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Billets qui ont 'syntaxe' comme mot-clé.

dimanche 27 juin 2010

Fort de Brégançon

Je lui ai dit n'être pas parvenu à voir le fort présidentiel. Il confirme que c'est impossible:

— Surtout avec le gardien, c't' un ancien gendarme, l'est féroce. Normalement, on peut y aller que par la mer. Même le président, y doit passer par le grand-duc de Luxembourg. Quand y sera brouillé avec le duc, y pourra plus y aller, à son fort, parce qu'il faut qu'il le traverse, le duc.

Renaud Camus, Journal d'un voyage en France, p.216

mardi 15 février 2005

La précision

Qu'est-il dit dans ''Syntaxe'' : abandonner la syntaxe, c'est considérer qu'il n'est plus très important d'être compris, ou l'inverse?


Il est exposé à plusieurs reprises que l'abandon de la syntaxe caractérise une précipitation à "communiquer", il faut parler, il faut être compris, le fond du "message" a plus d'importance que sa forme.

Cependant il me semble que dans cette précipitation à communiquer, s'exprimer est malgré tout plus important pour le locuteur qu'être compris. accorde plus d'importance au fait de parler qu'au fait d'être compris, car les défauts de construction sont gênants pour être compris, et donc si c'était l'important, le locuteur soignerait sa syntaxe.
En effet, si votre interlocuteur a tendance à corriger automatiquement "l'histoire dont je te parle" quand il entend "l'histoire que je te parle", cela lui prend quelques dixièmes de secondes pendant lesquelles il est moins attentif. Il ne comprend plus immédiatement (si immédiatement).
Celui qui veut être compris aurait donc intérêt à soigner sa syntaxe.

D'autre part, je ne suis pas totalement d'accord avec l'idée qu'une construction avec ou sans syntaxe laisse passer autant de sens; elle en laisse peut-être passer autant, mais pas tout à fait le même.
Comparons «C'est un sondage sur en gros à quelles institutions font confiance les Turcs» et «En gros c'est un sondage destiné à évaluer le degré de confiance des Turcs envers diverses institutions.» (p.39 et suiv)
La première phrase est plus vague que la deuxième, elle laisse davantage de latitudes à l'auditeur, elle lui donne moins de renseignements.

J'analyse de la même façon l'écart entre les deux versions laitières: «On s'est beaucoup interrogé sur France-Yaourt sur comment combiner un maximum d'onctuosité avec une authentique culture zéro calorie» et «Au sein de l'entreprise France-Yaourt, nous nous sommes beaucoup interrogés sur ceci: comment concilier la plus grande onctuosité concevable avec notre solide tradition de laitages à très basse teneur calorique?»
D'ailleurs entre les deux phrases, Renaud Camus doute: «Il est très possible que cette personne veuille dire en fait:» (p.78) Bien sûr, cette incise est doucement ironique, cependant, elle reflète une réalité, il est bel et bien possible de donner plusieurs versions de la phrase initiale qui est moins précise. Si se faire comprendre consiste à essayer d'exposer sa pensée au plus juste, alors la première version de la phrase n'accorde pas beaucoup d'importance au fait de se faire comprendre: il lui suffit qu'on comprenne à peu près l'idée.

Il est d'ailleurs fascinant d'observer le découpage de sens qu'opère la précision. La précision restreint le sens, il y a moins de sens (moins d'interprétations) possibles pour l'auditeur ou le lecteur, mais elle l'approfondit, elle lui donne davantage de poids, elle lui donne davantage de sens: le champ est rétréci et approfondi. En prenant la peine d'un détour par la syntaxe, on autorise à l'autre un accès plus profond à sa propre pensée, ce qui est aussi ce qui permet d'engager un dialogue: c'est souvent sur les détails que l'on va discuter, une fois l'idée principale admise. La syntaxe respecte l'autre dans la langue, elle lui donne accès à ma pensée et permet donc le dialogue.

lundi 10 janvier 2005

Pour un usage naïf de la langue

Usage de "fort" et "cela":

fort: Fort et bien s'appliquent à des verbes, à des adjectifs, à des adverbes. Fort reste vivant dans le fr. parlé en Belgique et dans certaines provinces de France, il est très courant dans la langue écrite.

ça et cela: Les deux formes sont, du point de vue syntaxique, presque toujours interchangeables, mais la première prédomine dans la langue écrite et la seconde dans la langue parlée. Il serait exagéré pourtant de considérer que, dans l'écrit, ça n'apparaît que là où l'auteur fait parler un personnage. Relevons notamment:
Pellisson avait trop de goût pour parler de ça. (Chateaubriand, Vie de Rancé) Les criminels dégoûtent comme les châtrés: moi je suis intact, et ça m'est égal (Rimbaud, Saison en enfer''), etc.

source : Grevisse

J'utiliserai ça ou cela selon les cas pour des raisons d'euphonie, pour des raisons de temps, aussi: "cela" à l'oral ralentit la phrase, il suppose un débit moins rapide, une pensée qui se cherche (il me semble, cela n'engage que moi). Utiliser "cela", ne pas élider le "ne" de la négation, c'est parler lentement, réfléchir avant de parler, ou en parlant.

J'ai dit que le sens et l'oreille soutenaient le choix des mots et de la syntaxe, Vaugelas ajoute un troisième critère: l'usage, et pas n'importe quel usage, mais l'usage naturel, celui qui vient naturellement à l'esprit. Il développe tout un art de l'interrogation afin de ne pas attirer l'attention sur le point qui le tracasse, de façon à obtenir une réponse spontanée, non savante ou raisonnée:

Par exemple, si je suis en doute s'il faut dire elle s'est fait peindre ou elle s'est faite peindre, pour m'en éclaicir, qu'est-ce qu'il faut faire? [...] Si je m'adressais donc à une personne qui ne sût point d'autre langue que la française, je lui dirais dans l'exemple que j'ai proposé les paroles suivantes. Il y a une dame qui depuis dix ans ne manque point de se faire peindre deux fois l'année par des peintres différents. Je vous demande, si vous vouliez dire cela à quelqu'un, de quelle façon vous le lui diriez sans répéter les mêmes paroles que j'ai dites. [...] tôt ou tard, cette personne seule, ou plusieurs ensemble dans une compagnie, à qui je me serai adressé, ne manqueront point de dire elle s'est fait peindre ou elle s'est faite peindre, et de ce qu'elle diront ainsi naïvement sans y penser et sans raisonner sur la difficulté, parce qu'elles ne savent point quelle elle est, on découvrira le véritable usage, et par conséquent la façon qui est la bonne et qui doit être suivie.

Claude Fabre de Vaugelas, Remarques sur la langue française, p.304

Une page avant, Vaugelas conseille de ne pas interroger les savants, qui savent le latin ou le grec, car ceux-ci risquent de répondre selon des règles grecques ou latines, mais d'interroger «les femmes et ceux qui n'ont point étudié, je n'entends pas parler de la lie du peuple [...]. J'entends donc parler seulement des personnes de la cour ou de celles qui la hantent [...].»

Evidemment, trouver de telles personnes n'est pas sans poser quelques problèmes aujourd'hui.

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