En tout cas c'est dans la conscience même de Becket que se déroule, pour l'essentiel, l'action de Murder in the Cathedral.
Renaud Camus, Été (Travers II), p.360

Meurtre dans la cathédrale fut créé sur les lieux mêmes de l'action.
Ibid, p.377

L'ennui de ces relevés, de ces mises en évidence, c'est qu'ils mettent les rapports en pleine lumière, ils écrasent les ombres, les demi-teintes, la surprise au bout d'une ligne lorsqu'on comprend brusquement le clin d'œil de l'auteur. Parfois je me demande s'il est bon de faire ainsi apparaître des rapprochements, n'est-ce pas gâcher le plaisir des lecteurs suivants ? Aide-t-on ou désenchante-t-on, serait-ce finalement la même chose ?

Ces deux phrases sont séparées par seize pages, noyées dans un grand nombre d'autres phrases. Elles sont indépendantes, autonomes, compréhensibles en elles-mêmes, sans apport extérieur : la première analyse le texte de la pièce, insiste sur son intériorité, son aspect "tempête dans un crâne", la deuxième donne une information factuelle sur la création de la pièce.
Seul le rapprochement des deux phrases fait naître l'étrangeté, permet en un raccourci saisissant d'imaginer la création de la pièce dans la tête de Becket, étrangeté, fantasmagorie, retour de la fiction.
La construction des deux phrases ne laisse aucun doute quant à la pertinence de ce rapprochement (toujours le fantôme de Kinbote me retient : et si j'étais en train de tout inventer?) : "action" utilisé dans les deux phrases, "conscience même" et "lieux mêmes", indication de lieu dans la première phrase : "dans la conscience", indication dans la seconde : "sur les lieux". Quels sont les lieux ? la conscience, c'est sans équivoque et insensé, et si discrètement suggéré. Au-delà du sens, la littérature est une manière et un moyen d'être ailleurs.