Meccano

En rouvrant L'Inauguration de la salle des Vents, je me disais que la rédaction du journal 2002 était contemporaine de quelques recherches, même sommaires, sur le calendrier religieux juif. (p.210) Cela ne se voit pas dans le journal.

(Et alors, me direz-vous? Ben rien, c'est juste que cela me fait sourire: tout est là, mais il faut assembler soi-même les morceaux et leur donner un sens, celui qu'on veut, ou presque).

Les journaux comme notes de bas de page

J'ai parcouru en diagonale La Salle des Pierres en y cherchant des traces, des indices, concernant L'Inauguration de la salle des Vents. J'en découvre page après page dans Outrepas. Comme toujours, il a fallu par hasard un écho que je n'attendais pas (ce fut ici Un thé au Sahara), pour qu'ensuite tout devienne écho.

[...] le moment où l'un des personnages, qu'on a cru mort, et qui lui-même a cru être mort, revient plus ou moins à la vie et décrit ce qu'il a vécu, ce qu'il a mouru — un pays froid, très froid et sans aucune couleur, où l'on se sent seul, très seul, abominablement seul [...]
Renaud Camus, Outrepas p.384

[...] ils guettent ses il revient du pays de la il dit qu'il y fait très froid et surtout qu'on s'y sent très seul mais d'une solitude inimaginable d'ailleurs il n'y manque rien elle n'a rien à voir avec l'absence [...]
Renaud Camus, L'Inauguration de la salle des Vents, p.234


«rectifier le cours du ruisseau prétendu» L'Inauguration p.284

Des branches et des brindilles sont prises entre les pierres, l'eau se fraie péniblement un chemin à travers elle, elle ruse, elle dévie, elle se fait souterraine, elle s'insinue humblement par les bords. Lorsque à l'aide d'un fort bâton on dégage les voies principales, presque aussitôt on obtient de belles chutes bien nettes et bien blanches, les bras morts se remettent à revivre, et toute une carte reprend sens, [...] Outrepas p.200

(Est-ce que je force le rapprochement? Il me plaît, à moi, d'imaginer que le cours de ce peu profond ruisseau puisse être rectifié de la main de l'homme).


il se lève rarement tout juste fait-il dans l'après-midi une petite visite de courtoisie de digestion de politesse à la voisine qui d'ailleurs ne manque jamais de lui donner deux ou trois biscuits et de célébrer justement sa courtoisie son amabilité sa gentillesse l'éloquence de son regard au point qu'elle se promet bien si un jour elle a un chien mais elle-même n'est pas si de prendre un chien précisément de cette race-là de cette espèce exactement comme celui-là le plus semblable pos
L'Inauguration p.309

Ses dernières excursions sont pour aller rendre visite à la voisine, Mme Trikovsky, qui le tient en haute estime, lui donne deux ou trois biscuits, et déclare que si un jour elle a un chien elle n'en veut qu'un de cette race-là, et le plus semblable possible à celui-ci.
Outrepas, p.214


Et s'éclaire par la page 408 d' Outrepas l'allusion à Saint Vincent de Paul en même temps qu'apparaît le nom de Chalosse dans L'Inauguration p.12, 13, 14, tandis que le brouillard de ces mêmes pages fait furieusement penser au brouillard des pages 401 et 402 d' Outrepas.

Maintenant c'en est fait, je me retrouve dans la forêt des associations: «un septième éditorial, pour faire un compte “rond”» (Outrepas p.370), «sept années de son existence» (L'Inauguration p.322), «sept années plus tard» (L'Inauguration p.269), entre l'installation de la Carte des Vents et la rédaction du livre, «sept ans» (L'Inauguration p.27).

La place des juifs dans le journalisme en France

Mes questions sont historiques. L'essor du journalisme, c'est le XIXe siècle. Quels sont les quelques noms qui tenaient la presse à ce moment-là, à l'époque de Zola, ou Nodier, ou Flaubert (sachant qu'en donnant ses trois noms, j'ai déjà l'impression de parler de trois France), avant l'affaire Dreyfus? Etaient-ils juifs? Le revendiquaient-ils ou le cachaient-ils? Et quelles opinions soutenaient-ils dans la presse?

Tout ce que je souhaiterais, c'est que l'on puisse parler des juifs comme Patrick Cabanel, historien protestant, parle des protestants: sur le même ton objectif, avec le même souci d'être exact et rien d'autre. Mais il paraît que c'est trop demander: ce qui fait que, frustré, on revient toujours sur ce sujet-là puisqu'il est interdit (comme la pédophilie, qui vraiment, en soi, ne m'obsède pas davantage), et qu'on a l'air d'un obsédé. Renaud Camus, Outrepas, p 368

Je pense qu'il doit être possible de traiter, dans une thèse de doctorat, un sujet comme "L'influence de la pensée juive sur le concept de nationalité en Europe de 1870 à nos jours" (ou de 1789 à nos jours). Tout le problème serait de rester extrêmement descriptif et d'étayer chaque affirmation par des sources, très solidement. Ce qui serait impossible serait de porter un jugement négatif. Le jugement porté aujourd'hui sur un tel sujet devra obligatoirement être positif (ce qui en soi est énervant, un jugement obligatoire dans un sens n'est plus un jugement), ou se taire (ou mieux, le jugement devra n'être pas, même en pensée).
A moins d'être juif: seul un juif peut aujourd'hui se permettre de porter des jugements négatifs sur de tels sujets. Mais après tout, Patrick Cabanel est protestant, il étudie l'histoire des protestants. Que seuls des juifs puissent réfléchir sur l'histoire juive, et la juger, procède peut-être tout simplement de la même logique.

La culture d'un regard

D'après la revue de presse de France-Culture , un journaliste du Figaro trouve que M.Raffarin ressemble à Lino Ventura. Il faut vraiment être extrêmement hétérosexuel pour croire une chose pareille... Renaud Camus, Outrepas, p.189

Mon premier mouvement avait été d'écrire un message pincé et offensé, s'insurgeant que cette phrase-là, elle, n'ait pas été censurée... J'ai abandonné l'idée en me disant que c'était gros de trop de malendus.

Mais tout de même, par quoi remplacer "hétérosexuel" dans la phrase ci-dessus? Par "imbécile", ou "aveugle", à mon avis. Et je pense inévitablement au texte de Paul Léon:

« Plus sensible, plus perceptif, plus loquace », disait donc Roland Barthes, c'est là un quasi topos de la littérature homosexuelle : le regard homosexuel voit plus, voit mieux, voit ce qui n'est jamais vu, en tout cas jamais dit, à commencer, il va de soi, mais pas seulement, la beauté des garçons : [...]

C'est Michel Cressole, autre voyageur achrien, qui dans une série de chroniques regroupées sous le titre Une folle à sa fenêtre témoigne avec causticité de la cécité généralisée de la majorité orthodoxe :

« Un photographe hétéro de bonne volonté accompagnait la Folle dans ce reportage à l'étranger : “Pour les portraits de garçons, tu me dis quand tu vois quelqu'un qui t'intéresse”. Eh bien là, dans ce groupe de trois terrassiers, l'apprenti aux cils poudrés, spectaculaire […] Oui, oh oui ! celui avec les gros pieds nus, qui tient sa cigarette comme la tige d'une fleur. Le photographe emmène les trois à la recherche de la bonne lumière, et revient sur ses pas : “Excuse-moi, mais je ne sais lequel tu voulais. Tu peux me le montrer ?” Il fera le coup à chaque fois […] Il ne comprend pas qu'il est aveugle, il pense que c'est elle qui est spéciale. Elle sait pourtant voir les filles aussi bien que lui… » [13]

Renaud Camus quant à lui ne cesse de revenir sur cette proposition l'homosexualité n'est pas une “nature”, elle est au plein sens une culture, et particulièrement la culture d'un regard.


Et toujours cette question: est-ce que c'est vrai ?

Et je repense, toujours avec un pincement au cœur, à cette réflexion de BVP:

Ainsi je soupçonne que la « médiatisation » (par le « charme », la « personnalité », l’intelligence, la « distinction », que sais-je) du désir sexuel des femmes, beaucoup moins « pur », dans l’ensemble, que celui des hommes, a été lentement suscitée par ceux-ci au cours des siècles de leur domination, et à leur seul avantage, puisqu’elle les dispense, eux, dans une large mesure, de la nécessité, pour plaire, de s’entretenir physiquement, de se présenter toujours sous l’apparence la plus attrayante sexuellement, de lutter quotidiennement pour conserver les signes de la jeunesse, et même tout simplement d’être jeunes », et je me dis, avec de moins en moins d'indulgence, qu'être aveugle est une façon comme une autre de vivre avec son laisser-aller et ses certitudes.
Renaud Camus, Buena Vista Park, p.

L'infuence juive dans la désorigination nationale

Je n'ai pas un grand bagage historique et philosophique, j'aimerais pouvoir peser la validité de cette analyse :

La forte influence des intellectuels et des journalistes juifs au sein de la pensée et du climat intellectuel français a beaucoup contribué, globalement — pour diversifiée et riche en contradictions internes qu'elle ait pu être — à ce que j'ai appelé, après d'autres, une désorigination et de cette pensée et de l'appartenance nationale, progressivement détachées l'une et l'autre de l'hérédité, des liens du sang, de toute référence ethnique.
Renaud Camus, Outrepas, p.255

La pensée juive contribue-t-elle à une désorigination du monde? En est-elle la principale responsable? Ne pourrait-on en dire autant des grands mouvements socialistes puis marxistes à partir du milieu de XIXe siècle: "travailleurs de tous les pays, unissez-vous", n'est-ce pas un appel au transnational? N'est ce pas ce qui court dans Les Thibault, par exemple, et dans certains romans d'Aragon? (Mais Marx est juif, et donc justement?)

Ou plus classiquement, peut-on faire remonter cette désorigination aux Lumières (les droits de l'Homme), ou même au moment de la fin du servage (l'homme n'appartient plus au sol), ou carrément aux débuts du christianisme (désormais, le don de Dieu ne sera plus une terre promise, mais un paradis dans l'au-delà)?


Henri me répondit entre autre: «C'est pourquoi je crois que la pensée juive (authentiquement juive), loin de désoriginer le monde, est une pensée de l'origine. [...]», ce qui rejoignait mon intuition. Mais dans la mesure où ce rapport authentiquement juif à l'origine est un rapport à leur origine (juive avant d'être française), faut-il comprendre que c'est justement là que se noue la désorigination de la pensée française?
Henri définit la pensée juive comme une façon de travailler ou faire travailler la pensée et comme un contenu tandis qu'Outrepas semble appeler "pensée juive" tout ce qui serait pensé par un juif, croyant ou non, sioniste ou non, marxiste ou non.
Si je lis bien Henri, tous les juifs ne pensent pas "en juif" — selon les modalités ancestrales de la pensée juive —, et ce sont sans doute ceux qui pensent le moins en juif qui sont les plus prompts aujourd'hui à s'émouvoir de l'utilisation du mot juif par un non-juif.

Ce qui m'avait intrigué, en fait, commençait en bas de la page 254 : «[...]du rôle et de la place des juifs dans notre société [...] Ce rôle est cette place, depuis un siècle ou deux, il est évident qu'ils sont à fait exceptionnels, que ce soit dans le domaine politique, économique, intellectuel, artistique ou médiatique; [...]».
Découvrant avec Antoine Compagnon à quel point la question juive paraît avoir agité la sphère intellectuelle française de la fin du XIXe (Lazare, Brunetière, Leroy-Beaulieu, Darmesteter, Daudet, Renan...), je me demandais si je n'avais pas raté une controverse bien française datant du Second Empire ou des débuts de la IIIe République. (Notons au passage que ces différents auteurs semblent davantage retenir la définition d’Outrepas concernant la pensée juive, ou plutôt, que l’utilisation de l’expression "pensée juive" dans Outrepas s’inscrit dans cette tradition intellectuelle française).

Qu'est-ce qui se passe à ce moment-là? Pourquoi la question juive prend-elle soudain tant de place, et pourquoi le rôle et la place des juifs deviennent-ils exceptionnels à ce moment-là?
Est-ce un effet de l’émancipation, de la révolution industrielle, de la défaite de 1870?
Et pourquoi l’antisémitisme paraît-il finalement croître au moment où les juifs viennent prendre une place commune dans la société ? Que leur reproche-t-on, à la fin ? de ne pas se mélanger, ou de s’assimiler?

Un désorigination de la pensée française... Une pensée "internationale" contre une pensée "française"? Je manque d'exemples. Je ne peux penser qu'à Proust et Bergson, Proust me semble très enraciné, Bergson... je ne sais pas, la philosophie peut-elle avoir une nationalité? (Elle peut avoir "un style" : anglais, allemand, français. Est-ce de cela qu'il s'agit?)


Frédéric Pitron fera cet intéressant apport:

Cela m’évoque les considérations de Stéphane Zagdanski qui à penser que « la planète est en train de crever sous les coups de boutoir de l’Occident » et de sa sauvagerie, rebaptise l’Occident en "Oxydant" attirant et brûlant dans sa mélancolie morbide tout ce dont la vitalité créatrice lui fait horreur : la beauté, l’art, la nature, la pensée, l’action.

Or, à la base de cette histoire occidentale de dégénérescence, Zagdanski trouve l’îlot de la pensée juive en ces termes :

Celée au centre de l’Occident, la pensée juive résiste le mieux et depuis le plus longtemps à son ravage métaphysique. Raison pour laquelle l’Oxydant n’en finit pas de vouloir l’achever en s’en prenant depuis tant de siècles à ses symboliques représentants. Or, et là est le secret de la pérennité sibylline de ce peuple et de son scandale tout à fait hors du commun, qu’il l’accepte ou non, l’Occident doit nucléairement à la pensée juive son existence et sa perpétuité.

Interprétation

Comme je reconnais auprès de Paul Otchakovsky que je n'ai pas voté pour Jacques Chirac il commente:
«En somme tu as laissé les autres faire le sale travail...»
C'est un peu ça.
Renaud Camus, Outrepas p.192


Que dire de plus?

Les réflexions à partir de ce passage sont multiples. A priori ce genre d'attitude ("laisser les autres faire le sale travail") est quelque chose qui m'horripile, et attire mon mépris. Cependant, la phrase "C'est un peu ça" me désarme. Cette admission, que l'on peu juger à son gré honnête, piteuse, désinvolte, hautaine, me désarme : que dire à quelqu'un qui reconnaît si simplement les faits? Il n'y a rien à dire, rien à ajouter, le lecteur devient de trop en quelque sorte, il n'y a plus qu'à laisser l'auteur et sa conscience se débrouiller.

Cherchant d'autres exemples pour illustrer des cas de "laisser les autres faire le sale travail" (c'est facile, les pseudo-écologistes sont très forts pour ça: combien d'entre eux pour à la fois déplorer le réchauffement climatique et ne choisir que des lieux ou des voitures climatisés? ) et mieux analyser pourquoi ou en quoi cela m'exaspère, je me suis rendue compte que ce n'était pas tant le travail laissé aux autres qui m'exaspère, mais le discours moralisateur qui l'accompagne ou le précède. Je déteste ça. Je déteste qu'on m'explique ce que j'ai à faire pour voir ces mêmes moralisateurs faire l'inverse de ce qu'ils prêchent (les champions des droits de l'Homme qui contractent avec la Chine: qu'on contracte si l'on veut contracter, mais qu'on nous épargne les discours hypocrites! (par exemple)) Rien de tout cela ici : le discours et les actes coïncident, l'entourage n'a pas droit à un cours de morale. C'est déjà ça.

Je connais peu, voire pas, en simple bruit de fond si je puis dire, les théories des années 60-70 sur la disparition de l'auteur, du lecteur, du texte qui doit se défendre seul hors de tout contexte, etc. Ce qui me fait sourire, c'est de constater à quel point auteur, lecteur, contexte, deviennent primordiaux ici. "C'est un peu ça" : est-ce honnête, piteux, désinvolte, hautain? Tout dépend de la lecture que l'on va faire, de son humeur, de son caractère, de la connaissance, livresque ou personnelle, que l'on a de l'auteur, de la connaissance du contexte, de la connaissance du reste de l'œuvre.


                                      ***

Henri (Bès) a fait la réponse suivante

En lisant cette page, il m'a semblé que la réponse "c'est un peu ça" coupe court à une impossible discussion. Quel "sale travail"? Voter pour Chirac, était-ce tremper ses mains dans le sang? On voit dans la remarque de P. Otchakovsky une foi sans faille, une adhérence parfaite, à tous les slogans idéologiques de la goche, qui envisageait de voter Chirac avec des gants, des pinces à linge sur le nez et tout un attirail prophylactique. Etait-il possible de discuter, de rappeler que la République n'était aucunement en danger, à quelqu'un d'aussi peu capable de penser clairement? Je ne connais pas personnellement M. Otchakovski, mais dans le texte il me rappelle fortement tous ces gens dont le sens critique fut embrumé pendant un mois, et qui crurent dur comme fer qu'ils allaient sauver la démocratie en danger en brandissant des banderoles au son des tams-tams. L'intérêt d'Outrepas (et de "Festivus festivus" de Muray, concernant la même année) est de rappeler à quel point il n'était pas possible de parler et de réfléchir à ce moment-là. Tout ce qu'on peut dire aujourd'hui, "c'est un peu ça."


                                      ***

A quoi j'ai répondu:

Pour moi ce n'était pas la démocratie qu'il y avait à sauver. C'était une certaine idée de la France, une certaine idée aussi de ce qu'est la politique. J'ai eu honte de l'image de la France donnée à l'étranger.
Croyez-vous vraiment qu'il était nécessaire d'écouter la gauche pour savoir ce qu'il fallait penser? Si Chirac "a raté tout ce qu'il a entrepris" (p.122, encore plus drôle à lire aujourd'hui), la gauche n'est pas mal non plus. Le manque de courage de Jospin, se retirant sans mot dire, démontre si cela était nécessaire que tous ces hommes ne font de la politique que pour eux-mêmes, avec le souci minimum pour le pays.

Je ne pardonnerai jamais, ni à la droite ni à la gauche, d'avoir rendu possible, ou pire, d'avoir provoqué le fait, qu'un Français sur quatre ou cinq ait envie de voter Le Pen. C'est à mon idée de la France que j'ai mal, et agiter Chirac comme un épouvantail me semble tout à fait bizarre, un étrange retournement : c'est à mon sens lui donner une importance qu'il n'a pas.

Vœux de bonheur

Un toit qui ne perde pas trop, de quoi voyager un peu de temps en temps, l'Académie française pour m'assurer la précieuse considération des cons : ah, et vous ne pourriez pas m'offrir aussi un p'tit amant, si des fois? Après quoi, juré, je serai parfaitement résigné à mon sort, et je ne vous embêterai plus. Renaud Camus, Retour à Canossa p.174

Et je me suis dit que j'avais en somme assez peu de requêtes à présenter au Ciel — un peu d'argent, peut-être; un peu plus de succès éventuellement; et encore, je ne suis pas sûr d'y tenir bien fort. Je me souviens que lorsque j'allais promener les chiens dans la prairie voisine de l'église, à Plieux, et que je voyais tomber des étoiles filantes, je faisais toujours le même vœu. Il a finalement été exaucé. Et si j'avais un autre vœu à formuler, ce serait seulement que cet exaucement perdure.
Renaud Camus, Outrepas p.242

Clin d'œil pour initiés

J'aime la connivence instaurée avec le lecteur, savoir qui est Aziz ou quelle est la citation manquante p.179. (Et j'aime la drôlerie de cette parenthèse «manque ici une citation de del Guidice» pour qui est un lecteur habituel. Impression d'une lecture tissée, chaque livre apportant un petit morceau de puzzle pour comprendre l'indice déposé dans un autre livre.)

En guise de consolation

[...] tandis que de mon côté personne ne m'a jamais dit un mot à propos de mes livres, ni n'a paru seulement s'aviser que j'étais, malgré tout, écrivain.
Renaud Camus, Outrepas, p.209

Ce politologue préparait une étude sur Thomas Hobbes et, dans le fichier de la Widener Library à Cambridge, Massachussetts, il était tombé sur toute une section Edmund Husserl. Il me demanda : «Le nom vous dit quelque chose?», à quoi je répondis affirmativement. Lui: « Chez nous, à la maison, on évoquait toujours ce "fou d'oncle Edmund" qui était devenu professeur de philosophie en Allemagne. On n'a d'ailleurs jamais fait grand cas de lui ni jamais beaucoup entendu parler de lui. J'étais étonné de voir que la moitié du casier était rempli par de titres de et sur Husserl. Il doit quand même avoir quelque importance.» Alors je pensai en moi-même: «Voilà un homme qui a mis la philosophie allemande la tête en bas, des revues entières se consacrent à la continuation de sa philosophie, d'innombrables philosophes orientent l'œuvre de leur vie d'après ses idées, et voici un petit-neveu à lui qui demande si ce "fou d'oncle Edmund" est arrivé à quelque chose en philosophie!
Hans Jonas, Souvenirs, p.60


                                     ***

A quoi Renaud Camus apportera la correction suivante :

Ma soeur :

«Tu ne devineras jamais ce que j'ai lu, dernièrement : la "Vie du chien Horla". Une amie m'en avait dit beaucoup de bien, je me suis dit c'est trop bête, il faut que je me lance. Eh bien j'ai trouvé ça très sympa. »

Les crétins politiques

Mais enfin je suis persuadé que parmi les militants de n'importe quelle cellule ou section de n'importe quel parti (si j'en juge par mes souvenirs lointains du parti socialiste), on pourrait trouver un groupe de crétins de la plus belle eau [...]

Renaud Camus, Outrepas p.168


[note du 18/09/2008] Evidemment, cela m'avait fait rire, car j'étais à l'époque adhérente du parti de l'in-nocence (l'une des plus grosses bêtises de ma vie).

Pour quelles raisons les Français votent-ils Front National?

A l'encontre de l'analyse camusienne:

Mon analyse est que dans le vote en faveur de Jean-Marie Le Pen — un vote dont je surestime grandement, peut-être, la qualité ontologique —, il entre une grande part de protestation, et même de refus, à l'égard de ce tour de passe-passe à portée rétrospective qui explique au peuple français qu'il n'a jamais existé en tant que peuple, jamais plus en tout cas que ce peuple nouveau en formation laborieuse auquel pour le moment on donne encore son nom.
Renaud Camus, ''Outrepas, p.184

je partagerais l'analyse flattersienne

Flatters [...] objecte — et prouve ce faisant son bon sens, hélas — que pareilles considérations et attachements n'entrent que pour une part infime, probablement, dans les "motivations" des électeurs du Front national; où lui paraissent tenir une beaucoup plus grande place des aigreurs et des rancœur de boutiquiers, la haine de la différence, de la vie intellectuelle, de l'art en général et de l'art contemporain en particulier, bref de tout ce que nous aimons et de tout ce que nous sommes. Ibid, p.171


Personnellement je me méfie des Français. Je ne suis pas sûre que nous soyons un peuple extrêmement sympa. J'aime la langue, la littérature, les paysages, les églises. Mais lorsque j'entend une phrase qui commence par "les Français" (souhaitent, veulent, pensent, etc), je m'attends toujours à ce que la suite soit la description d'un peu de bêtise ou de mesquinerie. Je ne peux oublier les trois à cinq millions de lettres de délation sous l'Occupation, les sympathies pour Boulanger, Poujade,... Les Français râlent, se plaignent, ne sont pas contents. C'est peut-être légitime. J'ai surtout l'impression qu'il s'agit de caprices d'enfants gâtés, qui ne se rendent pas compte de ce qu'ils ont.
Ma méfiance doit venir de la méfiance qu'il me semble rencontrer dès qu'on paraît dans un village où l'on est étranger. Je me souviens avoir entendu deux dames discuter dans la rue, à Talence. L'une expliquait à l'autre: «Mais je ne suis pas d'ici, je viens de la barrière Saint-Genès». Puis, se rendant compte de la bizarrerie de ce qu'elle venait d'énoncer (la barrière est à un kilomètre), elle a précisé «Maintenant, ça paraît proche, mais quand on se déplaçait à pied, c'était loin.» (Et là, je me suis dit qu'il fallait déménager, qu'on ne serait jamais accepté, c'était sans espoir). Une autre fois, en Bretagne, une dame nous expliquait qu'elle n'était pas d'ici, mais de X. Comme nous la regardions sans comprendre (aucune idée d'où était X), elle a précisé «C'est de l'autre côté du ruisseau. Ce n'est pas loin, mais passer le ruisseau, c'est changer de monde».
Le jour où j'ai découvert où était Plieux, ça m'a paru étrange: aucune chance de s'intégrer (d'être accepté) dans un si petit village, il aurait mieux valu rester dans le Massif Central, ai-je spontanément pensé en application de mes préjugés.

Débat et censure

message 9292 de Renaud Camus sur le forum de la SLRC :

à l'égard de mon attitude au moment des élections présidentielles d'avril 2002 - attitude ainsi caractérisée : pas question une seule seconde de voter Le Pen, mais pas question non plus de voter Chirac, et voeu que Le Pen - en ça de la majorité bien sûr, en-deça du succès -, ait le plus de voix possible, de façon, que soit entendue la protestation du peuple français face à la disparition dont il est menacée en tant que tel (et si tant est, ce dont l'auteur du journal doute un peu, que cette protestation puisse bien être assimilée au vote Le Pen).

Il s'avère que ces quelques lignes résument les opinions contenues entre les pages 121 et 184. Je ne sais quel passage retenir plus particulièrement, peut-être celui-là:

Je ne peux pas, et je ne veux pas, voter pour lui. Je ne peux pas souhaiter qu'il l'emporte. Je ne peux donc que souhaiter qu'il ait le plus de voix possible (ici pas de virgule) tout en en ayant moins que son adversaire, à l'égard duquel je n'éprouve, d'autre part, aucune espèce de sympathie.
Un jeu dangereux, sans aucun doute.
Renaud Camus, Outrepas p.167

Est-ce parce que j'ai eu le temps de m'habituer à l'idée, est-ce parce qu'exposé en cinq lignes, c'est plus violent qu'en soixante pages, je ne comprends pas vraiment que cela ait suffit pour que Claude Durand arrête sa lecture et j'ai l'impression d'avoir fait de grands moulinets de bras pour pas grand-chose. Enfin si, grand chose, mais enfin, etc. Ou est-ce parce que je suis profondément sensible à cet aspect-là:

Continuer à parler du Front national, de ses électeurs et de ses alliés, comme s'ils ne faisaient pas partie du cercle des personnes auxquelles on s'adresse [...] risque de devenir impossible à tenir dès lors qu'il s'agit d'un Français sur cinq [...] Pourtant, tout le monde s'y obstine, jusqu'à présent.
Ibid, p.124

Je ne peux m'empêcher de penser qu'il faudra attendre le journal 2005 pour avoir une idée des coupes intervenues dans le journal 2002 : «On doute si à aucune époque la censure a pesé si lourd.» (p.58) ou «Il serait intéressant, je pense, de garder en mémoire tout ce qu'il a fallu supprimer ou changer, aussi bien dans Du sens que dans les deux volumes du journal à paraître dans les jours qui viennent.» (p.88) Outrepas y a-t-il échappé?

Vraiment, je suis heureuse de m'être obstinée à finir Les Antimodernes. Y sont décrits les débats, querelles, prises de bec, entre certains intervenants de la scène littéraire française de la Révolution à nos jours (sémites et antisémites à l'époque de Bloy et Renan, fascistes et antifascistes à l'époque de Benda et Péguy), et mon Dieu, on ne faisait pas dans la dentelle. On se disputait violemment, mais on avait le droit de s'exprimer, et on était reconnu comme adversaire.

Il y a un problème de responsabilité, la responsabilité de l'intellectuel, comme je crois qu'on disait. Je ne m'inquiète pas des pensées de Renaud Camus lorsque c'est moi qui les lis. Je tremble à ce qu'elles pourraient devenir lues et utilisées par des esprits malveillants qui s'en serviraient, en caviardant astucieusement le texte, pour justifier des mouvements de haine contre les étrangers (un exercice similaire à ce que firent les bien-pensants à l'encontre de l'auteur pendant l'affaire, finalement).

Parfois je me dis que les intellectuels se comportent aujourd'hui comme ils auraient aimé se comporter dans les années 30. Ils font la même erreur que les stratèges qui ont construit la ligne Maginot: ils préparent un combat qui a déjà eu lieu. Le suivant (combat intellectuel, entendez-moi bien) ne sera pas le même. Mais que sera-t-il?

L'absence de critique

Il est vrai que j'ai la chance d'avoir une "Société des Lecteurs"...Mais ce site-justement parce qu'il est si bien tenu-n'est qu'un miroir implacable du néant qui fait office auprès de moi de "public" et d'attention critique : n'y interviennent jamais que cinq ou six personnes, toujours les mêmes, en général on ne peut plus favorables à ma cause, certes, mais qui ne sauraient suffire à créer un débat; et qui ne font, bien involontairement, que souligner son absence.

Renaud Camus, Outrepas p.126

Frivolités

Je suis un peu embêtée car j'ai l'impression paranoïaque qu'on attend quelques réflexions bien sérieuses sur ce livre, mais... on verra plus tard.

En attendant, je mène parallèlement à une lecture suivie un feuilletage intensif. J'ai donc accueilli avec beaucoup de plaisir les réflexions sur Claude François: je n'ai jamais compris qu'on aimât Claude François, et c'est avec toujours autant d'incompréhension que j'assiste au retour de Claude François. Toute rassérénée de partager ce non-goût avec mon écrivain préféré, je découvre en parcourant l'index d'un oeil distrait "Ventura, Lino": gloups, mon cœur bat, est-ce que RC n'aimerait pas Lino Ventura?

Je me reporte donc à la page 189: «D'après la revue de presse de France-Culture , un journaliste du Figaro trouve que M.Raffarin ressemble à Lino Ventura. Il faut vraiment être extrêmement hétérosexuel pour croire une chose pareille...» Euh? Là, on est tout de même très loin du test de Jean-Paul Marcheschi qui, pour déterminer votre orientation sexuelle, vous demande de choisir entre Brigitte Bardot et Jeanne Moreau. S'il faut choisir entre Raffarin et Lino Ventura... ça change tout.

J'en ai profité pour chercher la filmographie de Noël Roquevert.

Le parti de l'intelligence

Les Antimodernes cite Henri Massis (p.232) :

[...] la victoire de Pascal est une victoire dangereuse [...], c'est la victoire de l'irrationnel; c'est, en outre, la victoire du pessimisme, d'une conception pathétique et romantique du monde, [...] du divin, de l'inquiétude, de l'intuition, de la violence, que sais-je encore! [...] J'ajouterai [...] c'est la victoire du modernisme. Il ne suffit pas, en effet, de se déclarer violemment antimoderniste pour ne pas l'être, si l'on installe le modernisme dans la place. C'est bien de chasser Descartes : mais y mettre Bergson sous le nom de Pascal, c'est un autre danger.

Antoine Compagnon continue : «Passage fort éclairant, qui expose la genèse du manifeste du «Parti de l'intelligence» publié dans Le Figaro au lendemain de la guerre, en 1919, et signé, entre autres, par Maurras, Massis et Halévy.»

Et là, debout dans le métro, je souris. Le Parti de l'intelligence? Manifeste signé par Maurras? Est-ce que ce n'est pas à peu près le nom de la pétition des Inrockuptibles de février 2004? Ce serait trop beau...
Rentrée chez moi, je fais une recherche dans Google, et je trouve ça, qui me fait rire (avec un goût de vengeance qui se mange froide) :

Vous êtes contre l’OTAN et le tout-au-marché ; mais le libéral-kaki Daniel Cohn-Bendit vous séduit. Contre la fric-culture ; mais vous achetez les disques découverts dans des magazines culturels gavés de publicité. Vous pensez aux sans-papiers, aux immigrés, aux femmes battues, aux recalculés de l’Assedic, aux sans-logis, aux Tibétains… Comment survivent-ils ? Pour les aider, vous seriez prêt à tout. Même à expédier un courrier électronique. Bingo ! Vous appartenez au cœur de cible des Inrockuptibles, l’hebdomadaire des gens qui souffrent intelligemment au nom des autres.

Suit un portrait pas gentil de Sylvain Bourmeau (avec quelques faits précis.)

Et en note de bas de page: «En choisissant le titre de leur pétition, Les Inrockuptibles, dont l’histoire n’est pas le fort, ignoraient l’existence d’un glorieux antécédent… Le 19 juillet 1919, Le Figaro publiait un manifeste «Pour un parti de l’intelligence» signé par Charles Maurras et ses amis de l’Action française. «Le parti de l’intelligence, expliquaient-ils, c’est celui que nous prétendons servir pour l’opposer à ce bolchevisme qui, dès l’abord, s’attaque à l’esprit et à la culture, afin de mieux détruire la société, la nation, la famille, l’individu.» Les pétitionnaires fulminaient contre la «Déclaration d’indépendance de l’esprit» signée par Romain Rolland, Jules Romains, Albert Einstein, Bertrand Russell, Stefan Zweig. Ces Sardons déploraient: «La plupart des intellectuels ont mis leur science, leur art, leur raison au service des gouvernements». Et ils affirmaient ne travailler que pour «le peuple qui souffre, qui lutte, qui tombe et se relève» (L’Humanité, 26.6.1919). »

Enhardie, je fais une recherche dans le site de www.homme-moderne.org sur les mots "Renaud Camus", et je trouve une chaude recommandation pour Vaisseaux brûlés.
Mon Dieu mon Dieu, RC est récupéré par les libertaires!

La méthode de Thibaudet

A sa mort en 1936, Albert Thibaudet s'était imposé comme l'un des observateurs le plus avisé de la vie littéraire et politique de la Troisième République. En ce temps-là on croyait encore que la condition humaine ne pouvait être comprise sans la littérature, qu'on vivait mieux avec la littérature, et la critique littéraire faisait figure de discipline souveraine, rendait légitime de parler de tout sans être spécialiste de rien.

Antoine Compagnon, Les Antimodernes, p.253


Je n'avais jamais entendu parler de Thibaudet avant de lire ce livre. Je crois que Thibaudet me plaît beaucoup:

Certes, concédait Thibaudet, pour « repérer les empreintes » et « restituer le mouvement » de la création, «il y faudrait des sens et une finesse de Peau-Rouge», ce nez qui manquait à Taine et que Bergson appelait intuition: «[...] supposer l'œuvre non encore faite, l'œuvre à faire, entrer dans le courant créateur qui est antérieure à elle, qui la dépose et qui la dépasse.» Pour cette critique « qui épouserait la genèse même de l'œuvre », l'intelligence ne suffisait pas, et la «sympathie de sentiment» devenait vitale. C'est pourquoi Thibaudet estimait, dans une maxime qui le définit tout entier, que « la muse véritable de la critique c'est l'amitié », à l'œuvre dans les meilleures pages de Sainte-Beuve et indispensable pour réaliser la « création continuée de l’artiste par la critique ». Bergson reconnaissait son idéal: «l’auteur qu’on étudie ne sera plus comparé à d’autres, ou ne le sera qu’accessoirement ; on le comparera plutôt à lui-même, en adoptant pour un instant son mouvement, en définissant ainsi sa direction, ou mieux sa tendance.»
Thibaudet n’a jamais été plus fidèle à cette méthode que dans son Flaubert (et dans son Montaigne posthume), suivant le fil de la biographie, mais sans la moindre psychologie, combinant intelligence et instinct à la recherche de l’unicité d’un être dans les méandres de l’œuvre. Ramon Fernandez pensait qu’entre ses premiers ouvrages un peu denses, le livre sur Mallarmé, et surtout Trente ans de vie française qui a, suivant une image de leur auteur, la consistance d’ «une soupe d’Auvergnat où la cuillère tient toute seule», et les alertes essais plus tardifs, les Valéry, Amiel, Mistral et Stendhal, Thibaudet avait trouvé son équilibre dans le Flaubert, où il « "épouse" la vie, la durée de son auteur, le rythme et les nuances intérieures du génie de celui-ci.» Sa démarche, ni objective ni subjective, repose sur l’identification avec l’écrivain, parcouru comme un paysage ou un territoire: «Ce qu’il faut envisager, disait Thibaudet, ce n’est pas une ligne avec des hauts et des bas, c’est un ensemble, un pays moral et littéraire dans sa durée et sa complexité.» Voir une vie et une œuvre comme un pays, c’est casser la linéarité de l’histoire par la multiplicité de l’instant.»

Ibid., p.269

Tout le monde lit Renaud Camus

En lisant une critique d'Eric Conan dans l'Express du 9 mai à propos de Festivus festivus de Philippe Muray, il me vient un doute: l'expression "les amis du désastre" est-elle purement camusienne, ou RC l'a-t-il reprise ailleurs (chez Muray, Finkielkraut, etc)?

Car je trouve cette phrase: «On peut compter sur l'infatigable activisme polymorphe d'Elisabeth Lévy — qui, elle, croit encore à l'Histoire et à la possibilité de résister aux «amis du désastre» — pour secouer Philippe Muray.» Est-ce qu'Eric Conan lirait RC en cachette, ou a-t-il trouvé l'expression ailleurs?


quelques jours plus tard, je relève les phrases suivantes :

Et l'un de ses interlocuteurs, une femme, s'est défendue expressément d'être une “Amie du Désastre”: «N'essayez pas de me faire passer pour une Amie du Désastre», lui a-t-elle dit exactement — et je pourrais difficilement ne pas y voir une référence explicite à mes petits travaux; de sorte que si j'étais encore plus givré que je ne le suis, je pourrais me fantasmer en inspirateur secret et fournisseur inommé de motifs, de figures et de termes du débat contemporain.
Renaud Camus, Outrepas p.369

Donc tout le monde lit RC à la lampe-torche sous la couette... Pas de chance pour eux qu' Outrepas paraisse après le non au referendum, confirmant l'incompréhension grandissante entre la classe politique et les électeurs... pas de chance pour Renaud Camus de sembler ainsi avoir au moins un peu raison, car c'est sans doute ce qu'on lui pardonnera le moins.


plus tard encore :

Huttington n'est pas mal vu parce qu'il a tort, mais parce qu'il a raison, et parce que plus il a raison, plus son interprétation du monde donne tort aux idéologues, aux journalistes et aux hommes politiques bien-pensants, et dénonce les dangers du monde que ceux-là nous construisent. Renaud Camus, Outrepas'' p.612

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