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Billets qui ont 'fleur sur le plancher' comme motif camusien.

mardi 19 avril 2011

Renaud Camus, L'Amour l'Automne, chapitre 3, note 12

Remarque : toutes les sources ont été identifiées dans ce fil (enfin, pour la partie allant jusqu'au premier appel de notes). Certes il s'agit d'un extrait court, mais je crois que nos progrès (l'accumulation progressive des références qui permet de circuler rapidement dans le texte) méritent d'être soulignés.



************ Cette devise n’apparaît pas en tête du manuscrit. Faut-il attribuer cette omission à un oubli ? Nous ne savons pas ; comme pour tous les autres passages douteux, nous avons préféré rester fidèle à l’original, au risque d’encourir les critiques. (Note de l’Éditeur.) (AA, p.184)

La note page 115 de L'Invention de Morel est utilisée pour faire la transition d'un fil à l'autre dans L'Amour l'Automne. Autrement dit, la citation reprend la note du texte cité en conservant sa nature de note.
Une telle technique avait déjà été utilisée : le passage du fil 8 au fil 9 (p.158 de AA) se faisait en reprenant une note existant dans l'article de Marko Pajevic sur Celan.
Vertige de la "vérité": cette note nous présente les doutes d'un éditeur fictif dans un texte de fiction s'interrogeant sur la "réalité" d'une intention d'un personnage qui voulait prouver qu'il disait la vérité, qu'il ne mentait pas.
Le texte postule qu'il existe un "original", quelque chose qui fait foi; or il s'agit d'un original de fiction => Cela renvoie au fil précédent, dans lequel Renaud Camus s'interroge sur la fidélité (la vérité) d'une reconstitution des gestes quand tout a changé: que peut bien être une fidélité à l'original de fiction, dépendant lui-même de la volonté de l'auteur?

  • Morel, vérité/mensonge, Celan, note (de fin de volume)

C’est donc le professeur Morel qui écrit pour Le Monde la chronique nécrologique de Serge Lancel, philologue, archéologue et historien, membre de l’Institut, mort le 9 octobre à soixante-dix sept ans. (AA, p.184)

L'importance et la signification des chiffres ont été expliquées dans Été p.11, en particulier de 9 et de 7 => la mort. (Les chiffres structureront le dernier chapitre de L'Amour l'Automne).
Les chiffres ont une signification, ils chiffrent le monde =>code.
Le Monde: autre sens du mot "monde".
Concentration de références églogales dans une "vraie" phrase d'un "vrai" journal de la "réalité": comme si la "réalité" jouait le jeu, ce qui rapelle Mary McCarthy: «Ils croient aux signes, etc.» (préface de Feu pâle)
Serge Lancel était un spécialiste de l'Afrique antique. Il a écrit sur Saint Augustin. Il est mort le 9 octobre 2005, ce qui permet de dater l'écriture de ce fragment.

  • Morel, Lancel/Celan/Cancel, anagramme, mort, monde, sept, neuf, code

Le mari de Virginia Woolf, on le sait, tient son journal, lui aussi ; mais les entrées relatives à la santé mentale de sa femme y sont codées en tamoul et en cinghalais. (AA, p.184)

Léonardo Woolf.
Tient son journal lui aussi: comme sa femme, et comme Morel dans L'invention de Morel.
Les entrées sont codées.

  • Léonardo/Léonard, Virginia Woolf, journal, Indes, code secret

Diane se méfie du casanier, de sa clef qui tourne deux fois: l’amour quitté le vent m’endort. (AA, p.184)

extrait du dialogue des Transparents dans Les matinaux, de René Char. Il s'agit du paragraphe V, intitulé "Diane Cancel".

V. Diane Cancel
LE CASANIER
— Les tuiles de bonnes cuissons,
Des murs moulés comme des arches,
Les fenêtres en proportion, Le lit en merisier de Sparte,
Un mieoir de glibusterie
Pour la Rose de mon souci.

DIANE
— Mais la clé, qui tourne deux fois
Dans ta porte de patriarche,
Souffle l’ardeur, éteint la voix.
Sur le talus, l'amour quitté, le vent m'endort.

René Char, "Les Transparents" in Les Matinaux

Opposition de la sécurité de la maison dans laquelle on s'enferme à double tour à l'errance.
la rose : rose de Personne, «a rose is a rose is a rose», «What is in a name?» => la rose convoque l'amour et l'interrogation sur le rapport signifiant/signifié.
la clé: clé du secret, clé du code ? (un peu tiré par les cheveux concernant simplement ce fragment, mais prend sens si l'on considère la sphère sémantique de l'ensemble du fil).

  • Diane, Cancel, anagramme, rose, Char

Cependant, pour ma part je ne puis tout à fait m’empêcher de rapprocher Perceval, au moment où il se rend à Row pour y rejoindre une secte dont il s’est laissé dire qu’on y parlait des langues inintelligibles (même pour ceux qui les parlent), de Lenz, carrément, quand il partit à travers les montagnes : Die Gipfel und hohen Bergflächen im Schnee, die Täler hinunter graues Gestein, grüne Flächen, Felsen und Tannen. If Boke’s sources are accurate, the name “Lanceloz del Lac” occurs for the first time in Verse 3676 of the twelfth-century Roman de la Charrette. (AA, p.184-185)

John Thomas Perceval, dit perceval le fou, fils de Spencer Perceval, est le fou schizophrène qui écrira Autobiographie d'un fou.
Les langues inintelligibles : code. Ces langues sont destinées à parler avec Dieu (df. «Que nous envoie Dieu?» de L'Invention de Morel).
Jacob Lenz fut un écrivain du mouvement Turm und Drang.

- «quand il partit à travers les montagnes : Die Gipfel und hohen Bergflächen im Schnee, die Täler hinunter graues Gestein, grüne Flächen, Felsen und Tannen.» : citation de Lenz, la nouvelle de Georges Büchner. Incipit.

-«If Boke’s sources are accurate, the name “Lanceloz del Lac” occurs for the first time in Verse 3676 of the twelfth-century Roman de la Charrette.»: citation de Lance, de Nabokov. Début de la partie 3 de la nouvelle (incipit)
Voir quelques remarques sur les légendes, en particulier les variations autour des noms Perceval, Tristan, Lancelot.

  • Perceval, folie, Jacob Lenz et Lenz, incipit, Lance, légende, code (pour parler à Dieu)

Bien sûr un demi-siècle au moins sépare les deux épisodes, et il n’est pas question un seul instant d’atténuer tout ce qui les distingue, ou même les oppose : l’un des voyageurs, le plus tardif, a pour père un Premier Ministre anglais (mort depuis longtemps, d’un coup de couteau en plein Parlement), l’autre un obscur gentilhomme balte (qui lui survivra) ; celui-là n’a pas écrit une ligne quand il se met en chemin, l’autre est une espèce de génie, mais il a derrière lui toute son œuvre, malgré son jeune âge — lui ne se remettra jamais de l’épreuve tandis que le fils de l’assassiné, au contraire, ayant apparemment recouvré ses esprits, aura tout loisir de revenir longuement sur ce qui lui est arrivé, là-bas, sur le Gare Loch, parmi les sectateurs de la glossolalie. (AA, p.185)

Récit rapide, résumé, de deux vie, de tout ce qui sépare et rapproche les deux hommes. Pourquoi les rapprocher? A cause de leur nom et de leur quête, de leur départ => renvoie à l'errance, le contraire du "casanier.
Pour mémoire, notons un point commun entre Nabokov et John Perceval: ils ont tous les deux eu un père ministre assassiné durant l'exercice de ses fonctions.

  • biographie, mort violente, folie, fou du langage

La cavité de l’orbite de l’œil et la cavité de la pommette, et celle du nez et de la bouche, sont d’égale profondeur et aboutissent au-dessous du siège des sens, selon une ligne perpendiculaire. (AA, p.186)

Les Carnets de Léonard de Vinci cité par Didi-Huberman

» [Cavités de la face et de leurs rapports] La cavité de l’orbite de l’œil et la cavité de la pommette, et celle du nez et de la bouche, sont d’égale profondeur et aboutissent au-dessous du siège des sens, selon une ligne perpendiculaire. La profondeur de chacune de ses cavités correspond au tiers du visage humain, lequel s'étend du menton aux cheveux.» Cf. également C.D. O'Malley et J.B. de Sunders, Leonardo on the Human Body, New York, Dover, 1952 (rééd.1983), p.44-53.
Note de bas de page dans Être crâne p.18, de Georges Didi-Huberman.

La référence au livre de Didi-Huberman est explicitement fournie par Renaud Camus dans une note de bas de page, p.51 de L'Amour l'Automne. Dans cette note p.51, on trouve des références à Celan, la dent, Léonardo Woolf, Ceylan...
Remarquons, pour la folie des coïncidences, le nom de Dover dans la référence complémentaire fournie.

  • Léonard de Vinci, Léonard, crâne, Dover, note de bas de page

La pensée — c’est une affaire de dents.(AA, p.186)

Citation de Paul Celan, référence donnée p.94 de L'Amour l'Automne:

Le même jour PC écrit, dans une lettre non envoyée à René Char, au sujet de la mort d'Albert Camus: «René Char! Je voudrais vous dire, en ce moment, qui est celui de votre peine, quelle est ma peine. Le temps s'acharne contre ceux qui osent être humains — c'est le temps de l'anti-humain. Vivants, nous sommes morts, nous aussi. [...] Point de consolation, point de mots. La pensée — c'est une affaire de dents. Un mot simple que j'écris : cœur. Un chemin simple, celui-là.» (Paul Celan, Gisèle Celan-Lestrange, Correspondance,"La librairie du XXIe siècle", Seuil, 2001, tome I, p. 112, tome II (notes), p. 130.)
L'Amour l'Automne, p.94

Comme nous venons de le voir, cette citation de Celan avait déjà été utilisée p.51 de L'Amour l'Automne, là aussi en note de bas de page.

  • dent, Celan, Char, pensée, note de bas de page

Diane Cancel, c’est tantôt Diane-la-Transparente, tantôt l’enchanteresse. (AA, p.186)

  • Char, Diane Cancel, Cancel, anagramme, Celan)

La plus récente campagne de recherches lancée sur les traces de La Pérouse et des ses compagnons, à bord du bâtiment de la Marine nationale le Jacques-Cartier, a découvert un sextant, la garde d’une épée et surtout un crâne en assez bon état, lequel, d’après sa ressemblance avec un portrait de l’époque, pourrait bien être, plutôt que celui d’un marin, celui d’un des savants attachés à l’expédition.(AA, p.186)

voir ici. Je ne sais plus quel journal évoque l'émission de télévision suivie un peu par hasard par Renaud Camus sur ce sujet.
Le navire du contre-amiral d'Entrecasteaux parti à la recherche de La Pérouse en 1791 s'appelait La Recherche (cf Proust, Swann, etc).
thématique du mystère, de la recherche, de la disparition, de l'énigme.
Pour avoir assisté à une conférence lors de l'exposition de 2008, je sais que les savants actuels sont convaincus que les savants de l'expédition ont forcément mis à l'abri leurs papiers relatant leurs découvertes. Les savants contemporains tentent tous les codes possibles (à la Tintin ou à la Edgar Poe: le nombre de pas à partir du rocher...) pour deviner les coordonnées de l'enfouissement d'un coffre ou autre.

  • crâne, La Pérouse, exploration maritime (recherche des passages)

Ce qui demeure, à travers les aléas de la légende, ce sont seulement quelques épisodes et certains accessoires, apparemment secondaires : une fleur sur le plancher, un arc abandonné, un geste de la main, une intonation singulière — toujours la même, toujours au même endroit.(AA, p.186)

Starobinski, Les mots sous les mots, livre qui présente l'étude des anagrammes latins par Saussure. Saussure a pensé un moment avoir trouvé une règle de composition secrète de la littérature latine (un "code").

" Les deux genres de modifications historiques de la légende qui peuvent passer probablement pour les plus difficiles à faire admettre sont
1° La substitution de noms.
2° Une action restant la même, le déplacement de son motif (ou but).

"- A chaque instant, par défaut de mémoire des précédents ou autrement, le poète qui ramasse la légende ne recueille pour telle ou telle scène que les accessoires au sens le plus propre théâtral [sic ]; quand les acteurs ont quitté la scène il reste tel ou tel objet, une fleur sur le plancher, un [ ] [espace laissé blanc dans le texte] qui reste dans la mémoire, et qui dit plus ou moins ce qui s'est passé, mais qui, n'étant que partiel, laisse marge à - "

Saussure cité par Jean Starobinski dans Les Mots sous les mots, p.18

Cette phrase traverse l'œuvre camusienne, parfois entière, parfois à l'état de fragment. Comme dans La maison de rendez-vous, le lecteur entend cette phrase, dont il connaît chaque intonation... Le lecteur l'entend sans même avoir besoin de la lire, il la reconstitue spontanément.

  • anagramme, légende, "fleur sur le plancher", répétition, code

Lire un texte est toujours un combat avec l’ange.(AA, p.187)

Phrase issue de l'article "Tongue-in-cheek", sur l'ironie: le lecteur est toujours perdant, il ne peut et ne doit rien croire, il marche sur du doute, du tremblant.
La phrase entière est «Lire un texte est toujours un combat avec l'ange, dont nous sortons forcément vaincus.» Et la phrase suivante est celle-ci:

Lire, c'est accepter le risque d'être tourné en bourrique, de se faire prendre à hocher gravement du chef en accord avec ce que prétend la page, entraîné par le pouvoir de la rhétorique, tandis que l'écrivain, vivant ou mort, ricane et pouffe aux dépens du lecteur, car à un moment du passé, la langue autoriale était fermement engagée dans un creux de sa bouche tandis qu'il écrivait: «Le prince d'Aquitaine à la tour abolie» ou «Mon triste cœur bave à la poupe».
Guido Almansi, «L'affaire mystérieuse de l'abominable "tongue-in-cheek"», Poétique n°36, novembre 1978 p.419

Le lecteur est appelé à la méfiance. (A condition qu'il comprenne l'appel, car pour le comprendre, il faut avoir trouvé la source de la phrase... Ces citations sans référence constituent elles aussi une sorte de codage du texte, un code secret: pour comprendre, il faut trouver la clé.)

  • ange (=>Jacob), ironie, méfiance, code, clé (clé du code et clé de lecture)

"Oh, a huge crab".(AA, p.187)

Le fragment de citation des premières pages de La chambre de Jacob qui n'apparaissait pas dans le fil précédent (voir ma remarque): ce qui n'apparaît pas à autant de sens que ce qui apparaît. (De la même façon, dans la citation précédente était omis «dont nous sortons forcément vaincus»)

  • crabe, la chambre de Jacob, Virginia Woolf, cancer, clé

« Je me suis arraché à ces tendresses, j’ai arraché mon cœur mondain pour que le cancer de Dieu puisse s’étendre dans la chair. *************» Il n’est donc pas possible de prendre l’image de l’hôtel Colon au pied de la lettre comme référent. (AA, p.187)

Encore une autre signification du "monde".
Lettre de Max Jacob à Maurice Sachs ainsi que l'explicite le fil suivant.

  • cancer, Dieu (que nous envoie Dieu?), Max Jacob, monde, Sachs (Saxe, bax, sexe, anagramme)

On remarquera dans l'ensemble de ce fil une thématique du doute et de la vérité. Il existe un code, il y a un secret à découvrir, mais sans doute ne faut-il pas se faire trop d'illusions: «Lire un texte est toujours un combat avec l'ange, dont nous sortons forcément vaincus.»
Il s'agit de se battre sans illusion. Mais après tout, si Jacob n'a pas gagné son combat contre l'ange, il ne l'a pas non plus perdu:

Il resta seul, et quelqu'un lutta avec lui jusqu'à l'aurore. 26 Quand l'adversaire y vit qu'il ne pouvait pas vaincre Jacob dans cette lutte, il le frappa à l'articulation de la hanche, et celle-ci se déboîta. 27 Il dit alors : « Laisse-moi partir, car voici l'aurore. » — « Je ne te laisserai pas partir si tu ne me bénis pas », répliqua Jacob. 28 L'autre demanda : « Comment t'appelles-tu ? » — « Jacob », répondit-il. 29 L'autre reprit : « On ne t'appellera plus Jacob mais Israël, car tu as lutté contre Dieu et contre les hommes, et tu as été le plus fort. » (gn 32,25-33)

samedi 6 mars 2004

La fleur toujours

Message de Valery Larbaud (RC) déposé le 06/03/2004 à 11h20 (UTC)

Objet : Source Saint-Yorre

Il serait surtout intéressant de savoir qui est ce véritable Renaud Camus... Il pourrait peut-être nous renseigner sur l'origine de la "fleur sur le plancher", avant qu'elle ne me fasse perdre (ou recouvrer) la raison. Rien dans Sade, Fourier, Loyola. Rien, à première vue, dans Problèmes du Nouveau Roman ni dans Pour une théorie du Nouveau Roman. Rien dans Théorie de la littérature, anthologie des formalistes russes, pourtant, avec force considérations sur le conte, le mythe, etc. Rien dans Actes relatifs à la mort de Raymond Roussel, de Sciascia. Quelqu'un saurait-il si cette maudite fleur est présente dans Passage ? Quelqu'un connaîtrait-il des variantes de la phrase «Il lit un livre sur Sade et autres logothètes» (ou : que lit-il d'autre ?) Yerrette aura ma mort sur la conscience.

                                         ***************

Ma réponse

Je ne me souviens pas d'avoir vu cette fleur dans Passage. Mais cela ne veux rien dire, puisqu'une première occurence n'aurait pas retenue mon attention: il faut que je retrouve un motif pour que que je m'interroge (du motif camusien comme personnage balzacien).

Les échos que j'avais construits à partir de «Il lit un livre sur Sade et autres logothètes» sont les suivants (c'est très mince, je le concède) : de Barthes remonter à L'empire des signes, puis à «Je lis un roman moderne japonais» p.78. (J'avais imaginé que c'était Eloge de l'ombre (est-ce moderne, est-ce un roman?), parce que j'ai rencontré ce livre ailleurs, peut-être dans Tricks)). Il lit beaucoup d'autre chose : Nerval et l'histoire de Cazotte, La sorcière des Trois-Islets, des récits sur les enfants dans La France lointaine (plusieurs occurences, la première p.36).

La voilette aparaît p.44, sur une photo. Il regarde souvent un album de photos. Le filet de sang apparaît lors d'une pièce de théâtre p.52. Puis p.66.

Je vous en prie, n'en perdez pas le sommeil. Nous trouverons, plus tard, par hasard. Vous avez donné des piste, et des manières de voir (la syllepse, cher à Jean-Marc, sur le mot "légende"...) (Mais cette fleur sur le plancher, j'imaginais je ne sais pourquoi, une anecdote dans la vie d'un personnage célèbre. Peut-être parce que beaucoup d'événements se déroulant sur la Côte d'Azur sont de l'ordre de l'anecdote historique (l'impératrice Eugénie, le mariage des Monaco, la maison de Jules Verne).)

                                         ***************

Message de Renokamu Tiramisu (RC) déposé le 06/03/2004 à 16h45 (UTC)

Objet : L'Ombre des signes

Le roman japonais est celui où apparaît une très vieille femme, originaire de l'île du Nord, peut-être, et ses voisins, que le texte décrit élégamment comme "deux jeunes pédés", et dont l'un est surnommé "Cheveux-Verts". Ils ramènent chez eux beaucoup de monde, dont un marin américain dépoitraillé. Leur mode de vie paraît fasciner la vieille femme, qui vit au rythme de leurs entrées et sorties, de leurs rires, de leurs disputes et de leurs éclats dans la salle de bain.

Pour des raisons bien excusables (une transition beaucoup trop rapide), Angelo Rinaldi, le critique, avait confondu cette vieille Japonaise avec une quelconque princesse de Galles - ce qui lui fut dûment reproché dans un volume postérieur.

                                         ***************

Ma réponse

«Elle n'était alors que princesse de Galles. A la mort de l'aîné, elle a épousé son frère, le marin. Ses voisins sont deux jeunes pédés.» Passage p.18


Je dois avouer que je suis très impressionnée: il n'y aurait donc pas une phrase qui ne renvoyât à une référence intertextuelle, voire à plusieurs, entre le début et la fin de la phrase.

Evidemment, nous étions prévenus : «Chaque passage, chaque phrase souvent, et par exemple ici, y est certes une unité en soi, qui n'entretient avec son immédiat contexte qu'un rapport diégétique très mince, lâche ou inexistant. Mais chaque passage, chaque phrase, chaque mot n'a droit de présence qu'à appartenir à des réseaux très complexes, par chaque volume tissés, resserrés, enrichis, par l'oeuvre entière élaborés, et, puisque celle-ci n'est qu'un extrait, un églogue, des églogues, par le monde chaque jour fomentés, corrigés, confirmés.»


Mais je n'avais pas réellement pris la mesure de ce que cela signifiait jusqu'à ces derniers jours.


A ce compte-là, si je passe douze semaines sur chaque livre, sans compter les livres à lire entre les livres, je ne suis pas prête, moi, d'avoir lu tous les livres. (Ne vous aurai-je jamais (bien eu)? C'est vous qui êtes en train de m'avoir.)

                                         ***************

Message de Rinaldo Schpountz (RC) déposé le 07/03/2004 à 15h49 (UTC)

Objet : Point de Vue & Images du monde

Magari....

(Marie de Teck, d'abord fiancée à Albert-Victor, duc de Clarence, fils du futur Édouard VII et petit-fils de la reine Victoria, épousa, à la mort de celui-ci en 1892, son frère cadet, George, duc d'York, officier de marine, plus tard prince de Galles et encore plus tard roi d'Angleterre et empereur des Indes (George V). Devenue la reine Mary, et surnommée "le Dragon" ("Georges et le Dragon"), elle est morte en 1953, peu de temps après la mort de son fils Georges VI et l'accession au trône d'Élisabeth II .)

                                         ***************

Ce message éclaire le "ce qui lui fut dûment reproché" ci-dessus

******** Ce sont sans doute ces lignes qui feront écrire à M. Angelo Rinaldi, romancier et critique littéraire, dans un article d'ailleurs très aimable de L'Express (31 mars 1975), que se distinguent, parmi les personnages discernables dans Passage, un employé de maison d'édition, un cover-boy américain, et leur voisine, une princesse de Galles dont le comportement ne fait certes pas honneur à la moralité des Windsor. Le pauvre Rinaldo, cet ange, toujours soucieux d'éviter les invraissemblances et d'observer toutes les vérités historiques, jugea certainement étonnante cette information sur son livre. Mais après tout, que le lecteur investisse et projette... *********


********* On lit bel et bien, p.18, sans la moindre transition ni solution de continuité : Elle n'était lors que princesse de Galles. A la mort de l'aîné, elle a épousé son frère, le marin. Ses voisins sont deux jeunes pédés. L'un est lecteur dans une maison d'édition... Et le malheureux critique, pour ne rien dire du lecteur, devrait comprendre, dans ces conditions, que les voisins sont ceux de la de la très vieille femme, originaire de Sapporo, mentionnée page 17? Et pourquoi pas qu'il s'agit sans doute du roman moderne japonais lu p.78 d'Echange, probablement sur la terrasse du musée, à Saint-Paul-de-Vence, et qui devient d'ailleurs, p.95, L'Empire des Signes, et même, p.119, un livre sur Sade et autres logothèques!!! Un peu de sérieux, de grâce!
Renaud Camus, Travers p.18 et 19


1) Ambiguïté de "Un peu de sérieux, de grâce!" : à la première lecture, trop rapide, j'avais pensé que c'était Rinaldi qui était ainsi apostrophé. En recopiant le texte, je m'aperçois que c'est en fait l'auteur qui l'est: il lui est reproché d'attendre de son lecteur des dons de divination.

2) J'avais donc remonté la chaîne des associations dans l'autre sens: du livre sur Sade à L'empire des signes au roman moderne japonais. (La piste était fausse, mais il n'était donc pas complètement idiot de la suivre).

3) Se confirme l'idée terrible qu'après chaque nouveau livre lu il faudrait relire tous les livres déjà lus afin de les éclairer du dernier livre lu. Il ne faut pas que j'y pense...

dimanche 29 février 2004

Une fleur sur le plancher : début de la quête

remise en forme d'une réponse faite sur la SLRC le 29 février 2004. Un lecteur du forum se plaignait qu'il n'y soit pas suffisamment parlé de l'œuvre. J'ai répondu par une question très précise et une bibliographie.

Sauriez-vous me dire ce qu'est cette "fleur sur le plancher" qui apparaît dans Echange, que l'on revoit dans L'Inauguration? S'agit-il d'un poème, d'une allusion à Wagner, à Virginia Woolf? Qu'est-ce donc que cette fleur?

J'aimerais saisir ce qui dans l'œuvre de Renaud Camus m'arrête et me retient. Si je dis "c'est beau", je n'ai rien dit. Il y a autre chose. Mais quoi? Où?
Comment parler de l'œuvre? Programme de lecture : lire RC, Barthes, Ricardou, Duras (les premiers), Robbe-Grillet, Henry James, Raymond Roussel, Borges, Pessoa, Celan, Rilke, Tibulle, Mazo de la Roche, George Sand, Genette, Cazotte, Amiel, Proust, Mallarmé, Virginia Woolf, Shakespeare, Rimbaud, Laforgue, Wittgenstein, Nietzsche, Del Guidice. De temps en temps s'arrêter, regarder par la fenêtre. Ecouter quelques musiciens dont je ne connaissais même pas l'existence il y a un an. Aller voir une exposition. Ecrire sur le site "c'est beau". Et recommencer.

***************

Message de Guinglain (RC) déposé le 03/03/2004 à 08h28 (UTC)

«(Sauriez-vous me dire ce qu'est cette "fleur sur le plancher" qui apparaît dans Echange, que l'on revoit dans L'Inauguration? S'agit-il d'un poème, d'une allusion à Wagner, à Virginia Woolf? Qu'est-ce donc que cette fleur? (Mais si je lis suffisamment longtemps avec suffisamment d'attention, je trouverai peut-être.))»

Non, hélas, je ne saurais. J'aurais eu tendance à chercher du côté de "Tristan" et du cycle breton, mais deux ou trois premiers coups d'oeil n'ont rien donné. Très marginalement, et en attendant mieux, je me demande si on ne pourrait pas songer 1/ au thème de "la figure dans le tapis", chez Henry James (je ne sais plus s'il existe un texte de lui de ce titre) 2/ à certain riche dessin de Twombly, expressément hommage à quelque poète antique (Sappho ? Théocrite ?), où il est question, en une calligraphie hâtive et apprêtée, et en anglais, d'une "hyacinthe écrasée sur un sentier de montagne" 3/ à "Carmen", tout simplement («la fleur que tu m'avais jetée, dans ma prison m'était restée») ?

«2/ à certain riche dessin de Twombly, expressément hommage à quelque poète antique (Sappho ? Théocrite ?), où il est question, en une calligraphie hâtive et apprêtée, et en anglais, d'une "hyacinthe écrasée sur un sentier de montagne".»

Précisions : Sans titre, 1976, 149,6x162cm, huile, craie grasse sur papier dessin. Sur la moitié inférieure droite quelques vers de Sappho : "Second voice like a Hyacinth in the mountains, tremped by sheperds until only a purple stain remains on the ground" [j'espère que cette citation ne figure pas déjà sur le web!]. Collection : Galleria Sperone, Rome. Exposition : Galleria Sperone, Rome, du 23 novembre au 17 décembre 1976. Reproduction : Cy Twombly, Catalogue raisonné des oeuvres sur papier, par Yvon Lambert, avec un texte de Roland Barthes, Volume VI, 1973-1976 (p. 180, en noir et blanc, hélas)

Mais ce n'est toujours pas la fleur sur le plancher…

***************

Ma réponse 03/03/2004 à 22h33 (UTC)

La première fois que m'est apparu le motif de la fleur dans L'inauguration, j'ai cru qu'il s'agissait simplement d'une variation sur les massifs de fleurs du vétérinaire. Ces fleurs sont changeantes, (pardonnez-moi, je n'ai pas le courage ce soir de chercher les noms et les pages), elles sont rhododendrons une fois, puis bien d'autres choses. On rencontre une fleur sur le sol (mais est-elle "sur le plancher"? Je ne puis l'affirmer), et effectivement une hyacinthe dans la montagne. Mais ce n'est pas une fleur dans le tapis, car même si je pensais qu'il s'agissait d'une variation sur les fleurs du vétérinaire, j'avais tout de même vaguement cherché des références littéraires. J'avais trouvé Henry James, et étais restée perplexe : pouvais-je rattacher une fleur sur le plancher ou sur un sentier à une fleur dans le tapis? C'était tentant, mais bon.

Puis je lis Echange, et je rencontre de nouveau cette fleur, "fleur sur le plancher", cette fois. Donc ce n'était pas les fleurs du vétérinaire qui était à l'origine de la variation, elles s'inscrivaient dans un motif préexistant, elles n'étaient que le matériau. Qu'était-ce donc? J'ai pensé à Carmen, mais sans grande conviction : trop de références à Lucia de Lamermoor ou Wagner ou Verdi dans ce livre pour que je puisse réellement "croire" à Bizet. A moins qu'il y ait des références à Carmen que je n'ai pas reconnues?

Je suis un peu embarrassée par cette chasse à l'indice que j'ai lancée presque par hasard, en posant une question sur "le peu profond ruisseau". J'entends au fond de la salle (et dans un coin de ma tête) des voix qui disent "à quoi bon, à quoi bon identifier les sources? Le texte, le style, ne te suffisent-ils pas?" Je n'étais pas loin de le penser il n'y a pas si longtemps.
Mais en lisant Passage, déjà nous connûmes m'avait rempli d'aise, sans compter le «Marcel, y va pas». Puis j'ouvre Levet, je reconnais «Paul je vous aime»… Trop tard, j'ai attrapé le virus.
A quoi peut servir de connaître l'origine des motifs? C'est un peu comme connaître les peintures utilisées pour un tableau, cela permet de mieux apprécier l'art de la couleur et l'étendue de la palette. Il y a aussi le jeu, «une lourde glycine» p114 dans Echange, suivi de «comme elle est belle, Madame Leparc, votre glycérine» p115, «mains pascales de glycine» dans Levet (que de fleurs dans Levet)… De Levet à Roussel en deux coups…

Merci beaucoup pour la hyacinthe de Towmbly. Je ne l'aurais jamais trouvée.

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Message de Florian Cagny (RC) déposé le 04/03/2004 à 08h38 (UTC)

Ah,on peut dire que vous m'avez joliment refilé le "problème". Fleur sur le plancher, fleur sur le plancher - cela me dit bien quelque chose, mais quoi ? En tout cas il n'y a rien dans le numéro 10, 1975, "la voix", de "l'autre scène" (sic), "cahiers du groupe de recherches théâtrales" (ou pourtant il y a tant, Kutukdjian, Mesnage, etc.). Jacques Clergié (ou Clergier?), le père de Sophie, disait de Babitt, de Sinclair Lewis, que l'unique souvenir qu'il en avait c'était que le héros, tous les jours, mettait sa lame de rasoir (où l'on retrouve Sarkozy, ce sparadrap (komençacécri?) de Tintin), sur la petite armoire de sa salle de bain et se disait qu'il faudrait bien un jour qu'il se débarrasse de ces lames accumulées). Il me semble que la phrase "originelle" est de cet ordre. Opéras dont on se rappellerait seulement "une fleur sur le plancher" (ou un glaive?). Serait-ce pousser trop loin votre patience que de vous demander si vous auriez l'obligeance de citer ici le passage où le "thème" fait sa première (?) apparition, dans Échange (une ou deux phrases avant, une ou deux phrases après) ? Il y aurait peut-être là un indice… J'ai pensé à cela toute la journée d'Yerres (et ce Duparc injoignable…). Des recherches dans la grande "Littérature française" Larousse, du côté des Tristan et du Chevalier à la Charette n'ont rien donné non plus (sauf "Guinglain" et ce ridicule "Bel Inconnu"…

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Ma réponse le 05/03/2004 à 10h40 (UTC)
Passage 139. Roussel meurt en 1933, à Palerme, au Grand hôtel et des Palmes, où furent écrites plusieurs sections de Parsifal. Le véritable nom de Remarque est Kramer. Un filet de sang se répand sur le tapis. Il s'agit bel et bien de Nice, comme l'affirme la légende: une fleur sur le plancher. Vérification faite, c'est la résidence des Princes qui est à Cannes. Mais l'erreur laisse des traces. Mais les dates ne coïncident pas.
Denis Duparc, Echange, p.143


Il arrive d'ailleurs qu'elle s'embrouille dans ses récits, dont la trame varie, et où ne demeurent alors que quelques détails, apparemment secondaires, une fleur sur le plancher, une voilette, une cage à oiseaux, des adieux sur un quai, une main au-dessus des yeux, deux ou trois larmes.
Denis Duparc, Echange, p.144
Je n'ai pas trouvé d'autre endroit où revenait "une fleur sur le plancher". Si ces quelques mots m'ont retenue, c'est qu'ils faisaient écho à ''L'inauguration'' (il me semble que cela doit être alors "une fleur sur le sentier"). L'évocation d'une légende, aussi, m'a intriguée. J'ai cherché autour de Nice et Wagner, mais je n'ai rien trouvé de probant.

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Message de Perceval le Gallois (RC) déposé le 05/03/2004 à 17h25 (UTC)

Et encore, ou déjà, p. 120 :
Mais il continue vers Récife, dont ce n'était pas encore le nom, et où l'on perd provisoirement sa trace. J'ai perdu également celle de Perceval, qu'ils aiment tous. Ce qui demeure, à travers les aléas de la légende, remarque-t-il, ce ne sont que quelques épisodes et certains accessoires, apparemment secondaires : une fleur sur le plancher, un arc abandonné, un geste de la main, une intonation singulière, toujours la même, toujours au même endroit.
Denis Duparc, Echange, p.120
Perceval / The Waves («Perceval has gone to India») / Parsifal / Venise / Tristan / The Portrait of a Lady («James ne partage pas l'interprétation du thème offert par l'opéra»)/ Barthes ????? («Et je lis un livre sur Sade et autres logothètes») / Paul Nash, "View from the hotel des Princes, Nice" («Vérification faite, c'est la Résidence des Princes qui est à Cannes») (Cf. "Pass.", 169) / la fleur semble alterner avec un filet de sang, mort de Roussel à Palerme, P. 66 et ill.4, retour à Parsifal, hôtel des Palmes / Mon gros loup, pas vu ton foulard bleu. Fais-moi signe, Suzy1 / The Wings of the Dove (Venise, miss Archer)/ Fleur, Bloom (en fleur), Virag, «La Flora indeed» (Ulysses) / Est-ce la mère de Tristan ou celle de Perceval qui se nomme Blanchefleur ? / Désolé, je n'y arrive pas.

«Il s'agit bel et bien de Nice, comme l'affirme la légende: une fleur sur le plancher.»

Il me semble évident que là le mot pivot est "légende" : il s'agit bel et bien de l'hôtel des Princes à Nice, comme l'affirme la légende de la photographie de Paul Nash (cf. "Passage" 209, "Images"), et non pas de Cannes et de la promenade des Anglais comme on n'a pu l'imaginer un moment ; mais le mot "légende" entraîne aussitôt la "fleur sur le plancher" - donc celle-ci doit être liée à des considérations sur la légende en général ("Tristan", "Perceval", etc.) et son évolution dans le temps (tout change, sauf quelques éléments immarcescibles qui pourtant auraient semblé les plus mobiles, une fleur sur le plancher, un arc abandonné, un geste de la main, toujours le même, toujours au même endroit...) Je ne sais pourquoi, j'ai dans la tête le nom de Pierre Champion (mais pas un livre de lui dans ma bibliothèque).

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Une mienne réponse qui bifurque
c'est comme ces romans dont on ne garde en mémoire qu'un seul épisode et parfois moins encore tout à fait mineur marginal secondaire presque sans lien avec le cours principal du un fragment de phrase une intonation un échange de regards un geste une balustrade le parfum entêtant d'un massif de mélangé à des ombres obliques qui se brisent sur les marches d'un errant le long d'une à la recherche d'un tout a disparu surnage un regard la brusque inclination d'un visage de femme une fleur sur le plancher une figure dans le tapis une hyacinthe écrasée sur un sentier de une simple saveur une main au-dessus des yeux
Renaud Camus, L'Inauguration de la salle des Vents, p.234
Au fur à mesure des réponses apportées, il apparaît clairement que tout a une origine précise, qu'il s'agisse d'histoires personnelles, de mythologie familiale, d'histoire petite ou grande, de musique ou de littérature. Je ne crois plus à la métaphore, comme j'y croyais encore au sortir de Passage. (Ou alors, si métaphore il y a, elle appartient à un autre livre, un autre film, une autre photo, et elle est reprise telle quelle).

Les explications données ces jours derniers montrent que chaque phrase ou membre de phrase a son histoire. C'est vertigineux : combien de tomes en écrivant l'histoire des membres de phrases des Eglogues? Et que sera l'index des Eglogues? Justement ce méta-livre, l'histoire des phrases?


Je distinguerais des niveaux en comparant ce texte paru en 2003 de celui paru en 1976. Les notions générales (un fragment de phrase une intonation un échange de regards un geste) n'apparaissent qu'en 2003, «le parfum entêtant d'un massif de mélangé à des ombres obliques qui se brisent sur les marches d'un errant le long d'une à la recherche d'un» sont expliqués dans L'Inauguration même, "la brusque inclination d'un visage de femme une fleur sur le plancher une figure dans le tapis une une main au-dessus des yeux" apparaissent en 1976, l'image dans le tapis est un texte d'Henry James, la hyacinthe écrasée fait référence à Towmbly, le sentier de (montagne) peut rappeler tout aussi bien Celan que la monitrice du groupe en cours de réadaptation sociale. Il reste une main au-dessus des yeux, mais je vois des affiche ou des films avec ce geste, ce motif ne m'interroge pas, l'inclination du visage me rappelle "grande beauté des femmes le soir sur les terrasses", il reste "une fleur sur le plancher".

C'est cet "isolement" qui m'ennuie: avec quoi faire rimer cette fleur? Tant que je raccordais ce motif à celui des fleurs du vétérinaire, tout allait bien. A partir du moment où je trouve ce motif près de trente ans avant, c'est qu'il y a autre chose.


Le texte de 1976: «Il arrive d'ailleurs qu'elle s'embrouille dans ses récits, dont la trame varie, et où ne demeurent alors que quelques détails, apparemment secondaires, une fleur sur le plancher, une voilette, une cage à oiseaux, des adieux sur un quai, une main au-dessus des yeux, deux ou trois larmes.» Echange p.144

C'est moins long que le texte de L'Inauguration. Celui-ci fonctionne en entonnoir : les premiers éléments sont généraux, les suivants se trouvent dans la diégèse de L'Inauguration, les derniers reprennent presque mot pour mot l'énumération d'Echange.

C'est pour cela que j'admets que les premiers motifs puissent ne pas faire référence à un texte ou un fait précis («un fragment de phrase une intonation un échange de regards un geste») tandis que les derniers, fonctionnant à la manière d'Echange, ont (auraient) bel et bien une origine précise (Towmbly, Henry James, un film ou une photo pour «une main au-dessus des yeux»,etc).

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Message de Indiana Jones (RC) déposé le 11/03/2004 à 14h37 (UTC)

Au niveau le plus immédiat, le passage semble concerner les récits d'Indiana de Serrans, cette très vieille femme qui a plusieurs reprises, sur un bateau, en croisière, ailleurs, évoque non sans répétitions et contradictions une enfance en Inde, dans les Comptoirs, un premier voyage en Europe, un exil, un Eden abandonné.

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23 mars 2004: la clé de l'énigme.

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Une source trouvée en août 2005

"Une main au-dessus des yeux" vient sans doute de La Chambre de Jacob, même si dans ma version il s'agit d'«une main en visière au-dessus des yeux».





1 : rien à voir : termes d'un ultimatum d'un groupe terroriste menaçant la SNCF en 2004. (attentant en Espagne) (c'est moi qui note).

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