Il y a belle et bien une obsession juive chez (dans l'œuvre de) Renaud Camus, et ce, dès les premiers ouvrages.

L'étrange, et pardonnez-moi d'écrire de telles évidences, davantage destinées aux visiteurs de passage qu'aux lecteurs fidèles, l'étrange, donc, est que cette obsession soit exactement l'inverse de celle que lui reprochent ses détracteurs : elle est un hommage à la culture juive, jointe à la douleur permanente du souvenir du Désastre.

1978 - Travers, p 67 : «Les trois grands juifs qui nous ont façonnés nous ont appris, grâce à la sûreté de leur paranoïa, que tout est relatif, jusqu'à la vérité, et qu'il n'est de discours qui n'en cache un autre (...)».

1983 - Roman Roi, p 496 : «Les os de ma mère ne sont pas enfouis dans cette terre qui ne flâtera plus nos ombres hâtives, mais dans quelques charniers d'Allemagne ou de Pologne, dont je ne sais même pas le nom. (...) Et quand une fois j'ai osé m'adresser à l'un des hommes de bure, il m'a dit : «Sarah Steiner! Mon pauvre enfant, elles s'appelaient toutes Sarah Steiner!» Pour m'éloigner de lui, j'ai prétendu que je comprenais exactement ce qu'il voulait dire, et je comprends maintenant qu'il ne voulait rien dire exactement.»

1991 - l'Elégie de Budapest, p 316 : «C'était au demeurant un garçon sympathique, pour autant qu'il soit possible d'être antisémite et sympathique, et ce doit l'être évidemment, sans quoi tout serait beaucoup trop simple, et rien si grave.»

1997 - Discours de Flaran : «Comment produire encore de l'art, quand par décence on ne veut plus rien dire, plus rien vouloir, plus rien montrer?»

2002 - Du sens, p 387 «Le XXe siècle culturel et, je crois, spirituel se ressemblerait plus à lui-même si les Juifs y figuraient seuls que s'ils n'y figuraient pas du tout.C'est à eux qu'il doit sa forme générale et ses contours, sinon toute sa chair.»

Et la question : que faire maintenant, maintenant après le Désastre?
Et cette proposition de réponse toute simple : et si l'on cessait de parler, de traiter des juifs sur un mode à part? Si l'on s'autorisait à porter sur eux les jugements que l'on n'hésiterait pas à porter sur des bretons ou des protestants? Et si l'on réinscrivait les juifs dans le discours commun?
Et ce, aussi bien en politique internationale (Buena Vista Park 1980 p 91 : «Israël - L'Occident a essayé d'expier, vingt ans durant, sa culpabilité monstrueuse à l'égard des juifs en refusant d'envisager que l'Etat d'Israël puisse être coupable de la moindre injustice à l'égard des Palestiniens (et à fortiori de sévices)») qu'en politique culturelle nationale (La Campagne de France 2000 «les collaborateurs juifs du "Panorama" de France-Culture exagèrent un peu, tout de même (...)»)

Avec les résultats que l'on sait...

NB: EB signale ensuite la p.286 de La Guerre de Transylvanie.