[...] Je me noie, je me noie! criait Mlle de Fontanges. Il ne peut pas s'agir d'Angélique, la maîtresse du roi car les dates ne coïncident pas. [...] Non plus, bien sûr, que de Delphine, qui épouse, comme on le sait*, le compositeur George Onslow**. Divers souvenirs de lui, objets personnels, portraits, notes ou manuscrits sont conservés parmi les archives du château d'Aulteribe***, près de Courpières, qui est désormais ouvert au public. Mais d'autres documents et renseignements ont été communiqués aux organisateurs des émissions qui lui ont été consacrées, une semaine durant, à la radio, par son arrière-petite nièce, qui habite New-York. [...]


* Cf. Echange, p 199-201


** Stephen, apprenant que Walter a fait plusieurs séjours dans des asiles new-yorkais, lui demande, littéraire et mondain :

— Est ce que vous avez rencontré Wolfson?

[L'auteur de cette note est très facilement identifiable, ne serait-ce que par le f minuscule qui, sous sa main, est toujours une simple barre, un long tranchant droit ou oblique qui, placé au milieu d'un nom, par exemple, le coupe comme un morceau de glace.]


*** Et non d' Hauterive, comme l'écrit à tort Duparc. Renaud y est retourné, avec sa mère, le 18 mars 1977, ainsi qu'en témoignent les pages de journal**** dont nous extrayons les lignes suivantes: «...Il a bien changé depuis l'état d'abandon où je l'avais vu pour la dernière fois, il y a dix ou douze ans, et il n'y a pas entièrement gagné. Le lierre qui tapissait ses murs a été arraché, les couches de feuilles mortes balayées, et coupés les grands arbres les plus proches, qui le maintenaient, au milieu même du jour, dans une quasi-obscurité. Ce qui m'avait parut si mystérieux naguère, et digne du manoir d'Arkel, n'a plus que l'étrangeté de son écclectisme: si l'essentiel de sa construction, et sa forme générale datent de la fin du Moyen Age, les ajouts et retouches sont de toutes les périodes et de tous les styles, et l'effet d'ensemble plutôt troubadour, souligné par un oratoire pseudo-roman qui fait face au perron d'accès. L'intérieur se distingue par une assez impressionnante collection de meubles et de tableaux, dont un Carrache et un Canaletto que le guide donne pour sûr. On voit aussi un assez joli portrait du Dauphin, fils de Marie-Antoinette, mais il s'agit du premier, et non de l'enfant du Temple (...) Les manuscrits [d'Onslow] ne sont pas exposés, mais peuvent être consultés, éventuellement, avec l'autorisation des Beaux-Arts.

Vous devriez écrire rue Saint-Antoine. Un chercheur américain, du Kansas je crois qu'il était, ou de l'Arkansas, ça existe ça? il a passé plusieurs jours au château, et il donne encore de ses nouvelles, de temps en temps. Faut dire qu'j'l'avais présenté à des gens, comme ça, à droite à gauche, histoire qu'y s'ennuie pas trop, à M'sieur le Curé, par exemple...

On voit toutefois le piano du compositeur, et plusieurs portraits de lui, étonnants par la distance historique qu'ils suggèrent, et les rapprochements qu'ils opèrent, puisque sur l'un il apparaît comme un enfant du temps de Louis XVI, serrant les genoux de sa mère, et sur un autre comme un vieillard du Troisième Empire, selon l'expression du guide. Ce dernier se pique d'attributions et...

Tout le pays qui va de la Dore à l'Allier est superbe, parce que la vue y porte à la fois sur la chaîne du Forez, à l'orient, et sur les Dômes. C'est une région de hautes collines, souvent couronnées de ruines. Au cimetière de Sermentizon on voit la tombe, de style roman une fois de plus, des marquis de Pierre et de plusieurs Onslow, mais pas de George, puisqu'il est enterré à Clermont, à côté du grand-père Antonin (...) Sur la tombe de la dernière marquise sont inscrits quelques vers d'elle, que j'ai relevés, et qui sans doute paraissent meilleurs d'être lus dans l'aura de cette ample campagne où l'on imagine qu'elle courait, vers quelles oeuvres ou quelles amours?

Ne gravez pas sur cette pierre
Ce que je fus, ce que j'aimais.
Ce que j'ai fait sur cette terre
Quand reviendra le mois de mai
Les oiseaux dans leur doux langage
Le diront aux champs, aux forêts.
Antonia

Du village, et de [illisible] voisin, dans un site admirable, on voit le beau et long château de Vollore, en terrasse vers le couchant, où joue encore le dernier soleil, à la pointe pâle et froide de cet après-midi tout en promesses de Printemps. Mais nous n'en avions pas fini de notre promenade. Nous sommes montés jusqu'à Montmorin, propriété jadis de cet amiral M [...] qui tient une si grande place dans la mythologie de Saint-Pierre, telle du moins que la conserve Eugène, et dont le fils, plus ou moins dérangé d'après ma mère (mais il est possible qu'elle s'embrouille un peu dans ces récits, ou moi dans leur transcription), aurait tenté d'assassiner, pendant la guerre, l'amiral D [...] Ces ruines commandent de tous les côtés, aux découpures d'un paysage tourmenté, un panorama immense. D'un ciel très haut, assez nuageux, tombait sur la plaine une lumière de baptême du Christ, à grands rayons divergents, qui éclairait tantôt un village, tantôt l'autre, et dont les reflets dorés couraient le long des routes. Nous sommes rentrés par la Roche-Noire et Cournon******.

Renaud Camus et Denis Duvert, Travers à partir de la page 113

Un défrichage de ce texte : ici.