Cruchons vendredi dernier. Afshine raconte: «Il existait un concours "Ecrire à la manière de Graham Greene". Et Graham Greene était très vexé car il s'inscrivait et il n'a jamais réussi à faire mieux que la troisième place.»

En y réfléchissant, c'est rassurant: aurait-il obtenu la première place qu'il aurait atteint à la caricature. Je pense à la théorie d'Annick Bouillaguet qui veut que Proust se soit pastiché lui-même en relatant sa lecture du journal des Goncourt.

Toujours est-il que le lendemain, Ash Dee, l'un des participants, raconta un rêve sur Facebook. J'ai obtenu l'autorisation de copier ici la suite du dialogue:


Ash Dee: Toutes les nuits, je fais le même rêve étrange : j'ai loué une Mercedes de grand luxe à une agence ADA (le gérant affirme qu'il adore Nabokov...) mais j'oublie sans arrêt de la rapporter. Si bien que le montant de la location, qui augmente de nuit en nuit, atteint désormais plusieurs milliers d'euros, me laissant transi d'angoisse au réveil.

Laurent Morel: Vivre à découvert.

Ash Dee: ou Mort à crédit ?

Philippes de l'Escalier: Un "enseignant" n'a pas les moyens de se payer une Mercedes Grand Luxe ? Il faut vous reconvertir dans la Police Judiciaire !

Ash Dee: Que voulez-vous, cher Philippes, ces jours-ci tout passe dans les places d'opéra, les concerts, les disques, les livres et même, dans une moindre mesure, les brasseries.

Jimmy Mathieu Rodriguez: Envoie la facture à Renaud Camus : frais professionnels.

Ash Dee: J'imagine déjà l'entrée du Journal qui relaterait cet envoi...

Laurent Morel: "Seul un léger dérèglement mental me paraît devoir expliquer cet envoi. Jeanne Loan, qui pourtant est une sainte, est cette fois tout à fait de mon avis. Seul Pierre conseille de ne pas faire d'éclat et de ne pas porter la facture aux gendarmes de Miradoux. En tout cas, cette lettre de ce M. Dee m'a flanqué une belle insomnie, que j'ai employée à lire les Propos d'Alain."

Philippes de l'Escalier: ...que j'ai employée à lire les Propos d'Alain en me défoulant sur le jambon de pays et le saucisson"

Ash Dee: Messieurs : <3<3<3

Laurent Morel: "J'ai essayé d'appeler ce M. Dee ce matin. Je suis tombé sur une dame, d'ailleurs fort aimable, qui a dit qu'il allait me rappeller, dans la meilleure tradition. Et bien entendu, il n'en a rien fait. Alors, la moutarde m'est montée au nez, et je suis allé finalement à la gendarmerie de Miradoux en traversant l'Arratz à pieds secs, comme Moïse, car elle est gelée depuis trois jours. Il fait d'ailleurs un froid de canard dans cette maison, etc."

Ash Dee: "Cette pénible petite affaire me permet de vérifier, une fois de plus, ma fameuse théorie de la "demande dans la demande". Il suffit que quelqu'un, fût-il bien intentionné, vous rende service une seule et unique fois pour qu'on se retrouve obligé, quelques jours ou semaines plus tard, de dépenser une somme importante en échange de ce que l'on pensait pourtant n'être qu'un service. Flatters est du reste entièrement d'accord avec cette théorie ; lui-même ne fait que subir ce genre d'avanie avec ceux qu'il côtoie. Selon lui, nous sommes exposés à une dévaluation sans précédent de la parole, de la phrase, de l'honneur, de la lignée. Cet état de fait, qui n'est jamais que la vérification en actes de ce que j'ai appelé le réensauvagement du monde, est la matière d'un malheur immense dont nous sommes sans cesse abreuvés, lui et moi — lui plus encore que moi, semble-t-il."

Jimmy Mathieu Rodriguez: "Le sage Flatters, qui prend pour moi toutes les décisions importantes de ma vie, m'exhorte à payer cette facture, évoquant la théorie à laquelle il est de plus en plus attaché, "Aime qui t'aime", qui selon lui n'est jamais plus vraie qu'à nos âges. Il a récemment eu l'occasion d'héberger à son atelier du Bertrand, flanqué de son grand ami Loïc Lorent, et s'est étonné de recevoir de ces jeunes gens toute sorte de factures, quelques jours plus tard, liées pour l'essentiel à des adresses de restaurants, de bars de palaces et d'agences de voitures de location haut de gamme. Le jeune du Bertrand expliquait dans sa lettre à Flatters qu'il comptait sur son sens des "lois de l'hospitalité". (Renaud Camus, Enterrés à Canossa, Journal 2011, éditions Fayard)

Ash Dee: RC devrait nous embaucher et faire de l'une des salles des Gardes de Plieux un atelier où des nègres (nous, en l'occurrence) écriraient ce qui est le fond de sauce ordinaire du Journal...

Jimmy Mathieu Rodriguez: Qui te dit que dans les souterrains de Plieux il n'y a pas de nègres qui travaillent, enchaînés à leur chaise, face à des machines à écrire ? Ce sont de malheureux hommes qui sont là nuit et jour. Renaud Camus ne leur porte de la nourriture que de temps en temps (je sais, j'ai vu faire), mais c'est surtout pour les tancer violemment : "Messieurs, Hélène Guillaume vient de rappeler, dépêchons-nous, je vous prie !"

Ash Dee: « Et n'oubliez pas, Messieurs, d'écrire "hors de pair" ! »

Laurent Morel: J'étais de cette équipe mais je me suis fait virer pour avoir écrit : "L'Hôtel de Bâtard".... C con...