Quelques remarques organisées par thèmes :


  • vocabulaire

L'acte sexuel est toujours décrit avec une grande sobriété de vocabulaire ("économie", écrit Barthes), toujours les mêmes cinq ou six mots. Lécher, sucer, enculer, foutre, couilles, c'est à peu près tout. Pas de recherches d'effets, de mots évocateurs.
Il ne s'agit pas d'exciter ou de séduire le lecteur ("ni tentative de titillation", dit la quatrième de couverture), c'est décrit ainsi parce que c'est ainsi. Il n'y a pas tentative de corrompre, ni le récit, ni le lecteur.


  • structure des tricks

Les premiers tricks (comprendre ici : les premiers chapitres), obéissent assez strictement au plan "on se voit, on se veut, on baise, puis on fait connaissance." (La préface de RC rappelle que cette structure répétitive est volontaire, permettant de mieux dégager les variations).
Descriptions du lieu, du garçon, de la drague (regard, position, parfois dialogue), de la baise. Puis survient la détente, le dialogue et la prise de connaissance. Et la surprise : avec lesquels une relation régulière s'est établie, qui a-t-on revu, ou pas.
C'est le mouvement inverse d'une drague "traditionnelle" : l'échange verbal ne précède pas, il est ce qui vient après l'échange corporel. L'idéal d'un trick serait de permettre le contact des âmes grâce au contact des corps. ("Cette connivence inouïe (...) que peut donner le plaisir partagé").

C'est un peu surprenant au début, puis on se dit, pourquoi pas?
(A ceci près que l'apparence physique devient primordiale (RC plaît assez, merci pour lui). Malheur aux moches, aux gros, etc. A moins de considérer que nous sommes, à 50% au moins, responsables de notre apparence? Eloge physique du paraître?)

Peu à peu, cette structure figée s'assouplit. Il y a davantage de paroles échangées avant, les situations se compliquent, il y a des amis, des amies, dont il faut tenir compte, rentrer avec ou sans eux, s'organiser...

Surtout, (vers la page 100, mais cela n'ira qu'en s'accentuant), commencent à s'intercaler des notations concernant l'écriture des tricks, la narration se doublant d'une sorte de Journal de Tricks, en somme.
L'auteur nous prend à témoin du retard qu'il a pris, il nous décrit le lieu d'où il écrit, quelques jours ou quelques semaines après la drague qu'il est en train de relater, et les éventuels événements qui pertubent son écriture. Quand il n'écrit pas carrément quatre ans après (réécriture ou correction d'épreuves)... Ce qui peut l'amener à faire référence à un amant à venir dans le livre, tandis que ledit amant est présent pendant l'écriture d'un trick qui a eu lieu antérieurement à sa rencontre avec le narrateur (trick XXVI). Sans compter les cas où l'édition du livre a permis de retrouver des amants, ou les deux cas où durant l'amour ou la drague, le narrateur avoue que son comportement est influencé par la perspective d'en faire le récit. Des références circulaires, donc, qui évoque l'Emploi du temps, de Butor.


  • des phrases

des phrases cocasses
- Fameuses cuisses que vous avez là, mon enfant...
- Ouais, ça m'étonne pas, t'as bien la gueule d'un type qui fait du vélo...
- J'avais beau admirer l'efficacité, ici, du signifiant, (...)

une notation proustienne
"il ne me plaisait pas au point de m'intimider, et comme il m'eût été indifférent d'échouer, je n'avais aucune hésitation à tenter."

des phrases tristes
- Oui, et puis ça sert à se faire accepter, les hétéros vont voir ça comme on va au zoo.

les thèmes camusiens.
La joie, l'humour, un paragraphe bathmologique sur les coiffeurs pédés, le goût avoué pour les labyrinthes, la drague et la baise (quand même!!),...

Et puis, évoquée là aussi "comme c'est", sans tentative d'en rajouter, la difficulté d'être homosexuel, en famille, à Paris, en Italie. La peur et le danger (Côte d'Azur).