille.

mardi 20 janvier 2004

méthode de lecture, méthode de non-lecture, non-méthode de non-lecture,...

à se résigner si c'est bien le mot à ce désordre (tous les livres ouverts en même temps, sur la table, posés devant, comment dit-il, étendus-ensemble-devant writzrumenzeitsteinshcleimdunkenacht ou quelque chose comme ça à l'aimer parce qu'il est fidèle au moins à cette simultanéi
Renaud Camus, Vaisseaux brûlés

Je pratique des lectures un peu folles, désespérées en un sens. Des lectures frénétiques de livres pris presque au hasard, et ouverts n'importe où. Ce sont des lectures très capricieuses, intellectuellement très insatisfaisantes bien entendu. On ne suit pas la totalité du cours d'une pensée, d'un récit. On ne remonte pas à leur origine. Et bien sûr on ne peut pas non plus appréhender l'ensemble de leurs conséquences, de leurs suites possibles. Mais quand bien même on commencerait un livre à la première ligne, ce qui m'arrive aussi, malgré tout, est-ce qu'il en irait très différemment ?
Vaisseaux brûlés

Les expériences que j'ai sont, me semble-t-il, communes à toute personne qui possède beaucoup de livres, et qui considère une bibliothèque non seulement comme un lieu où conserver les livres déjà lus, mais surtout comme un entrepôt de livres à lire un jour ou l'autre, quand le besoin s'en fait sentir. Or chaque fois que l'oeil tombe sur un livre non encore lu, il se peut qu'on soit saisi d'un remords.
Puis vient le jour où, pour apprendre quelque chose sur un sujet donné, on se décide à ouvrir un de ses livres non lus, on se met à le lire et on s'aperçoit qu'on le connaissait déjà. Que s'est-il passé? Il ya l'explication mystico-biologique : à force de déplacer les livres, de les dépoussiérer et de les remettre à leur place, à la longue, l'essence du livre a pénétré peu à peu par le bout des doigts dans notre esprit. Il y a l'explication du scanning fortuit et continu: à force de prendre et de réordonner les divers volumes, il est impossible que, à la longue, ce livre n'ait pas été parcouru du regard; en le déplaçant, on regardait quelques pages, une aujourd'hui, une le mois suivant, et petit à petit, on a fini par le lire en grande partie, fût-ce de manière non linéaire. Mais la véritable explication est que, entre le moment où on a eu ce livre et le moment où on l'a ouvert, on a lu d'autres livres, dans lesquels il y avait quelque chose qui parlait du premier livre, et donc, à la fin de ce long parcours intertextuel, on découvre que ce livre qu'on n'avait pas lu faisait quand même partie de notre patrimoine mental, et que peut-être, il nous avait profondément influencé.
Umberto Eco, De la littérature p169

139. Sauf que je n'ai jamais lu La Montagne magique, mais enfin... La culture, c'est peut-être ce qui permet de se faire une idée assez précise, assez floue, assez précisément floue, des livres que l'on n'a pas lus et de tout ce qu'on ne connaît pas vraiment, ce qui permet de faire illusion (et de mesurer son ignorance).
Vaisseaux brûlés

dimanche 18 janvier 2004

Une planche sur le peu profond ruisseau

Message de aide en ligne déposé le 18/01/2004 à 07h27 (UTC) Objet : Salomon

raisin qui s'en dédit à seule fin de mieux vêtir Paul, d'une onde claire, la voilà, cependant que le fil des mots, tout alentour, égalise comme il peut le paysage des deux rives, chèvre ni chou dès lors qu'il fut dit peu profond, un point qui entre nous demeure à démontrer, surtout au pied de ces tours-là, möwenumschwirrt et tout, le jour de la conférence, quand lui, l'étoile au front, partit à travers les montagnes, comment l'aurais-je pu moi en ce lieu solitaire, si Pierre n'était pas né, ô glaive déjà levé de la loi du plus fort, puisque aussi bien nous sommes à la veille, n'est-ce pas, et révérence gardée, de l'exécution du roi, et c'est précisément en quoi le tout-se-tient du sort, normand en cela d'ailleurs non moins que Salomon notre maître, te vous jette une planche par là-dessus, littéralement,

Renaud Camus, L'Inauguration de la salle des Vents, p 283

                                  ****************

Message de Georg Büchner déposé le 18/01/2004 à 09h21 (UTC)

Le 20 janvier, Lenz partit à travers les montagnes. Cimes et hauts plateaux sous la neige, pentes de pierre grise dévalant dans les vallées, étendues vertes, rochers et sapins.

                                  ****************

Message de Jean-Pierre Lefebvre déposé le 18/01/2004 à 09h52 (UTC)

Lenz est une manière d'anagramme fragmentaire de Celan/Lance/Lenz - de même que Klein, plus loin, évoque lointainement ce nom d'"emprunt". Montent donc dans la montagne, comme Lenz, le poètre fou de la fin du XVIIIe siècle, le juif de l'état civil roumain Antschel et le poète Celan. Monte donc aussi un 20 janvier, passe au méridien de tous les sens de cette date, dont celui du 20 janvier 1942, conférence de Wannsee, décision de faire disparaître (untergehen, comme le soleil) les juifs d'Europe et monte. Venait et venait. Il y a de la majesté dans cette montée, bien qu'il clopine, à défaut de marcher sur la tête comme Lenz chez Büchner. (Parler dans la zone de combat, Europe n° 861-862)

                                  ****************

Message de Jean de la Fontaine déposé le 18/01/2004 à 09h59 (UTC)

- Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ?
Reprit l'agneau, je tette encore ma mère.

                                  ****************

Message de Paul Celan déposé le 18/01/2004 à 10h08 (UTC)

Zur Blindheit über-
redete Augen.
Ihre - «ein
Rätsel ist Rein-
entsprungenes» -, ihre
Erinnerung an
schwimmende Hölderlintürme, möwen-
umschwirrt.

(Tübingen, Jänner)

mercredi 7 janvier 2004

Un professeur au Collège de France

dans cet art, ce talent, ce don naturel que possédait X. A., W., Keith, Kenneth, Archer, l'hôte, le voyageur, le visiteur, et que peut-être il cultivait soigneusement, de se faire ouvrir toutes les portes et de séduire qui il voulait;[...] les plus grands artistes de l'heure et beaucoup des plus grands esprits du moment, voire du siècle, qui tous [...] se disputaient sa compagnie et l'accueillaient à bras ouverts dans leur atelier aussi bien que dans leur maison de campagne ou leur appartement de ville, lui en laissaient les clefs quand ils n'étaient pas là, insistaient pour l'emmener en vacances avec eux ou pour qu'il soit présent, quitte à couvrir ses frais de voyage, aux vernissages de leurs expositions à Houston, à Düsseldorf ou à Tokyo, aux premières représentations de leurs nouveaux spectacles aux Champs-Elysées ou dans la plus grande décharge d'immondices du monde, à Chicago, à la création de leur nouveau ballet au Lincoln Center ou à leur conférence inaugurale dans leur chaire de philosophie au Collège de France [...].
Renaud Camus, L'Inauguration de la salle des Vents, p.77

[...] il avait un véritable don insister là-dessus pour se faire aimer apprécier se lier d'amitié et même d'intimité avec toute sorte de avec les plus grands artistes de avec les qu'il admirait des peintres des sculpteurs des compositeurs tenez le vieux l'illustre était fou de lui ne pouvait pas imaginer la création d'une de ses œuvres sans que il lui envoyait non seulement des bien sûr mais aussi des billets d'avion réservait pour lui des enfin ne pouvait pas s'en des écrivains et même des comme qui s'inquiétait de savoir s'il serait bien à à telle date avant de décider tout à fait du jour de la séance inaugurale de son au Collège de une sorte d'enchantement [...].
Ibid, p.242

Roland Barthes? Quel était l'intitulé de sa chaire au Collège de France? Est-ce que les dates coïncident?[1]

Mais il y a dans cet agenda d'autres mines, l'apparition d'un comte et d'une comtesse, le surnom de William Burke (p.94 «X. A., W., Keith, Kenneth, William, Archer»), la datation précise de la page 110... (et d'autres renseignements recoupant d'autres livres). Et le mystère de ces dates qui s'espacent, de ce temps qui disparaît.



Notes

[1] note ajoutée le 14 juin 2012: Non, je ne crois pas que ce sois Roland Barthes, à cause d'une remarque dans Roland Furieux qui note que Diane tient à distance les personnes envers lesquelles Roman éprouve une attraction réciproque.

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