Cruauté du diariste

A l'origine, je déposai un message qui se voulait humoristique sur le site de la SLRC. RC y répondit sous un faux nom (transparent à mon avis, mais pas pour tout le monde visiblement). Il faut dire qu'il avait eu la femme de Finkiekraut en larmes au téléphone, suite au passage notamment sur la note de restaurant trop salée. La discussion s'envenima, avec comme toujours Rémi dans le rôle du procureur et moi dans celui-ci de l'avocat de la défense.



Il faut maintenant l'avouer : la Slurp avait soudoyé L. afin qu'il envoie Renaud Camus consulter la neurologue au Jérusalem en cuivre martelé, avec pour seul objectif de permettre à l'assistante de placer cette phrase impérissable : «Il devrait écrire sur lui-même, puisqu'il dit qu'il est écrivain.»
Elle s'est parfaitement acquittée de sa tâche, nous pouvons enfin le vérifier (trois ans dans l'angoisse de savoir si le canular porterait ses fruits.)
A propos, je me demande si la Slurp a bien pensé à offrir, comme promis, un exemplaire du Sommeil de personne à la neurologue. Il fera bon effet dans sa salle d'attente.

Quant à l'attitude d'Agnès Pébereau, elle s'explique très simplement : imaginons Superman en train de lire Les trois mousquetaires. Volerait-il au secours de d'Artagnan? Non, n'est-ce pas, cela lui gâcherait tout son plaisir.

                                   ***************

Message de Arsène du Pin-Chambly (RC) déposé le 31/03/2004 à 09h05 (UTC)

Pauvre L.... Heureusement qu'il ne lit pas vraiment...

Sujets de dissertation : Quels sont les personnages du Sommeil qui ont le plus de motifs d'être fâchés ? Lesquels le sont en effet ? Le livre est-il cruel ? L'auteur est-il ingrat ?

                                   ***************

Message de VS déposé le 31/03/2004 à 10h10 (UTC)

Je pense que les yaourts seront furieux.

Quels sont les remords de l'auteur qui nous paraissent les moins fondés? Les regrets qui nous paraissent les plus douloureux? Les scrupules que nous partagerions? Oh cette phrase «Et je crains que dans le cas de Marcheschi, ce qu'il ait pu faire de plus funeste à sa carrière, c'est précisément de prendre ma défense.»

Il y a des phrases qui n'ont l'air de rien, mais qui doivent faire mal quand on les lit, ainsi la remarque sur le succès de librairie du père de Christian Combaz.

«Je dois être le seul écrivain à gagner trente mille francs par mois pour des livres qui se vendent à quelques centaines exemplaires.» A Plieux, j'ai entendu que ce genre de phrases suscitait pas mal de rancœur chez les autres écrivains de l'écurie POL, ceux en particulier dont le succès, mathématiquement, financent Renaud Camus. D'où cette conclusion: Camus n'aide pas beaucoup son éditeur. Mais bon. N'en faire qu'à sa tête.

                                   ***************

Message de VS déposé le 04/04/2004 à 04h50 (UTC)

Quels sont les personnages du Sommeil qui ont le plus de motifs d'être fâchés ? Lesquels le sont en effet ?

A bien y réfléchir, ces questions peuvent être lues selon deux points de vues opposés (et comme souvent, non incompatibles): s'agit-il pour l'auteur de se demander avec angoisse quelles connaissances, quels amis, il aura réussi à s'aliéner cette fois encore dans son projet fou de tout noter, ou s'agit-il d'une épreuve, ou d'un piège, pour les-dits amis et connaissances de l'auteur, dont celui-ci observe maintenant —avec amusement, curiosité, angoisse?— lesquels la surmonteront, lesquels succomberont? (Et s'il s'agit de la deuxième partie de l'alternative, nous pouvons dire : oui, le livre est cruel.)

Cette réflexion m'évoque irrésistiblement : «[...] voué à une solitude qui le définit aussi comme écrivain, ne consentant à être lu que par qui lui ressemble, testant et décourageant sans relâche les candidats ("Ah, vous croyez être un lecteur fidèle ? Et si je vous balançais L'ombre gagne entre les dents ?"), élevant autour des livres où il persévère dans son être un cordon sanitaire de private-jokes et de précautions dissuasives [...]»


L'ambiguïté, la terrible ambiguïté, réside en ceci : il semble bien que sont protégés par l'anonymat, le déplacement topographique et patronymique, les personnes qui ne le lisent pas, ou que l'auteur ne fait que croiser: L., son amie neurologue, etc. Mais dès que vous entrez dans le cercle des habitués, des fréquentations, des intimes, l'auteur vous éclaire de la même lumière qu'il s'éclaire lui-même.

Si l'on refuse ce jeu, que reste-t-il comme choix? Ne pas approcher l'auteur, ne pas lire les Journaux, écrire un contre-journal? Le livre est cruel, et l'auteur joue sans doute davantage au chat et à la souris qu'il n'accepte de le reconnaître. Nous lui accorderons la circonstance atténuante suivante: c'est que son entourage sait ce qu'il risque, et que certains, parfois, sont eux-mêmes étrangement fascinés par les journaux et ce qu'ils recèlent et dévoilent de "mauvaises pensées".

Ce jeu à mon sens n'est possible qu'à une condition, morale : accepter et comprendre que les gens se fâchent. Ils n'ont pas failli à l'épreuve, ils ont tout simplement une conception de la vie qui fait passer l'amitié, la courtoisie, le droit au secret, devant les exigences d'un journal absolu dans lequel après tout ils n'ont pas demandé à paraître.

La preuve est faite, en tout cas, qu'au moment de l'"affaire Camus" la question n'était pas du tout de décider si ce que j'avais noté à propos du "Panorama" était juste ou ne l'était pas; mais seulement d'établir s'il était opportun, ou non, de le noter.
Renaud Camus, Sommeil de personne, p.457

La loi selon laquelle les attitudes des uns et des autres pendant l'"affaire" était exactement dépendante de ce que j'avais pu dire d'eux dans mon journal ou ailleurs n'a connu pratiquement aucune exception.
Ibid, p.479

[...] je veux tenir ma liberté d'expression de la parfaite innocence de ce que j'ai écrit et de ce que je puis avoir à écrire, et non pas du droit d'écrire tout et n'importe quoi.
Ibid, p.525


Autre nœud : si ce qui est écrit est vrai, cette vérité devrait être éternelle, indépendamment de qui l'énonce.
Or la façon dont les uns et les autres ont choisi leur camp n'a pas dépendu de la vérité de la phrase (est-elle juste, est-elle fausse), mais de la façon dont ils avaient été traités par l'auteur de la phrase dans ses précédents journaux ou ailleurs.

Hypothèses:
1. Les personnes égratignées ou maltraitées par le journal en ont profité pour se venger de ce sale type (l'auteur).
2. En toute bonne foi, les personnes égratignées, se sentant victimes d'une injustice, et considérant que l'auteur a dit n'importe quoi à leur sujet, ont considéré qu'il était probable qu'il soit également en train de dire n'importe quoi à propos du "Panorama".

La vérité a été trahie au profit de l'amour-propre. La grande vérité et le petit amour-propre.
Mais il est bien difficile de faire passer la vérité avant son amour-propre.

Jeu croisé de trahisons : l'entourage se sent trahi par les égragnitures, non par ce que ces égragnitures ont de juste ou de faux, mais par leur caractère public, accordant dans le même mouvement le statut d'arbitre du bon goût à Renaud Camus. En retour, l'auteur est trahi à son tour dans la confiance qu'il portait à son entourage, et plus grave, dans la confiance qu'il accorde à la vérité de toujours triompher (mais la vieille taupe creuse toujours...). Un même jeu, mais aux conséquences sans commune mesure.

Je suis souvent étonnée, et un peu gênée, par l'espèce de terreur qui semble régner autour de Renaud Camus. L'inviter chez soi? Et s'il allait trouver la soupe trop salée, et le Nu bleu de Magritte d'une banalité affligeante? Sans compter les erreurs de syntaxe...
Et pourtant. Sans parler de ma propre expérience, je pourrais citer différents témoignages portant sur sa gentillesse, son attention... Alors que se passe-t-il dans l'alchimie du journal?

Ou faudrait-il afficher, à titre préventif, son mauvais goût, son inculture, son manque d'éducation? Tiens, c'est une idée. Une sorte de vaccin : écrivez ce que vous voulez, ça m'est égal, je suis pire.
Ou encore (et plutôt, tout de même), reconnaître (reconnaître pour dépasser, bien sûr. Mais peut-on faire l'économie du premier mouvement, reconnaître, admettre? N'est-ce pas précisément ici que va se nouer le désir, sur le manque?) son mauvais goût, son inculture, son manque d'éducation? Dépasser le complexe. Je suis cela. Dépasser, c'est-à-dire, d'abord, rester en deça du paraître. Revenir à l'être, l'accepter, pour pouvoir ensuite, seulement ensuite, le travailler. Ici il faudrait parler du snobisme. Je n'ai plus le temps.

                                   ***************

Ma réponse à RP (en italique, ses phrases)

Et si j'écrivais : "la question n'était pas du tout de décider si ce que j'avais noté à propos de Renaud Camus était juste ou ne l'était pas; mais seulement d'établir s'il était opportun, ou non, de le noter" ...?

Il me semble que c’est exactement ce que certains ont essayé de vous dire. La vérité est invivable. D’une certaine façon, Renaud Camus en est la preuve. Il paie le prix fort son exigence de vérité (« Cette haine ne finira-t-elle jamais ? », quelque part dans Sommeil de personne).

Et donc pour répondre à "était-il opportun de le noter", je vous rappellerais les mots de Jacqueline, il y a presque un an: "Il me semble que tout cela manquait de bienveillance."
La forme, donc. Votre style est si naturellement emporté qu'il faut un peu d'habitude pour passer outre. (Et si naturellement provocant: ce message, par exemple... Que faites-vous? Me mettriez-vous à l’épreuve, à l’épreuve de la parole qui tient bon, qui ne se dérobe pas ? Vous sous-estimez mon inconscience et mon goût du défi. (Ou si l’inverse ? Joueriez-vous de cela ? Manipulation ?))

D'autre part, je ne sais pas exactement à quoi vous faites référence lorsque vous écrivez "ce que j'avais noté": s'agit-il du parti en général, de la fiscalité en particulier? A l'époque (mais je n'ai pas vécu le débat en direct, je suis arrivée sur le site peu après), il m’a semblé que vous preniez ce parti comme une offense personnelle: mais pourquoi donc? Ou que vous étiez vexé que l'on traite avec tant de légèreté un sujet qui était votre domaine d'excellence (les finances publiques): cela en valait-il vraiment la peine?

Encore un peu de courage belle VS et vous oserez peut être évoquer l'hypothèse du Journal comme jouissance de la rupture, et de vous interroger sur son origine, son sens.
Courage, lâcheté, trahison... Que l'œuvre de Renaud Camus oblige à peser ces mots si peu employés de nos jours n'est pas le moindre de mes étonnements, et l'une des sources de son charme (sens fort: sortilège et enchantement).
Encore beaucoup de méditation, de réflexions, d'articulations... Pondération, dans tous les sens du terme. Avouons-le, j'ai du mal avec le Journal, le principe du Journal. J'ai du mal à trouver la bonne distance. Qu'est-ce qu'un journal écrit pour être lu, quand moi-même n'ai jamais pu en tenir un de peur d'être lue? (Insiste en moi l'idée, ces derniers temps, que ce site pourrait bien me servir de journal. Quand je pense que certains prennent la peine de tenir un blog....)

« Jouissance de la rupture ». Je ne le ressens pas comme cela. Je parlerais de jouissance du risque. Prise du risque de ne plus plaire, de dé-plaire. Et non pas jouissance, à la réflexion, douleur du risque qu’on ne peut s’empêcher de prendre, tentation irrésistible, pour savoir, savoir, oui ou zut, ce qu’il en est exactement de soi-même et des autres.
(Ici, je noterais une évolution. Dans Retour à Canossa, le journal était noté comme une enquête sur ce que c’est que vivre. Ici, après l’« affaire », ce n’est pas vivre, mais la vérité et les autres, qui deviennent l’interrogation.)
Ce n’est qu’une hypothèse.
Il y a cette question de la condition de l’amour, et de l’amour inconditionnel : à quelle condition m’aime-t-on, jusqu’où puis-je aller, à partir de quand ne m’aimera-t-on plus ? Quelle confiance faire à la parole de l’autre, et à ses promesses ?
Ce sont des questions qui remontent à l’enfance, effectivement (ne m’accablez pas de psychanalyse, je ne sais pas me débattre avec ces concepts). Le petit garçon sur la branche de cèdre «Regardez-moi, regardez-moi»[1], l’exaspération et le découragement, peut-être l’amusement, de ne pas avoir dépassé ce stade (avril, Corbeaux), mais aussi, de mémoire, la phrase sur le rouge-gorge, dans Sommeil de personne « Ce n’est même pas pour notre brioche que nous sommes aimés ».
Tout cela prend une forme parfois brutale, dans le journal, sur le site, ailleurs. Je ne sais pas ce qu’il en est. Mais vous parlez de rupture, je parlerais de blessure. Je suis très douée pour le ressenti des blessures, les miennes et celles des autres. Une blessure de l'origine, du défaut de l'origine? Il est trop tôt pour que je puisse (pour que je sache) penser cela.

"M'interroger sur le sens" : vous allez me vexer, je pensais ne faire que cela. Cela ne se voit pas?

                                            *********

Message de VS déposé le 08/04/2004 à 03h48 (UTC) toujours en répondant à RP (ses phrases en italique)

Merci de votre titre. Je savais que ces mots vous plairaient.

Je vais répondre plus extensivement que vous, car vous trichez un peu, vous ne répondez qu'à ce que vous voulez. Mais c'est la loi du genre. Pour ma part, je vais essayer de serrer au plus près, as usual.

contrainte de réfléchir à la cruauté de RC pour ses proches (« le livre est cruel ») à la suite d’une intervention masquée dudit sur le présent site (message qui a troublé les meilleurs, à ce que je crois savoir[2])
1. Je maintiens que l'intervention n'était pas masquée. Qui d'autre aurait pu écrire "Pauvre L., etc"? Mais suis-je donc la seule à jouer au Cluedo, ici?
2. On me contraint très peu, vous savez. Il est notoire que je ne fais que ce que je veux. Le trouble "des meilleurs" m'a fait de la peine. (Chaque fois que j'écris quelque chose de ce genre, j’imagine votre œil devenir moqueur. Tant pis. Je l'écris.)
3. Ce qui m’étonne, c’est que cette cruauté surprenne des « lecteurs de vingt ans », alors que pour moi, elle va de soi. Elle ne me choque pas, pour la simple raison que je l’ai acceptée dès le début, avec les autres présupposés de l’œuvre.
Contrairement à ce que pourraient croire certains, je n'idéalise pas RC, l'homme. Je vénère l'auteur et l'œuvre, nuance. Il n'est pas neutre d'arriver sur un site d'où viennent de s'effacer le président et le vice-président pour désaccord avec Renaud Camus, et où une jeune fille vient d'être l'objet —l’un des objets— d'un éditorial mordant. Je suis surprise que les meilleurs, comme vous dites, n'aient pas conscience de cela.
Je disais que cette cruauté n'est pas une découverte. Je dirais même que je l'ai toujours connue, pour avoir commencé par Du sens: la phrase sur Miss Pays de Loire est cruelle, pour moi. Elle me choque bien davantage que celle sur les Juifs du Panorama (qui d'ailleurs ne me choque pas du tout, dans son contexte), qui concerne des journalistes connus, qui peuvent répondre. Mais pauvre Miss Pays de Loire, qui n'a fait que se présenter à un concours, qui a fait montre d'un certain désir d'intégration, et qui se retrouve ainsi épinglée...
Cruauté, donc, il me semble. Je ne comprends pas que vous réagissiez comme s'il s'agissait d'une découverte.
4. Publier un journal en disant tout ce que l'on pense est obligatoirement dévastateur. C'est impossible autrement, à moins d'être un saint (un vrai, genre St François). Pourquoi publier cela? A plusieurs reprises, ici et là, le journal est qualifié de laboratoire de l'œuvre. Je n'ai pas encore assez lu pour comprendre exactement ce que cela veut dire. Mais je vais chercher, faites-moi confiance.
Mais il y a un point qui me séduit profondément : c’est le courage de se regarder en face, de ne pas chercher à mettre en avant le meilleur de soi, mais de prendre le risque d’exposer la face sombre, celle qu’habituellement nous camouflons avec plus ou moins de soin.
Evidemment, on peut considérer cela comme une pose, ou penser que ce courage-là a moins d’importance que le fait de ne pas blesser son entourage. C’est une vraie question morale.

vous concluez évidemment à… mon « manque de bienveillance » (c’est la flemme ou l’habitude ?) pour avoir osé avant vous, mais après Emmanuel Carrère (qui a été ostracisé pour cela, fort logiquement, par RC), m’interroger publiquement sur l’origine de cette cruauté (« Le petit garçon sur la branche de cèdre », serait-il possible qu’il prenne du plaisir à arracher les ailes des … rouges-gorges, par exemple ?). Là, vous me perdez. Je ne conclus à rien du tout, je vous parle de la forme. Exemple : « C’est la flemme ou l’habitude ? » Ce qu’il faut de patience pour vous répondre tranquillement. Je me souviens avoir demandé à un voisin, lors donc de cette assemblée des lecteurs il y a un an, « mais pourquoi s’énerve-t-il comme ça ? » Réponse « Mais il n’est pas énervé ». Ah bon.

Alors reprenons. L’origine de la cruauté. Rien à faire, je n’ai pas les mêmes obsessions que vous (vous allez pouvoir sauver un peu d’altérité), je ne m’interroge pas sur l’origine de la cruauté. Pour deux raisons. D’une part nous en avons tous en nous, constitutivement. Je ne ressens pas le besoin de chercher une origine spécifique. «Que nous sommes tous des monstres», cette phrase de Marcheschi, reprise dans L’inauguration, est une phrase à laquelle je souscris totalement. Le plus grand danger, pour moi, est de refuser de le reconnaître.
D’autre part, ce n’est pas pour moi une question littéraire. (Bon, il y a « pour moi » tous les trois mots. Je ne suis pas en train de faire une crise de l’ego, mais je veux simplement souligner que ce que j’écris est un point de vue parmi les points de vue possibles). M’intéresse le texte, comment il est écrit, construit, comment il joue, comment naissent les émotions, et éventuellement de juger de la pertinence des idées. Je ne suis pas là pour analyser l’auteur, mais le texte.

Et comme les obsessions des autres sont toujours mystérieuses vues de l’extérieur, je me demande pourquoi cette origine de la cruauté vous travaille autant. Quel est l’enjeu, trouver le moteur des actions de RC ? Mais il y a des milliers de gens qui souffrent peu ou prou « du défaut d’origine », « d’une mère abusive », et de je ne sais plus trop quoi. Ce n’est pas pour cela qu’ils deviennent RC. Je ne comprends pas ce que vous cherchez. Vous qui lisez Gotlib, lisez-vous Lucky Luke ? « Garçon, du gras, et surtout, pas de steack avec mon gras » (La guérison des Dalton).


Et comme vous me prêtez toujours une grande hauteur de vue, Vous êtes vraiment un râleur, n’est-ce pas. Vous voulez que je vous prête une toute petite hauteur de vue ?

vous arguez de mes compétences supposées sur un sujet complexe pour transformer le (grave) reproche de légèreté intellectuelle et, surtout, « sociale » que j’adressais alors à RC (grief que justifie tous les jours l’état des débats sur le site du Parti (ses honorables membres ont découvert hier que les pauvres paient la CSG et que l’impôt progressif comporte des tranches de revenus soumises à des taux croissants… )) en revendication minable de défense d’un pré-carré professionnel.

revendication minable de défense d’un pré-carré professionnel : bon, vous aurais-je blessé, ou n’est-ce que l’effet de votre style inimitable ? Dans le premier cas, ce n’était pas le but. Mais ce n’est pas moi qui ai écrit minable.

(grief que justifie tous les jours l’état des débats sur le site du Parti (ses honorables membres ont découvert hier que les pauvres paient la CSG et que l’impôt progressif comporte des tranches de revenus soumises à des taux croissants… ) Ça, je dois avouer que par instants je suis un peu surprise...

pour transformer le (grave) reproche de légèreté intellectuelle et, surtout, « sociale » que j’adressais alors à RC
Bien. Nous voici donc au cœur.
Légèreté intellectuelle, effectivement. Légèreté revendiquée, à l’époque, à la fois dans les messages et les éditoriaux (je ne vais pas chercher les sources, je cite de mémoire) : « vous [vous, RP] n’êtes pas amusant», «ne soyons pas chiraquien, ayons le courage du ridicule» (celle-ci, je m’en sers souvent. Le courage du ridicule, c’est bien utile sur un site), «certains paraissent craindre que nous n'arrivions trop vite au pouvoir, ». Ces phrases vous énervent, elles me ravissent. (Lorsque vous aurez fini de chercher « l’origine de la cruauté », cherchez donc l’origine de votre urticaire : pourquoi ne pouvez-vous pas rire ?).
Obscénité de traiter avec tant de légèreté la misère sociale des autres, avez-vous écrit dans un message sur le site. Certes. Je comprends tout à fait ce que vous voulez dire. Cette façon d’effacer le problème d’un geste de la main, « ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche » est effectivement affligeante.
Mais ce n’est pas exactement ce que j’ai lu. Je ne viens pas d’un milieu aisé, vous savez. Je revois mon grand-père en train de raconter qu’il arrivait qu’il n’ait pas trois sous pour acheter du tabac. Je suis ce que je suis (où je suis, je veux dire) grâce à l’école républicaine. Le célèbre ascenseur social. Trois générations, effectivement. Je suis la troisième génération. Ne pas se plaindre et travailler était en gros le leitmotiv familial. Dureté mentale, dignité morale. Un peu la Françoise de Proust, si vous voulez (il n’y a pas que le faubourg St Germain, dans Proust).

Dites ce que vous voulez, mais l’ascenseur ne fonctionne plus. Les grandes écoles littéraires n’ont pas baissé leur niveau, moralité, les admis proviennent désormais de deux ou trois lycées parisiens, il n’y a plus de recrutement en province. C’est devenu un recrutement purement de classe, qui ne dit pas son nom. Le seul fait que Sciences-Po ait instauré ce recrutement d’exception pour les élèves de banlieues difficiles entérine que l’école ne remplit plus son office. Cela je ne peux l’accepter. Pour moi, le grand mépris (mot que je préfère à obscénité) actuel, en place, réside dans le fait de faire croire aux gens qu’avec le bac, ils seront sauvés. Et qu’on va leur donner le bac. Et après, que deviennent-ils ? Tout le monde s’en fout. Ce n’est pas des gens, de leur vie, qu’on se préoccupe, mais de l’allure des statistiques. Trouvez-vous cela moins obscène ? Je fais tout découler de l’école, par histoire familiale (mais je crois, si je me souviens bien, que c’est également plus ou moins votre cas). L’école doit sélectionner les meilleurs, et entraîner les moins bons à faire mieux. Cela vous a un petit côté téléfilm américain, mais je n’y peux rien.

Il y a la question de l’impôt. Ne pas faire payer excessivement les riches ne me choque pas. Vous savez que c’est un pari (gagné, il me semble) qu’ont fait d’autres pays. Honnêtement, je préfère un château habité par des gens qui ont les moyens de l’entretenir plutôt qu’une ruine. Le charme romantique de l’anachronisme.
Ne me dites pas que c’est obscène. L’exigence que j’aurais envers les riches serait la dignité et l’honnêteté. Je ne serais pas contre une justice inégale, qui fasse payer plus cher aux riches leurs exactions. Je n’ai pas de jalousie de classe, mais j’attends de ceux qui ont reçu le plus un comportement exemplaire. Et je pourrais être sauvage dans cette intransigeance. Je hais l'indignité. Mais bon.

Bien. Il y a différentes façons de considérer le parti. Il est difficile de trouver la juste distance. Pochade, jeu, espoir réel... Un peu tout cela, je pense. Tentative de prise sur la réalité, tentative d’action. Ne pas laisser faire sans rien faire. Cela ne manque pas de panache, n’y êtes-vous pas sensible ? Il y a cette question, aussi, de savoir combien de Français partagent cette tristesse de voir une certaine France disparaître. J’ai trop aimé les ciels de mon enfance pour ne pas comprendre de quoi on parle. Même si à mon sens il est trop tard. Mais cela n’empêche pas d’essayer.

La vision du parti est romantique. Le romantisme est-il obscène?

Vous concluez : « Je suis très douée pour le ressenti des blessures, les miennes et celles des autres ». C’est dire alors qu’il ne me reste même plus l’altérité… Dur.
Mais non, vous êtes unique, pas de souci, c’est juste mon côté St Sébastien. (C'est amusant, j'aurais pensé que vous moqueriez de moi plus durement au sujet de cette phrase. Comme on se trompe, parfois).

Dernier point : je ne vous réponds pas pour prouver que j’ai raison. J’expose un point de vue, en contrepoint du vôtre. Je peux avoir tort. Je n’en fais pas un enjeu.



Notes

[1] Bonnefoy, à l'origine

[2] Luc Charcellay ne pouvait pas croire que c'était RC lui-même qui avait posé la question. C'est ainsi qu'a enflé ce fil de discussion. Luc avait l'air catastrophé que RC ait pu dire cela, il répétait «Mais cela change tout!». Je ne voyais pas bien ce que cela changeait, mais mes messages tentent autant de répondre à Luc qu'à Rémi.

Tel a failli être pris qui a plutôt l'habitude de prendre

Incidents, le petit recueil de pages de journal intime de Barthes, qui paraît ces jours-ci, est bien triste.[...]
Je feuillette la mince plaquette aux cabinets et tombe sur ceci: «Renaud C. [Mon sang ne fait qu'un tour. Et s'il allait dire sur moi des horreurs, dans ce journal où il se montre tellement "sincère"?] Renaud C. passe, tout bleu, des yeux à la chemise; je ne connais pas d'être moins [aïe] métaphysique [ouf, ça va...] — c'est-à-dire plus ironique (avec le léger désagrément que cela comporte).» Moins métaphysique, il n'a pas tort; encore que... je dirais plutôt moins religieux, mais après tout ce n'est pas moi qui tient ce journal-là. Et tant pis pour le "léger désagrément"...

Renaud Camus, Vigiles p.18

La métaphysique comme opposé de l'ironie? Que dit Socrate?

                                ***********

Complément

Objet : Bleu

C'est gentil, tu as mis des yeux bleus de la couleur de ta ceinture.

Marcel Proust, Un amour de Swann

La bonté

C'est ainsi qu'il existe, à côté de ce grand bien si terrible, la bonté humaine dans la vie de tous les jours. C'est la bonté d'une vieille qui, sur le bord de la route, donne un morceau de pain à un bagnard qui passe, c'est la bonté d'un soldat qui tend sa gourde à un ennemi blessé, la bonté de la jeunesse qui a pitié de la vieillesse, la bonté d'un paysan qui cache dans sa grange un vieillard juif. C'est la bonté de ces gardiens de prison, qui, risquant leur propre liberté, transmettent des lettres de détenus aux femmes et aux mères.
Cette bonté privée d'un individu à l'égard d'un autre individu est une bonté sans témoin, une petite bonté sans idéologie. On pourrait la qualifier de bonté sans pensée. La bonté des hommes hors du bien religieux ou social.
Mais, si nous y réfléchissons, nous voyons que cette bonté privée, occasionnelle, sans idéologie, est éternelle. Elle s'étend sur tout ce qui vit, même sur la souris, même sur la branche cassée que le passant, s'arrêtant un instant, remet dans la bonne position pour qu'elle puisse cicatriser et revivre. [...]

Vie et destin, Vassili Grossman

Vivre sans attendre

Au fond il suffirait d'être (très) patient; et surtout de n'y plus penser.

Renaud Camus, Sommeil de personne, p.482.

J'utilise très souvent souvent, je ne m'explique pas ses résultats étonnants. Le désir, peut-être, le désir soumis qu'on ne laisse pas s'exaspérer?

Ecrire

Et surtout, ce que nous faisons est à l'instinct, guidé par le hasard, et plus sûrement par le désir. Or sommés de nous expliquer, nous allons devoir mettre de l'ordre dans nos pensées, conceptualiser tout cela, qui, à l'épreuve, risque de s'exposer au grand jour comme n'étant rien. [...] Ou bien, pis encore, conceptualiser, nous allons y parvenir: mis au pied du mur on arrive bien, en général, à bricoler à la hâte une vague structure conceptuelle qui a l'air de rendre assez logiquement de l'ensemble de ce qu'on a pu faire. L'ennui est que cette structure ne tient debout que quelques heures — et encore, à condition que personne ne s'y appuie trop fort. Et surtout elle est fausse, approximative, incomplète. Et nous nous trouvons accablés de voir réduites des années de travail et de creux-songeries à ce squelette brinquebalant.
Renaud Camus, Sommeil de personne, p.217

N'importe: je veux en arriver le plus vite possible au moment que j'aime, celui où l'on peut travailler sur une masse déjà là, la corriger de toute part, la modifier, l'allonger le plus souvent, mais en étant tout à fait libéré du besoin vulgaire de produire de la copie.
Ibid, p.267

Avant de donner forme à l'œuvre, créer la matière.

La temporalité

J'aime lire les mêmes scènes traitées dans des styles différents, j'aime comparer les façons d'écrire, et voir les différences d'impression dues au style, justement : à quoi tiennent les émotions. Il me semble que cet un très bon exercice de lecture, de formation à la lecture.

et cela encore bien davantage une fois que la mort, survenue, l'aura, en quelque sorte, consacrée à titre rétrospectif, et confirmée a postériori dans les caractères de l'amour le plus intense et le plus haut
Renaud Camus, L'Inauguration de la salle des Vents, p.138

tu peux très bien avoir la relation vachement intense et passionnée comme c'est pas croyable, ça t'en sais rien, ça y a que la mort qu'elle te l'dira — eh ben là moi c'que j'vois c'est qu'la mort ben justement ê't'le dit, point barre
Ibid, p.162

Maintenant que je connais bien le livre, je constate que je le commence aux alentours de la p.80, peut-être parce que j'ai trop fait attention à la structure quand j'ai commencé à lire les premières pages. Je ressens une progression, un approfondissement, un ralentissement, dans la deuxième partie du livre, mais je ne comprends pas à quoi cela est dû. Peut-être que les moments racontés sont des moments plus courts, plus concentrés, davantage décrits, dont quelques-uns se situent après la chute, après l'histoire, sur le versant descendant du récit, tandis que la première partie dépeindrait des moments plus longs, des étendues de temps, montant vers la chute (si je puis dire). Mais il faudrait étayer cette thèse, ce n'est qu'une tentative d'explication.

Fichtre ! L'heure est déglinguée !

Message de Laurent H. déposé le 24/03/2004 à 16h50 (UTC)

Bonjour vous,

je n'en crois pas mes yeux. J'arrive quasiment au dernier tiers du livre ("Sommeil...") et quelque chose me chiffone depuis de nombreuses pages. Quelqu'un s'est-il demandé pourquoi les heures étaient tantôt notées à "l'ancienne", correctement et tantôt de façon, disons, digitale, style 17:45. Une façon de dire que l'auteur s'est plié à la vague courante? Ou de dire qu'il regarde l'heure sur un cadran électronique?

Bien à vous,

L.

                               **********

Message de Macha Acham déposé le 24/03/2004 à 22h02 (UTC)

Objet : Suffit de lire

Il l'explique lors de l'une des premières entrées: "je copie l'horloge de l'écran" (p.24)

                               **********

Ma réponse

En toute honnêteté, c'est pratique, 15:22, un peu ridicule à force d'être précis, mais enfin. (L'enjeu est peut-être là: nous faire sourire sur la précision de la précision?)



Aujourd'hui, je rapproche cela de la précision de l'heure sur les photos : à telle heure, il s'est passé cela, j'étais en train de faire cela et le ciel avait cet aspect.

Des nouvelles de Jo et de Philippe

Longtemps, Le Monde des Livres a fait trembler le petit St-Germain-des-Prés tôt dans l’après-midi. Dirigé par Josyane Savigneau (par ailleurs chroniqueuse à Campus), dont le milieu annonce toutes les semaines «le retrait», «la mort» ou encore «l’exil », ce supplément s’est retrouvé dans le collimateur de la critique virulente de Jourde et Naulleau. On ne prête qu’aux riches : après tout Le Monde n’est-il pas le miroir versaillais, mais exact, de la presse et de l’édition française ainsi que de leurs mœurs ? «Le grand inceste professionnel», selon les termes d’Olivier Nora, éditeur de Grasset, semble être une spécificité française : dans ce pays on peut être tout à la fois éditeur, directeur de collection, écrivain, critique et jury littéraire, sans que cela ne froisse la déontologie. De plus, la plupart des collaborateurs des journaux et suppléments littéraires sont des pigistes qui doivent faire feu de tout bois, participant à de nombreuses publications et enquillant les activités dans l’édition en tant que lecteurs, nègres, éditeurs associés ou attachés de presse. Ce collaborateur d’un quotidien du matin témoigne : «On est souvent obligé d’aller au plus pressé pour rentabiliser nos piges. Résultat, de gros livres en font les frais, on ne peut pas lire des romans de plus de 500 pages qui ne feront l’objet que d’une distance de un feuillet, et encore, s’ils sont retenus.»
Philippe Lançon, l’un des critiques littéraires les plus doués et les plus redoutés, qui sévit à Libération, croit encore à une posture artisanale, presque angélique, du critique littéraire, loin des marées éditoriales. Sollicité par le Le Nouvel Economiste, il a tenu à se réfugier dans son trou ensauvagé. Peut-être pour ne pas répondre à des question sur le roman baroque qu’on le soupçonne d’avoir écrit sous pseudonyme chez Calman-Lévy : Je ne sais pas écrire et je suis innocent.

Emmanuel Lemieux dans Le Nouvel Economiste, supplément au 19 mars 2004.


Objet : Des nouvelles du reste de la famille Ewing

Edifiant : au mois de février, l’avocate et épouse de Carlos, voulant faire la promotion de son livre, Epouser Carlos, sous-titré Un amour sous haute tension, est passé au-dessus de son éditeur, L’archipel. Isabelle Coutant-Peyre était invitée en exclusivité par M6, dans l’émission de Laurent Delahousse, Secrets d’actualité du 7 mars, et devait passer chez Ardisson le samedi 13 mars. Entre-temps Fogiel avait fait le forcing. Coutant-Peyre n’ayant pas du tout apprécié l’intitulé de M6, « J’ai épousé un terroriste », a répondu favorablement à Fogiel. Résultat : Tout le monde en parle d’Ardisson a invité l’avocate le premier, le samedi 6 mars, On ne peut pas plaire à tout le monde s’est désisté. M6, qui avait la primeur le dimanche 7, l’a eu mauvaise et s’est davantage concentré sur Carlos que sur le livre de son épouse avocate.

Ibid.

Mince et moins sensationnel

Odette voudrait comprendre la beauté de la poésie, ou plus prosaïquement, son intérêt.
Hélas, Swann ne peut que la décevoir :

En lui disant qu'elle aimerait tant qu'il lui parlât des grands poètes, elle s'était imaginée qu'elle allait connaître tout de suite des couplets héroïques et romanesques dans le genre de ceux du vicomte de Borelli, en plus émouvant encore. Pour Ver Meer de Delft, elle lui demanda s'il n'avait pas souffert par une femme, et Swann lui ayant avoué qu'on n'en savait rien, elle s'était désintéressée de ce peintre. Elle disait souvent: «Je crois bien, la poésie, naturellement, il n'y aurait rien de plus beau si c'était vrai, si les poètes pensaient tout ce qu'ils disent. Mais bien souvent, il n'y a pas plus intéressé que ces gens-là. J'en sais quelque chose, j'avais une amie qui a aimé une espèce de poète. Dans ses vers il ne parlait que de l'amour, du ciel, des étoiles. Ah! ce qu'elle a été refaite! Il lui a croqué plus de trois cent mille francs.» Si alors Swann cherchait à lui apprendre en quoi consistait la beauté artistique, comment il fallait admirer les vers ou les tableaux, au bout d'un instant elle cessait d'écouter, disant: «Oui... je ne me figurais pas que c'était comme cela.» Et il sentait qu'elle éprouvait une telle déception qu'il préférait mentir en lui disant que tout cela n'était rien, que ce n'était encore que des bagatelles, qu'il y avait autre chose. Mais elle lui disait vivement: «Autre chose? quoi?... Dis-le alors», mais il ne le disait pas, sachant combien cela lui paraîtrait mince et différent de ce qu'elle espérait, moins sensationnel et moins touchant, et craignant que, désillusionnée de l'art, elle ne le fût en même temps de l'amour.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann p.241 Pléiade éd.1954

Du journal comme catalyseur de souvenirs

Je tourne les pages du livres comme s'il s'agissait d'un album de photos. D'ailleurs, vu le nombre de noms de lieux (musées, églises) et le nombre de mots en italique (titres de tableaux), il s'agit bien de cela.

Rééditons Journal romain sous forme de guide.

Je survole, je ne lis pas vraiment, je glâne. C'est la première fois que j'ouvre un journal qui se rapporte à une période que j'ai vécue (J'exclus Retour à Canossa qui se situe dans un passé proche). Étrangement, c'est moins les souvenirs de l'auteur qu'il me fait découvrir, que mes propres souvenirs qu'il fait remonter : cohabitation, les professeurs de droit constitutionnel en train de se demander si la Ve République y survivra, "se soumettre ou se démettre", colère, mais surtout désarroi d'Olivier Duhamel lors de la démission de Daniel Meyer pour laisser la place à Robert Badinter, petite fille qui se noie interminablement dans une coulée de boue lors du tremblement de terre de Mexico (mon dégoût et mon désintérêt pour la presse datent exactement de cet événement), le virus du sida sur les colonnes Morris, les attentats à la Fnac, chez Tati, la mort de Daniel Balavoine, ces deux amis en train de débattre de si Albert Camus est un grand écrivain, le Nobel de Claude Simon, et la découverte de cet auteur, que je ne lirai que dix ans plus tard, le 21 juin, oui, et le 20 juin, le seul match de football que j'ai jamais regardé en entier (France-Brésil en quart de final de la coupe du monde?), et l'orage dans la nuit qui suivit...

Il y a un contrepoint à la lecture, un contrepoint personnel au journal, un écho.

Indiscrétions

Si j'avais lu Renaud Camus à vingt ans, je n'y aurais sans doute rien compris et l'aurait refermé pour longtemps, voire pour toujours. J'avais vu son nom plusieurs fois sur les rayonnages des librairies ou des bibliothèques: quand même, fallait douter de rien pour s'appeler Camus et écrire sous ce nom en espérant être lu!

En flânant sur le site me revient à la mémoire la réflexion de Eudes : il faut que les livres de Renaud Camus arrivent au bon moment dans notre vie. Il s'agit vraiment d'une rencontre, c'est très étrange. C'est sans doute à rapprocher des divers messages de remerciements ici et là sur le site, Eudes, Gab, Frédéric, Henri, Jean Paul,... (Pardonnez-moi d'ainsi nommer, mais je veux illustrer que cela n'arrive pas une fois par hasard: cela arrive souvent, à l'échelle du nombre de personnes intervenant sur le site).

Renaud Camus a sans doute changé ma vie. Je crois qu'il a surtout changé la vie de mon entourage:
C — Mais en fait, ça fait combien de temps que tu lis Renaud Camus?
Moi — Un an et demi
C — Seulement un an et demi ?!
H — Heureusement pour nous!

Il n'a pas tort, mon Dieu, il n'a pas tort.

De la fleur, lettre ouverte à Mme de Véhesse

Message de Prof.Dktr.Wolframm von Kmütz (RC) déposé le 23/03/2004 à 06h38 (UTC)

Très Chère Yerremeline,

victoire totale. Vous aviez mille fois raison. Il suffisait de ne plus chercher. La fleur est identifiée sans aucun doute possible. Quand je pense que nous en étions presque à soupçonner Camus ou Duparc d'avoir pu inventer quelque chose ! Non, non, ils n'ont fait que copier, comme Bouvard et Pécuchet leurs maîtres...

La fleur sur le plancher d' Échange vient de Jean Starobinski, et plus précisément de Starobinski citant Saussure lui-même, dans son livre Les Mots sous les mots, les anagrammes de Ferdinand de Saussure, Gallimard, le Chemin, 1971.

A propos de la légende en général, de la légende médiévale, Saussure note dans ses carnets :

" Les deux genres de modifications historiques de la légende qui peuvent passer probablement pour les plus difficiles à faire admettre sont
1° La substitution de noms.
2° Une action restant la même, le déplacement de son motif (ou but).

"- A chaque instant, par défaut de mémoire des précédents ou autrement, le poète qui ramasse la légende ne recueille pour telle ou telle scène que les accessoires au sens le plus propre théâtral [sic ]; quand les acteurs ont quitté la scène il reste tel ou tel objet, une fleur sur le plancher, un [ ] [espace laissé blanc dans le texte] qui reste dans la mémoire, et qui dit plus ou moins ce qui s'est passé, mais qui, n'étant que partiel, laisse marge à - " (p. 18 de "Les Mots sous les mots").

Ainsi, lorsque, nouvelle Élisabeth d'Autriche, vous étiez à Genève, vous étiez à deux pas de la solution du mystère.

BHL n'est pas stoïcien

La préface de Ilsetraut Hadot aux Consolations de Sénèque commence bien tristement :

Le genre littéraire de la consolation, si répandu dans l'Antiquité gréco-romaine a, autant que je sache, cessé d'exister à l'époque actuelle. Ce n'est pas un hasard: l'appel à la raison et à la maîtrise de soi en toutes circonstances est devenu tout à fait démodé [1], et l'indulgence envers les faiblesses humaines, l'appel à l'étourdissement et à la drogue sous les formes les plus variées, prennent de plus en plus sa place.

Sénèque, Les Consolations, préface d'Ilsetraut Hadot, éditions Rivages poche.

Notes

[1] Cf pour un bel exemple, B.H.Lévy, Les Aventures de la Liberté, Paris, 1991, p.57: "Il y a (chez Alain), c'est certain, toute une série de mots et de valeurs —la sagesse, la tempérance...— qui sont l'ordinaire de son discours, voire les article de son programme et auxquels on ne peut songer, de nos jours, sans avoir envie de sourire. Mais il y a des choses moins démodées..."

Le marché de l'édition

Une étude sur le marché du livre réalisée par TNS-Sofres révèle que près d'un Français sur deux n'a acheté aucun livre en 2003. Toujours dominé par les petits acheteurs —ceux qui achètent moins de quatre ouvrages par an, soit 53%— le marché se recentre vers les «moyens acheteurs» (entre 5 et 11 livres). 18% des acheteurs de livres concentrent à eux seuls plus de la moitié des volumes achetés et la moitité des sommes dépensées. Ce qui signifie en résumé qu'un Français sur dix achètent plus de la moitié des livres vendus.

Agefi, 22 mars 2003


18 % de 50 % font 9 %, aux arrondis près 10 %.

A la surface

Il me reste de Sevran, feuilleté samedi, cette phrase: «Sait-on jamais à quoi rêvent nos lecteurs?»

Comme cela (me) chante

Message de jmarc déposé le 17/03/2004 à 12h55 (UTC)

Je me suis souvent demandé si on devait dire d'Hegel ou de Hegel.

                       ***********

Ma réponse

Je crois que c'est le nombre de syllabes qui guide spontanément mon choix: la philosophie de Hegel, l'hégélianisme, la philosophie d'Habermas, la philosophie d'Hannah Arendt, mais bizarrement je dirais la philosophie de Arendt ("d'Arendt": ce n'est pas joli, et peut-être peu compréhensible, peu écoutable), et parfois de Hannah Arendt, en une sorte d'insistance.

Il me semble que la sonorité de "de" met en relief le mot qui le suit.

Les Italiens et la musique

Message de jmarc déposé le 09/03/2004 à 10h00 (UTC)

Objet : Toujours la fleur

Nous revoici à Palerme, cette fois avec Maupassant, qui, logeant à l'hôtel des Palmes, visite la chambre de Wagner... et nous parle de roses... et de Carmen !

Je reviens lentement à l'Hôtel des Palmes, qui possède un des plus beaux jardins de la ville, un de ces jardins de pays chauds, remplis de plantes énormes et bizarres. Un voyageur, assis sur un banc, me raconte en quelques instants les aventures de l'année, puis il remonte aux histoires des années passées, et il dit, dans une phrase :
— C'était au moment où Wagner habitait ici.
Je m'étonne :
— Comment ici, dans cet hôtel ?
— Mais oui. C'est ici qu'il a écrit les dernières notes de Parsifal et qu'il en a corrigé les épreuves.
Et j'apprends que l'illustre maître allemand a passé à Palerme un hiver tout entier, et qu'il a quitté cette ville quelques mois seulement avant sa mort. Comme partout, il a montré ici son caractère intolérable, son invraisemblable orgueil, et il a laissé le souvenir du plus insociable des hommes.
J'ai voulu voir l'appartement occupé par ce musicien génial, car il me semblait qu'il avait dû y mettre quelque chose de lui, et que je retrouverais un objet qu'il aimait, un siège préféré, la table où il travaillait, un signe quelconque indiquant son passage, la trace d'une manie ou la marque d'une habitude. Je ne vis rien d'abord qu'un bel appartement d'hôtel. On m'indiqua les changements qu'il y avait apportés, on me montra, juste au milieu de la chambre, la place du grand divan où il entassait les tapis brillants et brodés d'or.
Mais j'ouvris la porte de l'armoire à glace.
Un parfum délicieux et puissant s'envola comme la caresse d'une brise qui aurait passé sur un champ de rosiers.
Le maître de l'hôtel qui me guidait me dit :
— C'est là-dedans qu'il serrait son linge après l'avoir mouillé d'essence de roses. Cette odeur ne s'en ira jamais maintenant.
Je respirais cette haleine de fleurs, enfermée en ce meuble, oubliée là, captive ; et il me semblait y retrouver, en effet, quelque chose de Wagner, dans ce souffle qu'il aimait, un peu de lui, un peu de son désir, un peu de son âme, dans ce rien des habitudes secrètes et chères qui font la vie intime d'un homme.
Puis je sortis pour errer par la ville.



Au théâtre, par exemple, le Sicilien redevient tout à fait Italien et il est fort curieux pour nous d'assister, à Rome, Naples ou Palerme, à quelque représentation d'opéra.
Toutes les impressions du public éclatent, aussitôt qu'il les éprouve. Nerveuse à l'excès, douée d'une oreille aussi délicate que sensible, aimant à la folie la musique, la foule entière devient une sorte de bête vibrante, qui sent et qui ne raisonne pas. En cinq minutes, elle applaudit avec enthousiasme et siffle avec frénésie le même acteur ; elle trépigne de joie ou de colère, et si quelque note fausse s'échappe de la gorge du chanteur, un cri étrange, exaspéré, suraigu, sort de toutes les bouches en même temps. Quand les avis sont partagés, les « chut » et les applaudissements se mêlent. Rien ne passe inaperçu de la salle attentive et frémissante qui témoigne, à tout instant, son sentiment, et qui parfois, saisie d'une colère soudaine, se met à hurler comme ferait une ménagerie de bêtes féroces.
Carmen, en ce moment, passionne le peuple sicilien et on entend, du matin au soir, fredonner par les rues le fameux « Toréador ».

                                              ************

En réponse, je citais les impressions de RC à la Villa Médicis un siècle plus tard

Fête de la musique, jeudi soir, à la Villa: aux différents pays sont attribués, outre la scène principale, un carré de jardin. Bien entendu, les différentes musiques se chevauchent, parfois se couvrent tout à fait les unes les autres. Il faut ajouter à cela les Romains, qui vont en s'appelant d'un carré à l'autre, à travers les haies de buis qu'ils massacrent. De malheureux Hongrois tentaient de jouer la Sonate pour deux pianos et percussions, qui pourtant, en temps normal, fait plutôt plus de bruit qu'une gymnopédie. Mais ils étaient assaillis d'un côté par des chansons grecques et de l'autre par du jazz autrichien. Suis-je trop puritain, victime d'un rapport trop peu ludique à la musique? Après tout il peut y avoir un certain charme à glisser d'une phrase à l'autre, d'une sonorité à un timbre divers, entre les vasques, entre les pins. Hélas, je ne peux pas m'empêcher de penser à tout ce qui est écrasé dans cette opération, perdu. En cela, c'est vrai, je ne suis pas du tout baroque, et pas du côté de la dépense. Les Italiens, eux, sont dans leur tradition, qui écoutaient leurs opéras en bavardant et en mangeant, ou plutôt ne les écoutaient pas, se contentant de les entendre quand leur oreille était charmée. Il y a de l'élégance dans cette attitude, et sans doute un vrai luxe, une légèreté qui s'opposerait, comme le souligne souvent Fernandez, à notre nordique esprit de sérieux, en matière d'art. Lui reproche à Flaubert, ou Wagner, d'avoir fait de l'artiste un grand-prêtre, et de l'art une messe, ou plutôt un sacrifice, je suppose, car les messes, par ici, justement...
Je vois des mérites aux deux parties. Mais pour la Sonate pour deux pianos, j'aime mieux l'entendre sans folk-lore péloponnésien, tout de même, et sans rag-times de Graz...

Renaud Camus, Journal romain p.380

Folie

[...] le maniaque de la surdétermination s'aperçoit avec terreur, à mesure que s'accroissent les pages admises par lui comme champ de résonance à chaque éventuel signifiant nouveau, que sa folie, ou son travail, si l'on veut, cesse de fonctionner comme filtre entre lui et le "réel". Presque chaque mot paraît alors admissible, soit que sa décomposition de ses syllabes fasse apparaître d'autres mots déjà installés, soit que ses possibilités anagrammatiques établissent avec divers lieux du texte des correspondances avérées et solides, soit encore que sa richesse sémantique, par rapport au corpus considéré, compense le faible degré de son inscription textuelle.

Tony Duparc et Renaud Camus, Travers p.95

Fumeux

Car R.B., il convient d'y insister, n'équivaut pas à Roland Barthes. La réduction aux initiales désigne la soumission du nom à un dispositif textuel où l'épellation joue un rôle de tout premier rang. Par le jeu homophonique sur "herbé", le nom de Barthes s'inscrit dans le paradigme des "joints" qui constitue l'un des emblèmes scripturaux des Eglogues. Roland Barthes devient ainsi l’égal de Renaud Camus, entre autres, qui lui aussi joue de ses initiales pour y déceler un double stupéfiant. Les diverses portées du passage des mots aux lettres apparaissent clairement dans les phrases suivantes (dont le texte cite aussi l’amont et l’aval, éclairants pour un examen plus fouillé des rapports entre maître et élève):

"[...] La lignée a fini par produire un être pour rien. Jean-Christophe, in lieu of défoncé ou de camé, propose herbé, où je souscris tout à fait. "Maintenant dépecez-vous vous-mêmes, car en vérité nos cœurs le souhaitent." D’où viennent-ils ? D’une famille de notaires. L’écriture n’a-t-elle pas été pendant des siècles la reconnaissance d’une dette, la garantie d’un échange, le seing d’une représentation ? Mais aujourd’hui, l’écriture s’en va doucement vers l’abandon des dettes bourgeoises, vers la perversion, l’extrêmité du sens, le texte... Qu’il soit bien entendu, n’est-ce pas, que la folie dont il est question ici est de convention pure [...]" (Été p.156)

Études camusiennes, de Jan Baetens, p.68


Remarque : c'est également la quatrième de couverture d' Echange. Au texte de Barthes a été ajouté le mot "folie", "en toute insconcience", reconnaîtra Renaud Camus.

Il fallait toute l'inconscience et l'impertinence de Duparc pour faire figurer, sous prétexte de fausse citation et de fausse folie, ce mot-là, justement, dans les quelques lignes de Barthes imprimées au dos de la couverture d' Échange, alors qu'il n'en est guère de plus las, ni que l'auteur supposé du passage n'évite avec plus de soin.
Renaud Camus, Travers p.221

Les phrases citées par Été viennent des légendes des photos de Roland Barthes par Roland Barthes.

La danse des sept voiles

Je n'en ai jamais éprouvé la satiété. Eros est adorable mais trompeur. Il fait miroiter devant nous des plaisirs dont ils nous offre quelques-uns, et quelquefois beaucoup, même, mais cependant jamais assez. [...] Le drame cavafien ne serait en ce sens qu'une exaspération mélancolique, et nostalgique, d'une insatisfaction dont je crains qu'elle ne soit consubstancielle à l'éros, hélas, car il est le monde de la danse des sept voiles, et après le septième il y en a sept encore, et jamais de fin à leurs agaceries. Le christianisme n'a jamais rien dit d'autre. Je regrette d'avoir à lui donner raison. Mais de cette constatation fâcheuse nous ne tirons pas encore les mêmes conclusions, lui et moi.»

Renaud Camus, Hommage au carré, p 217

Passage

Il y a des photographies dans Passage, dont au moins une de Nash, et visiblement, d'après les explications de l'auteur ces derniers jours, une erreur dans la légende de cette photo:

Perceval / The Waves («Perceval has gone to India») / Parsifal / Venise / Tristan / The Portrait of a Lady («James ne partage pas l'interprétation du thème offert par l'opéra»)/ Barthes ? («Et je lis un livre sur Sade et autres logothètes») / Paul Nash, "View from the hotel des Princes, Nice" («Vérification faite, c'est la Résidence des Princes qui est à Cannes») (Cf. Pass., 169) / la fleur semble alterner avec un filet de sang, mort de Roussel à Palerme, P. 66 et ill.4, retour à Parsifal, hôtel des Palmes / Mon gros loup, pas vu ton foulard bleu. Fais-moi signe, Suzy[1] / The Wings of the Dove (Venise, miss Archer)/ Fleur, Bloom (en fleur), Virag, «La Flora indeed» (Ulysses) / Est-ce la mère de Tristan ou celle de Perceval qui se nomme Blanchefleur ? / Désolé, je n'y arrive pas.

message de RC sur la SLRC le 5 mars

                               ************

Message de jmarc déposé le 08/03/2004 à 21h33 (UTC)

Très intéressant. Est-ce une photo ou un tableau ? ne voit-on pas une fenêtre et, au-delà, une ou deux lettres inversées ? voit-on une fleur ?

                               ************

Ma réponse

C'est une vue à partir d'une fenêtre, mais on ne voit pas la fenêtre. On voit la balustrade d'un balcon, et les lettres E S, à l'envers (puisqu'elles sont destinées à être lues de la rue). On voit des palmiers, et derrière sans doute la mer, ou le sable, fondus dans le blanc. La légende fait référence à cette phrase «Savez-vous qu'elle était à Palerme, à l'hôtel des Palmes, le jour il se logea une balle dans le crâne?»

Mais ce ne peut pas être si simple, si RC lui-même n'arrive pas à retrouver l'origine du motif.


PS : je n'ai rien trouvé dans Comment j'ai écrit certains de mes livres.

                               ************

Message de jmarc déposé le 08/03/2004 à 22h39 (UTC)

Cela devient en effet difficile...

Les lettres à l'envers, cela correspond aux tableaux de Paul Nash, mais ce sont un R et un S... j'ai cité un lien dans un de mes messages, allez voir, vous me direz si le tableau a quelque chose à voir avec la photo...

En ce qui concerne Palerme, je comprendrais le lien avec Roussel, à la balle près... si Roussel s'était bien ouvert les veines (dans sa baignoire, avec une lame de rasoir, voir les lames de rasoir de Babbitt), il n'en est pas mort. Je pense qu'il est mort d'une overdose involontaire de somnifères... pas d'un coup de pistolet...

                               ************

Ma réponse

Dans Echange, il est fait référence au suicide au pistolet du général Boulanger. Il y a également, dans Echange et Passage, un homme accusé de meurtre qui est acquitté. Il y a aussi un suicide dans Echange, ou un meurtre, enfin, une mort violente, dans le jardin, le "parc", sans qu'on comprenne bien de qui il s'agit.[2]

                               ************

Ma réponse (sur un autre embranchement)

Ma "compréhension" doit beaucoup à la compréhension d'autres lecteurs, vous savez. Comme il est toujours impressionnant d'écrire ici dès qu'il s'agit de livres, que j'ai peur en particulier d'écrire de grosses bourdes, je lis "autour". Qu'aurais-je compris de Passage si je n'avais lu ceci d'abord Houppermans, un article, ainsi que Comment j'ai écrit certains de mes livres de Roussel?

Concernant vos dernières lectures, je pense que cet article de Masque vous intéressera.


Notes

[1] note: référence à des attentats ayant lieu en France en mars 2004.

[2] Il s'agit de l'oncle.

La fleur toujours

Message de Valery Larbaud (RC) déposé le 06/03/2004 à 11h20 (UTC)

Objet : Source Saint-Yorre

Il serait surtout intéressant de savoir qui est ce véritable Renaud Camus... Il pourrait peut-être nous renseigner sur l'origine de la "fleur sur le plancher", avant qu'elle ne me fasse perdre (ou recouvrer) la raison. Rien dans Sade, Fourier, Loyola. Rien, à première vue, dans Problèmes du Nouveau Roman ni dans Pour une théorie du Nouveau Roman. Rien dans Théorie de la littérature, anthologie des formalistes russes, pourtant, avec force considérations sur le conte, le mythe, etc. Rien dans Actes relatifs à la mort de Raymond Roussel, de Sciascia. Quelqu'un saurait-il si cette maudite fleur est présente dans Passage ? Quelqu'un connaîtrait-il des variantes de la phrase «Il lit un livre sur Sade et autres logothètes» (ou : que lit-il d'autre ?) Yerrette aura ma mort sur la conscience.

                                         ***************

Ma réponse

Je ne me souviens pas d'avoir vu cette fleur dans Passage. Mais cela ne veux rien dire, puisqu'une première occurence n'aurait pas retenue mon attention: il faut que je retrouve un motif pour que que je m'interroge (du motif camusien comme personnage balzacien).

Les échos que j'avais construits à partir de «Il lit un livre sur Sade et autres logothètes» sont les suivants (c'est très mince, je le concède) : de Barthes remonter à L'empire des signes, puis à «Je lis un roman moderne japonais» p.78. (J'avais imaginé que c'était Eloge de l'ombre (est-ce moderne, est-ce un roman?), parce que j'ai rencontré ce livre ailleurs, peut-être dans Tricks)). Il lit beaucoup d'autre chose : Nerval et l'histoire de Cazotte, La sorcière des Trois-Islets, des récits sur les enfants dans La France lointaine (plusieurs occurences, la première p.36).

La voilette aparaît p.44, sur une photo. Il regarde souvent un album de photos. Le filet de sang apparaît lors d'une pièce de théâtre p.52. Puis p.66.

Je vous en prie, n'en perdez pas le sommeil. Nous trouverons, plus tard, par hasard. Vous avez donné des piste, et des manières de voir (la syllepse, cher à Jean-Marc, sur le mot "légende"...) (Mais cette fleur sur le plancher, j'imaginais je ne sais pourquoi, une anecdote dans la vie d'un personnage célèbre. Peut-être parce que beaucoup d'événements se déroulant sur la Côte d'Azur sont de l'ordre de l'anecdote historique (l'impératrice Eugénie, le mariage des Monaco, la maison de Jules Verne).)

                                         ***************

Message de Renokamu Tiramisu (RC) déposé le 06/03/2004 à 16h45 (UTC)

Objet : L'Ombre des signes

Le roman japonais est celui où apparaît une très vieille femme, originaire de l'île du Nord, peut-être, et ses voisins, que le texte décrit élégamment comme "deux jeunes pédés", et dont l'un est surnommé "Cheveux-Verts". Ils ramènent chez eux beaucoup de monde, dont un marin américain dépoitraillé. Leur mode de vie paraît fasciner la vieille femme, qui vit au rythme de leurs entrées et sorties, de leurs rires, de leurs disputes et de leurs éclats dans la salle de bain.

Pour des raisons bien excusables (une transition beaucoup trop rapide), Angelo Rinaldi, le critique, avait confondu cette vieille Japonaise avec une quelconque princesse de Galles - ce qui lui fut dûment reproché dans un volume postérieur.

                                         ***************

Ma réponse

«Elle n'était alors que princesse de Galles. A la mort de l'aîné, elle a épousé son frère, le marin. Ses voisins sont deux jeunes pédés.» Passage p.18


Je dois avouer que je suis très impressionnée: il n'y aurait donc pas une phrase qui ne renvoyât à une référence intertextuelle, voire à plusieurs, entre le début et la fin de la phrase.

Evidemment, nous étions prévenus : «Chaque passage, chaque phrase souvent, et par exemple ici, y est certes une unité en soi, qui n'entretient avec son immédiat contexte qu'un rapport diégétique très mince, lâche ou inexistant. Mais chaque passage, chaque phrase, chaque mot n'a droit de présence qu'à appartenir à des réseaux très complexes, par chaque volume tissés, resserrés, enrichis, par l'oeuvre entière élaborés, et, puisque celle-ci n'est qu'un extrait, un églogue, des églogues, par le monde chaque jour fomentés, corrigés, confirmés.»


Mais je n'avais pas réellement pris la mesure de ce que cela signifiait jusqu'à ces derniers jours.


A ce compte-là, si je passe douze semaines sur chaque livre, sans compter les livres à lire entre les livres, je ne suis pas prête, moi, d'avoir lu tous les livres. (Ne vous aurai-je jamais (bien eu)? C'est vous qui êtes en train de m'avoir.)

                                         ***************

Message de Rinaldo Schpountz (RC) déposé le 07/03/2004 à 15h49 (UTC)

Objet : Point de Vue & Images du monde

Magari....

(Marie de Teck, d'abord fiancée à Albert-Victor, duc de Clarence, fils du futur Édouard VII et petit-fils de la reine Victoria, épousa, à la mort de celui-ci en 1892, son frère cadet, George, duc d'York, officier de marine, plus tard prince de Galles et encore plus tard roi d'Angleterre et empereur des Indes (George V). Devenue la reine Mary, et surnommée "le Dragon" ("Georges et le Dragon"), elle est morte en 1953, peu de temps après la mort de son fils Georges VI et l'accession au trône d'Élisabeth II .)

                                         ***************

Ce message éclaire le "ce qui lui fut dûment reproché" ci-dessus

******** Ce sont sans doute ces lignes qui feront écrire à M. Angelo Rinaldi, romancier et critique littéraire, dans un article d'ailleurs très aimable de L'Express (31 mars 1975), que se distinguent, parmi les personnages discernables dans Passage, un employé de maison d'édition, un cover-boy américain, et leur voisine, une princesse de Galles dont le comportement ne fait certes pas honneur à la moralité des Windsor. Le pauvre Rinaldo, cet ange, toujours soucieux d'éviter les invraissemblances et d'observer toutes les vérités historiques, jugea certainement étonnante cette information sur son livre. Mais après tout, que le lecteur investisse et projette... *********


********* On lit bel et bien, p.18, sans la moindre transition ni solution de continuité : Elle n'était lors que princesse de Galles. A la mort de l'aîné, elle a épousé son frère, le marin. Ses voisins sont deux jeunes pédés. L'un est lecteur dans une maison d'édition... Et le malheureux critique, pour ne rien dire du lecteur, devrait comprendre, dans ces conditions, que les voisins sont ceux de la de la très vieille femme, originaire de Sapporo, mentionnée page 17? Et pourquoi pas qu'il s'agit sans doute du roman moderne japonais lu p.78 d'Echange, probablement sur la terrasse du musée, à Saint-Paul-de-Vence, et qui devient d'ailleurs, p.95, L'Empire des Signes, et même, p.119, un livre sur Sade et autres logothèques!!! Un peu de sérieux, de grâce!
Renaud Camus, Travers p.18 et 19


1) Ambiguïté de "Un peu de sérieux, de grâce!" : à la première lecture, trop rapide, j'avais pensé que c'était Rinaldi qui était ainsi apostrophé. En recopiant le texte, je m'aperçois que c'est en fait l'auteur qui l'est: il lui est reproché d'attendre de son lecteur des dons de divination.

2) J'avais donc remonté la chaîne des associations dans l'autre sens: du livre sur Sade à L'empire des signes au roman moderne japonais. (La piste était fausse, mais il n'était donc pas complètement idiot de la suivre).

3) Se confirme l'idée terrible qu'après chaque nouveau livre lu il faudrait relire tous les livres déjà lus afin de les éclairer du dernier livre lu. Il ne faut pas que j'y pense...

un avion, des bicyclettes

Bien plus que le comte de Puiseux, la véritable source me paraît être celle-ci :

Les frères Wright, dont il est étonnant qu'on ne les ait pas découverts plus tôt, ou qu'on les ait passés sous silence, fabriquent, avant leurs essais dans les airs, des bicyclettes.

Denis Duparc, Echange p.203

Sujet : racontez votre soirée à Genève

Nous entrons dans la petite boutique, à la vitrine nettement achrienne (calendriers et gadjets...).
Tous les regards se tournent vers nous, du haut de la mezzanine où se tient la conférence, je dirais plutôt le salon, ou la soirée, littéraire. Beaucoup de lumière, une grande table basse chargée de gâteaux apéritifs, entourée de deux canapés et quelques fauteuils (je ne garantis pas l'exactitude des détails, il s'agit d'impressions), tous occupés.
On se salue, nous sommes en retard, mon compagnon murmure "Excusez-nous, nous sommes Français", ce qui est gentil, puisque je suis la cause principale de ce retard. Jacqueline était sur le point de commencer, je ne connais que Jacqueline et Franck, y a-t-il eu présentations avant notre arrivée, je ne sais.

Jacqueline tient des feuillets à la main. Qui ici n'a jamais vu Jacqueline? Des grands yeux derrière des lunettes de myope, des cheveux bouclés autour du visage, une silhouette menue, un sourire timide et accueillant. Avant de commencer à lire, elle présente Flatters, le confident, le double, afin que les auditeurs sachent de qui elle parlera, plus tard, sans qu'il soit besoin qu'elle s'interrompt. Elle commence à lire, "l'amour dans l'œuvre de Renaud Camus", qui aurait pu tout aussi bien s'intituler "l'amour que porte Jacqueline à l'œuvre de Renaud Camus", mais qui irait lui reprocher? Nous sommes hors du temps, on est bien, l'ambiance est studieuse, attentive, elle lit, elle raconte.
Elle présente l'amour dans l'œuvre de façon générale : les ciels, les garçons, les paysages, la campagne, les chiens... mais très vite se concentre sur le principal: l'amour, c'est l'amour des garçons. Elle va ainsi parcourir l'œuvre, chronologiquement, dans l'ordre des amants, ceux qui ont compté, qui ont laissé un nom dans les livres ou les journaux: William Burke, passion, mais aussi internement psychiatrique (elle cite le passage où RC se demande si cet internement prouve que son amant a beaucoup souffert avec lui, ou si plutôt l'inverse), elle raconte la chute du balcon, parle de Rodolfo, Edigio, mort lui aussi, Van et le chagrin d'amour qui nous vallut Le Lac des caresses, le gendarme Eliézer, dont l'idéal de fidélité ne put s'accommoder du mode de vie camusien, mais qui eut le temps d'accompagner RC dans sa recherche d'un château, Farid Talli, la passion pour ce garçon qui n'était pas son genre, et puis Pierre, Pierre et l'irruption du silence, le "nous" discret de Canossa, l'épisode du suçon l'année suivante, l'intervention flattersienne.
Elle cite de longs passages, et c'est toujours la même surprise que ce soit "si bien", que les mots soient toujours justes, drôles ou tristes ou plein d'allant, tendus de cette énergie sous contrôle. Je me souviens de la fin d'une description, "comme du foutre noyant le paysage", et comment vous expliquer l'étrangeté de voir cette silhouette menue lire ces descriptions de cul ou érotiques ou physiques ou pornographiques, enfin bref, pas ce qu'on lirait dans les dîners en ville (quoique), sur ce canapé vivement éclairé, entourée d'inconnus achriens attentifs, dans une atmosphère tranquille et douce.

Je ris intérieurement, je me rappelle un repas à Plieux, Monsieur des Cartes et moi-mêmes seuls hétéros à table, et Yves disant doucement dans une vraie tentative d'être sincère, ce qui n'est jamais facile à huit autour d'une table ne se connaissant pas, «Je suis toujours gêné d'évoquer nos ébats devant des hétéros». (Nous avons manqué d'à-propos, nous n'avons pas répondu que l'inverse serait tout aussi difficile).
Mais pas pour Jacqueline. Elle lit et raconte avec un naturel confondant. Tout en devient facile.

Vint le temps des questions.

Je ne pourrai pas me souvenir de tout, ni de l'ordre.

Pourquoi Renaud Camus est-il si peu connu? Copinage, lieu étriqué de la presse parisienne, où tout n'est que renvois d'ascenseur, s'anime Gérard Coron. «Le Journal me sert de révélateur à cons, vous savez, comme les bacs qui font apparaître les photographies». Nous rions, je m'imagine au bord de la rivière en train de secouer mon tamis pour trouver quelques pépites. Gérard, lui, secoue le Journal pour trouver quelques cons...
Il faut tout de même dire, insistent les "vieux" camusiens devant l'assemblée des néophytes, que c'est un grand écrivain, qui pose un problème aux journalistes : il faut le lire, on ne peut pas faire semblant.

Sur la table sont posés quelques ouvrages, des plaquettes des expositions à Plieux, un document relié sans doute l'œuvre de Jacqueline, avec la photo de Renaud Camus en couverture. Les gâteaux apéritifs circulent, le vin rouge est versé dans des gobelets en plastique, un petit chien saute sur les genoux de son maître.

Par quel livre commencer la découverte de RC? Les camusiens se regardent «Ah, c'est une question souvent posée, nous n'avons pas de réponse...» Des noms sont avancés, la Vie du chien Horla, bien sûr, Nightsound peut-être, ou Eloge du paraître («je suis revenu de ce choix-là», me souffle mon voisin), ou encore, pour attaquer l'œuvre par "la face nord", Du sens. Ou Tricks, bien sûr. Quoique. J'apprends que c'est un livre que Renaud Camus regrette aujourd'hui d'avoir publié. Source de trop de malentendus. Nous ("les camusiens") insistons sur le fait qu'il ne s'agit pas d'un écrivain qui aurait fait de l'homosexualité son fonds de commerce. Ce n'est pas Guillaume Dustan. Non, c'est un grand écrivain, il n'est pas "people", ni "cheap", il n'écrit pas pour faire plaisir.

A un moment, je ne sais plus pourquoi, j'énonce mon désir de connaître un jour le contenu des cours sur Flaubert que donna RC aux Etats-Unis. Franck sourit et me tend Etc., que je n'ai jamais vu. Photos, photo de RC professeur (mon Dieu, qu'il est donc années 70!), photo de RC à cheval, photo de la mère de RC, graphique de mots et d'évolutions de mots.

Jacqueline évoque la mère de Renaud Camus, son énergie, elle nous raconte une anecdote de château visité dans la neige en tennis de toile, à nonante et quelques années. Qu'importe l'inconfort, si c'est beau, il faut y aller. La mère de RC avait émis le souhait de venir écouter la conférence, mais Renaud Camus l'en a dissuadée «Ce n'est pas un thème pour une mère», aurait-il dit. Nous rions.

Quelqu'un pose la question de la difficulté à vivre dans l'entourage de l'écrivain en sachant que tout risque de se retrouver dans le Journal. Farid Talli, en effet, a fait un éclat concernant les subventions touchées par sa mère pour refaire sa salle de bain, mais Renaud Camus n'a pas cédé. Pierre? Eh bien, Pierre est si discret qu'il est fort difficile de savoir ce qu'il en pense.

Je ne sais plus sur quelles paroles nous avons levé la séance. A mon habitude, j'avais sans doute un peu trop bu.

                  ***************

des précisions et réponses apportées par Renaud Camus (je coupe et j'extrais, voir le message 7448 sur la SLRC)

Quant au double étonnement, maintenant. Personnellement je ne crois pas que Machin Truc "regrette" d'avoir publié "Tricks". Il a pu manifester une fois ou deux un certain agacement d'être "réduit" à ce livre-là, par exemple aux États-Unis, parce que c'est le seul traduit. Mais je ne pense pas que cela aille plus loin.

Enfin, et pour ma part, je ne me souvenais pas qu'il fût question dans les livres, et si explicitement, d'un "internement psychiatrique" de X. (mais il se peut que je me trompe). L'"information" provient peut-être d'une confidence personnelle ? De toute façon "internement psychiatrique" est un peu beaucoup dire, à ma connaissance. Sans doute s'agissait-il plutôt de simples stages de décuvage de poussière d'ange...

                  ***************

source précisée par Jacqueline Voillat

Voici l'extrait, tiré de P.A. paragraphe 297, pages 132, 133, 134 :

"... Lui aussi en a vu de toutes les couleurs, probablement, à mes côtés. D'ailleurs à peine nous étions-nous quittés, il a fait un séjour dans un asile psychiatrique. A moins que l'histoire ne doive s'écrire en sens inverse : peut-être nous entendions-nous si mal, et nous sommes-nous finalement quittés, parce qu'il avait des prédispositions aux asiles psychiatriques ?"

                  ***************

quelques citations, par virtuosité pure

Mais il perd la raison et doit être enfermé. Pour lui, qui aurait pensé à ça?
Denis Duparc, Echange, p.168

Tiens, c'est une erreur de citer cette phrase ici, vu la chronologie (lorsqu' Echange a été écrit, W. n'était pas "enfermé" (si c'est bien le mot).
«Mais il perd la raison et doit être enfermé.» peut (par exemple) s'appliquer à Hugo Wolf
et
« Pour lui, qui aurait pensé à ça?» provient du Vice-Consul (mais le vice-consul perd lui aussi la raison, il me semble).

                  ***************

Message de jmarc déposé le 07/03/2004 à 20h41 (UTC)

1-3-8-5-2-6. Sur quoi, inévitablement : « Le vice-consul de France à Lahore apparaît, à moitié nu, sur son balcon, il regarde un instant le boulevard, puis se retire. Peter Morgan traverse les jardins de l'ambassade de France, il revient vers la résidence de ses amis, les Stretter. » Mais justement tout cela est trop prévisible. Il ne faut pas se tromper de livre. Rien n'est plus facile que de reconstituer les séries anciennes. Mieux, ou pire, elles se reconstituent d'elles-mêmes. Le voyageur égaré, le naufragé volontaire ou malheureux, l'explorateur hardi que la fatalité, l'esprit d'aventure ou la poursuite d'une quelconque chimère auraient jeté au milieu de cette poussière d'îles qui longe la pointe disloquée du continent sud-américain, n'auraient qu'une chance misérable d'aborder à W. 3.144 Les situations peuvent être décrites, non nommées. (Les noms sont comme des points, les propositions comme des flèches, elles sont un sens.) Quand Warhol dans ses Diaries doit relater l'entrée de "X." à Bellevue, l'hôpital psychiatrique, il commence à l'appeler autrement. Quand on feuillette Travers et surtout Travers II, il est difficile de distinguer ce qui vient du Journal d'un fou et ce qui a été emprunté à Maupassant, à la Lettre d'un fou.

                  ***************

Suite (je ne sais plus qui est derrière ce pseudo: RC?) Georges Perec déposé le 07/03/2004 à 23h12 (UTC)

Nom d'un chien ! Mais c'est bien sûr : Warhol, Horla, Lahore - reste W. (ou le souvenir d'enfance)

(Va dire à mon île, là-bas, tout là-bas / Près de cet obscur marais de Foulque, sur la lande / Qu'au lever de la lune elle entendra mon pas...)

                  ***************

Message de Serrey (moi) déposé le 08/03/2004 à 00h53 (UTC)

1-3-8-5-2-9. "X" = W.



Va dire à mon île, là-bas, tout là-bas / Près de cet obscur marais de Foulque, sur la lande / Qu'au lever de la lune elle entendra mon pas... : Patrice de la Tour du Pin
Patrice de La Tour du Pin est cité p.475 (18 septembre 2004) de Corée l'absente.
Warhol appellera W. "Dieu" (cf. Journal de Travers publié en mars 2007).

Les billets et commentaires du blog vehesse.free.fr sont utilisables sous licence Creatives Commons : citation de la source, pas d'utilisation commerciale ni de modification.