Mes questions sont historiques. L'essor du journalisme, c'est le XIXe siècle. Quels sont les quelques noms qui tenaient la presse à ce moment-là, à l'époque de Zola, ou Nodier, ou Flaubert (sachant qu'en donnant ses trois noms, j'ai déjà l'impression de parler de trois France), avant l'affaire Dreyfus? Etaient-ils juifs? Le revendiquaient-ils ou le cachaient-ils? Et quelles opinions soutenaient-ils dans la presse?

Tout ce que je souhaiterais, c'est que l'on puisse parler des juifs comme Patrick Cabanel, historien protestant, parle des protestants: sur le même ton objectif, avec le même souci d'être exact et rien d'autre. Mais il paraît que c'est trop demander: ce qui fait que, frustré, on revient toujours sur ce sujet-là puisqu'il est interdit (comme la pédophilie, qui vraiment, en soi, ne m'obsède pas davantage), et qu'on a l'air d'un obsédé. Renaud Camus, Outrepas, p 368

Je pense qu'il doit être possible de traiter, dans une thèse de doctorat, un sujet comme "L'influence de la pensée juive sur le concept de nationalité en Europe de 1870 à nos jours" (ou de 1789 à nos jours). Tout le problème serait de rester extrêmement descriptif et d'étayer chaque affirmation par des sources, très solidement. Ce qui serait impossible serait de porter un jugement négatif. Le jugement porté aujourd'hui sur un tel sujet devra obligatoirement être positif (ce qui en soi est énervant, un jugement obligatoire dans un sens n'est plus un jugement), ou se taire (ou mieux, le jugement devra n'être pas, même en pensée).
A moins d'être juif: seul un juif peut aujourd'hui se permettre de porter des jugements négatifs sur de tels sujets. Mais après tout, Patrick Cabanel est protestant, il étudie l'histoire des protestants. Que seuls des juifs puissent réfléchir sur l'histoire juive, et la juger, procède peut-être tout simplement de la même logique.