Véhesse

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Billets pour la catégorie Camus, Renaud :

lundi 24 octobre 2005

thèmes

C'est donc un amoureux qui parle et qui dit         Fragment d'un discours amoureux
C'est donc un paranoïaque qui parle et qui           Notes sur les manières du temps
«Ce serait donc un homme qui...»                       Le Lac de Caresse
ce serait l’homme qui aime les adagios               voir le billet sur Kodaly ci-dessus

Il me semble légitime de rapprocher la troisième forme de la première, puisqu'il s'agit de la première phrase d'un livre destiné à soulager un chagrin d'amour.
Je suis moins sûre qu'on puisse rapprocher la dernière de la troisième. Mais quand je l'entends, je pense à l'ensemble de ces filiations.

Je découvris brusquement cette idée capitale de Wittgenstein, qui me semble indiscutable et a des conséquences immenses : le langage n'a pas pour unique tâche de nommer ou de désigner des objets ou de traduire des pensées, et l'acte de comprendre une phrase est beaucoup plus proche que l'on ne croit de ce que l'on appelle habituellement : comprendre un thème musical. Exactement, il n'y avait donc pas «le» langage, mais des «jeux de langage», se situant toujours, disait Wittgenstein, dans la perspective d'une activité déterminée, d'une situatin concrète ou d'une forme de vie.
Wittgenstein et les limites du langage, Pierre Hadot, p.16

Et j'ai envie de me moquer gentiment (car je ne suis guère charitable) de Claude Durand :

Claude Durand, quand il me lit avant publication, ne manque pas de signaler, chaque fois, mes répétitions — pas les répétitions de mots dans un paragraphe (quoiqu'il les signale aussi, à juste titre), les répétitions de thèmes, d'histoires, d'informations, d'épisodes. Or je remarque que le journal de Paul Morand est plein de répétitions, et qu'à mon avis elles ne sont pas désagréables, pour le lecteur. Au contraire, elles sont extrêmement révélatrices. Elles me permettent de bien repérer les courants de forces et les obsessions.
Renaud Camus, Sommeil de personne p.224

Je me souviens d'avoir pensé, en lisant Du sens, quelque chose comme «pas difficile de faire un gros livre quand on passe son temps à citer les précédent». Je me demande si Claude Durand a lu autre chose que les journaux qu'il a publiés.

samedi 22 octobre 2005

Poème pornographique de Proust

Poème pornographique de Proust proposé sur le forum de la SLRC par Renaud Camus , qui en recherche les protagonistes:

On prétend qu'un Russien, digne que Dieu le garde,
Sut éveiller encor un dernier sentiment
(En y laissant son corps glisser jusqu'à la garde)
Au cul pourtant tanné du pauvre Ferdinand


(...)
Le tout sans réveiller le moine Ferdinand.
Pourtant au sein d'un songe il crut qu'il sentait là
Le membre aimé jadis de... d'Antoine Sala
Ô souvenir exquis de la vingtième année
Il pressait d'un doigt lourd cette verge veinée
Que le sperme argentait comme un ruisseau d'avril.
«Veux-tu que je t'enfile, Antoine ? », ainsi dit-il.
Répondit en chrétien le fils de Coralie :
(...)

Cahiers de Marcel Proust, numéro 10

Un continent : organisation du tour operator

On pose souvent la question du classement des bibliothèques, mais plus rarement celle de la planification de lecture d'oeuvres complètes. Parcourir un continent après l'autre (idée tellement séduisante) ? Ou bien alterner entre eux ?

Sans doute accès de découragement, il me semble trop tard pour espérer lire plusieurs œuvres complètes. Je ne suis même pas sûre d'avoir le temps de lire tout Renaud Camus, à l'allure où je lis (et où il écrit!)

En revanche question planification, j'ai des idées assez précises. La lecture de chaque livre "ancien" (par opposition à ceux qui sortent dans l'année, qui sont bêtement lus à chaud) est précédée de la lecture des livres qui me paraissent s'y rapporter. Evidemment, cela n'est possible que parce que je dispose de Vaisseaux brûlés et d'un certain nombre d'articles qui donnent une idée de ce qu'il faut lire.

Les livres de l'année paraissent avant le journal de l'année. Il faudrait les relire après la parution du journal de l'année. (Le délai est parfait entre les deux lectures: un à deux ans.) J'ai l'impression qu'on peut souvent donner une tonalité, une lecture principale, à un journal: Nietzsche pour Retour à Canossa, Höderlin pour Sommeil de personne, ... Dans quel journal apparaît la lecture de Wittgenstein? Elle me paraît être très importante.

Roussel, Duras, Ricardou, Lolita, Billy Bud, Mazo de la Roche pour Passage (il y en a bien d'autres, évidemment, vu la liste donnée en fin du livre, mais le problème est bien là: on est obligé de choisir, à l'aveugle, et peut-être choisit-on un livre sans importance tandis que son voisin était fondamental: comment savoir? Il faut aussi parier sur la chance, sur "le nez", sur l'intuition qui guide les mains dans les rayons des librairies);
Levet (et la préface de Fargue et Larbaud), Starobinski, La Jalousie, Pierre ou les ambiguïtés pour Echange;
Bouvard et Pécuchet et le Second volume, Journal d'un fou (Maupassant et Gogol), Ada, pour Travers;
Bataille pour Tricks (qui signale Benito Cereno);
Les Pensées de Pascal et le livre de Pierre Force pour Buena Vista Park (ici, tricherie, le livre de Pierre Force étant un anachronisme).

Avant même de commencer, il faudrait disposer du socle suivant (ce qui est paru jusqu'en 1975): Ulysse, A la recherche du temps perdu, Robbe-Grillet, Simon, Butor, Duras, Bonnefoy, Barthes, Ricardou, Larbaud, Toulet, Virginia Woolf et quelques Roussel (ce qu'il faudrait idéalement avoir lu avant de découvrir l'existence de Renaud Camus).

Pessoa et Borges. Tibulle.

Ensuite, chaque livre apporte ses propres lectures et indique également quelques références de lecture concernant des livres précédents. Il n'y a plus qu'à faire des listes et à réincorporer tout cela... Dans quel ordre? (lire Chaillou tout de suite ou attendre d'avoir lu Fendre l'air? Lire L'Ecart avant Journal d'un voyage en France?) Acheter quatre fois plus de livres qu'on est capable d'en lire et choisir selon son envie du matin, puisque de toute façon, tout sera utile un jour ou l'autre (puisque de toute façon je suis incapable de respecter un plan longtemps, il y a toujours une curiosité imprévue qui fait prendre des chemins de traverse).

Ne pas se poser trop de questions: « Nous sommes déjà passés mille fois par ces chemins. Et c'est ce qui malgré tout est assez rassurant, à la longue : car à l'affolement suscité par l'extrême profusion des sentiers de traverse (qu'on se décide à les suivre ou pas, peu importe) s'oppose leur propension à tous à ramener indéfiniment vers les mêmes carrefours.»

Il y a un autre projet que celui de Pierre Ménard: au lieu de réécrire le même livre que Cervantès, lire les mêmes livres que Renaud Camus...

remarque le 21/11/2008

Je suis sûre de venir de lire cette dernière phrase dans Journal de Travers, dans la deuxième partie du tome 2.

mercredi 19 octobre 2005

Au passage

En feuilletant Sommeil de personne, je redécouvre des passages qui prennent des sens différents aujourd'hui (ou qui prennent un sens, tout simplement, alors qu'ils n'étaient que des anecdotes lors de la première lecture), parce que j'ai lu d'autres livres depuis. Je repense à la question posée un jour sur ce forum «Relisez-vous les journaux?» Il faut relire les journaux.

Je m'arrête à ceci (ceci m'arrête) :

Au fond je devrais réécrire Passage, sans y changer un seul mot. Les gens croiraient qu'il s'agit d'une vulgaire nouvelle édition. Pas du tout : ce serait une œuvre entièrement originale, au moins autant que le Quichotte de Pierre Ménard — et moi je ne serais pas exposé, contrairement à ce malheureux Nîmois, à l'injuste reproche de plagiat.
Renaud Camus, Sommeil de personne p.268

Il est inutile de prendre cette peine. Chaque (re)lecture de Passage est la lecture d'un nouveau livre. J'évite soigneusement de rouvrir les Eglogues, sachant que si je lis un passage au hasard, j'y trouve tant de résonnances nouvelles, il me semble comprendre tant de choses que je n'avais pas vues, pas remarquées (que je ne pouvais pas remarquer avant, parce que c'était une première lecture, ou une lecture précédant d'autres lectures), que je me trouve aussitôt entraînée à tout relire.

samedi 15 octobre 2005

Misrahi

«Samedi.
Vu, il y a quelques jours, sur La Chaine Parlementaire (LCP chaine du cable) le philosophe Robert Mishrahi. Il est interrogé par JP Elkabach à propos de Spinoza. Mishrahi semble avoir consacré sa vie, que dis-je donné sa vie à Spinoza. C'est assez émouvant. Il esaye d'intervenir alors que c'est le tour des autres invités, de placer son héros. Vient son heure. Après avoir fait un point biographique, il fait une présentation sommaire de l'oeuvre. Il est alors amené à employer le mot phénoménologie. Intervention du journaliste. Pas de ça chez nous. Ne lui demande même pas d'expliquer, de définir. Non exit phénoménologie. Flingué. Direction la morgue. Tristesse de Mishrahi qui ravale son mot. Défaite de la pensée. Ultimi barbarorum.
L'émission était entre autre consacrée au dictionnaire.»
Trouvé ici.

Pour ceux qui à qui un lien clair avec l'œuvre de RC est nécessaire, cf. la note de bas de page dans Syntaxe (qui n'est même plus une note de bas de page, d'ailleurs, mais pratiquement une intervention digne des partitions de Travers.)

lundi 3 octobre 2005

Eclats

Qu'aurai-je aimé? Les marins de Pola et de la Porte Dorée, et puis juste en face d'elle, les regardant passer, la maison où Joyce a enseigné l'anglais. C'était la première illustration du premier livre que j'ai publié, cette maison, cet arc, et je ne les avais jamais vus.
Renaud Camus, Notes sur les manières du temps, p.188

A Pola, près de l'arc, entre deux cours: leçons d'anglais aux marchands de la ville et de tennis à leurs filles écolières.
Renaud Camus, Passage, p.11


Mais j'ai bien eu quelques oncles de Bretagne qui étaient vaguement colonels, je crois bien, et toujours plus ou moins à la retraite, ou en semi-disponibilité. En tout ils ne manquaient pas de temps libres. or l'emploi qu'ils en faisaient ne témoignait nullement de la débilité supposée des gens de leur état, ni d'un caractère spécialement batailleur. Au contraire: ils appartenaient tous les deux à une espèce qui m'a toujours inspiré la plus grande tendresse, celles des érudits locaux. L'un se passionnait pour les toponymes abstrus, d'autant plus admirable à ses yeux qu'ils étaient plus trompeurs, [...]
Notes sur les manières du temps, p.101

Sait-on jamais ce qui résonne dans la tête d’un érudit local, lorsqu’il fait sa promenade du soir, en été, autour de son village, dans l’odeur du foin coupé : les noms, les lieux-dits, les carrefours, telle tour au loin entre les arbres, tel clocher, un infime remblai, dans un champ, chargées de vésanies tournoient dans sa rêverie.
Denis Duparc, Échange, p.99


Mais quelle que soit la grande beauté, encore sauvage, du littoral sur de longues distances, peut-être trouvais-je, pour de simples visites, en tout cas, plus de séduction à des lieux de l'intérieur, comme Mostar, ou bien comme le merveilleux village de Pocitelj, sur la Neretva, que nous avons vu désert sous le grand soleil de la mi-journée, hanté de lauriers-roses entres son minaret et son clocher roman, sous la haute forteresse turque.
Notes sur les manières du temps, p.189

eh bien c'est une de ces images [...] qui les incita tout d'un coup, parce qu'ils avaient reconnu de loin le site qu'elle représentait, à quitter la route principale, en Bosnie, ou peut-être en Herzégovine,au pays du Hum, pour traverser la Neretva et pour faire leur entrée, par le portail qu'elle leur offrait, à la fois dans le village de Pocitelj, avec sa forteresse et sa mosquée, avec ses tonnelles et ses roses, et dans le dictionnaire lui-même.
Renaud Camus, L'Inauguration de la salle des Vents, p.164 (+ p.237)


Tu manges une truite sur la table de bois, mais c'est moi qui vois s'éloigner la rivière, au-delà du cyprès de la mosquée: vertes sous les bancs de sable, sous les collines pierreuses.
Notes sur les manières du temps, p.189

— Hum, si vous voulez je peux vous faire une truite, avait dit l'homme dans son drôle de sabir, sous la tonnelle en terrasse, non loin du fleuve, auc ours de cet été lointain (eux se dirigeaient vers la Grèce, cette année-là, par le chemin des écoliers.
L'Inauguration de la salle des Vents, p.11 (+ p.191)


Les jambes du petit voïvoïde sont écartées et un peu pliées, comme s'il esquissait en souriant un pas de danse entre deux mondes.
Notes sur les manières du temps, p.190

[...] que les voyageurs, le long d'une mauvaise route à travers ces contrées qui peu d'années plus tard vont être ravagées par la guerre, se dirigent vers la nécropole où les attend, en haut relief sur une pierre dressée, légèrement penchée parmi les herbes hautes, ce jeune prince qu'on voit esquisser un pas de danse, par-delà la mort, et saluer les vivants d'une main énorme, bien ouverte, étalée, plus proche, plus haute et plus large que son visge aux yeux profonds.
L'Inauguration de la salle des Vents, p.237

dimanche 2 octobre 2005

Passage qui m'est le plus étranger

Le passage qui m'est le plus étranger, le moins naturel, est celui qui commente une nouvelle de Katherine Mansfield :

Je me demande comment cette parabole éclaire l'affaire des sans-papiers" de Sainte-Geneviève-des-Bois. Mansfield montre bien comment l'exclusion sacrificielle des deux petites filles les plus pauvres, décidées au cours d'une vilaine scène dansée, chantée et quasiment rituelle dans la cour de l'école, fonde l'unité du groupe, conformément aux structures classiques des histoires de bouc émissaire. Voilà un cas "je sais bien, je sais bien, mais quand même..." Car dans l'exclusion que "naturellement" j'aurais tendance à souhaiter des "sans-papiers", je n'ai aucun mal à reconnaître la hideuse structure du sacrifice fondateur, ou conservatoire (d'autant moins de mal que de cette structure-là, en d'autres circonstances, j'ai été moi-même la victime.) Et cependant, "conservateur", je n'arrive pas à ne pas souhaiter la conservation de ce dont ce sacrifice, pour hideux qu'il soit, paraît bien être la condition. Alors?
Renaud Camus Outrepas, p.275 et suivantes

Alors... Je vois avec surprise réapparaître dans cette idée de sacrifice fondateur les hypothèses de Georges Bataille, rejetées lorsqu'il s'agit de sexualité. Je pense bien entendu également à René Girard.
Mais beaucoup plus simplement et plus immédiatement, parce j'ai lu la Bible bien avant d'avoir lu Girard ou Bataille, je songe au texte fondateur du Lévitique (« Aaron lui posera les deux mains sur la tête et confessera à sa charge toutes les fautes des Israélites, toutes leurs transgressions et tous leurs péchés. Après en avoir ainsi chargé la tête du bouc, il l'enverra au désert sous la conduite d'un homme qui se tiendra prêt, et le bouc emportera sur lui toutes leurs fautes en un lieu aride. » (Lévitique XVI:21-22)) et je me dis qu'il est tout de même surprenant, pour un auteur amoureux de l'expérience française, catholique, ou au moins chrétienne, avant tout, de se référer si naturellement à l'Ancien Testament, et non au Nouveau.

A ce texte, spontanément, j'oppose les réflexions de Hans Jonas, qu'il exposa lors d'un colloque à la Drew University:

Surtout, j'ai confronté la conception heideggérienne de l'homme, «berger de l'Être», avec l'exigence toute simple de la Bible et avec la faillite de l'humanité à notre époque. «L'homme serait donc le berger de l'Être — non pas de créatures existantes, mais de l'Être! Sans compter la résonnance blasphématoire que cet usage du titre sacré doit nécessairement avoir pour les oreilles chrétiennes et juives, il n'est guère acceptable d'entendre célébrer l'homme tel le berger de l'Être, alors qu'il a piteusement échoué à devenir le gardien de son frère, rôle que la Bible lui avait assigné.
Souvenirs de Hans jonas, p.231

La référence est encore tirée de l'Ancien Testament («Suis-je le gardien de mon frère?» phrase défensive-agressive de Caïn répondant à Dieu), mais la référence du berger tire vers le Christ, j'associe ce passage, "naturellement" là encore, à la parabole de la brebis perdue: pas une seule brebis ne sera égarée, une seule et chacune comptera autant que toutes les autres, telle est la promesse du Nouveau Testament. Le sacrifice du Christ est le sacrifice définitif, ultime, qui rend inutile, superfétatoire, tout autre sacrifice. Désormais tous peuvent être sauvés.

Et je contemple les résultats de mes petites réflexions, en me disant que décidément, culturellement et socialement, je suis profondément, "naturellement", catholique, et que d'autre part il est tout de même étrange (ou après tout très normal?) de voir un auteur qui s'interroge autant sur l'influence de la pensée juive en adopter si naturellement l'un des mythes fondateurs.

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