C'était un élève qui, sans aucune parenté avec moi, portait le même nom de baptême et le même nom de famille que moi.
Été (Travers II), p.112

Mais qui était, mais qu'était-ce Wilson ? Et d'où venait-il ? Et quel était son but ? Sur aucun de ces points je ne pus me satisfaire. [...] Will I am, en tout cas.
Ibid, p.125

I had always felt aversion to my uncourtly patronymic, and its very common, if not plebeian, praenomen. Ces syllabes étaient pour moi un poison pour mes oreilles ; et quand le jour même de mon arrivée, un second William Wilson se présenta dans l'école, je lui en voulus de porter ce nom, et je me dégoûtai doublement du nom parce qu'un étranger le portait — un étranger qui serait cause que je l'entendrais prononcer deux fois plus souvent —, qui serait constamment en ma présence, et dont les affaires dans le train-train ordinaire des choses du collège, seraient souvent, et inévitablement, en raison de cette détestable coïncidence, confondues avec les miennes.
Ibid, p.234

Je m'étais toujours senti de l'aversion pour mon malheureux prénom, si trivial, sinon tout à fait plébéien : aussi décidai-je d'en changer comme j'avais changé de nom et de me faire appeler désormais Renaud.
Ibid, p.262 : variation sur William Wilson

Peut-être était-ce ce dernier trait, dans la conduite de Wilson, qui, joint à notre homonymie et au fait purement accidentel de notre entrée à l'école, répandit parmi nos condisciples des classes supérieures l'opinion que nous étions frères.
Ibid, p.318

Qu'il me soit permis, pour le moment, de m'appeler William Wilson.
Ibid, p.357

Cette nouvelle est un condensé de thèmes camusiens. Le plus logique, bien entendu, c'est d'imaginer que la lecture de Poe a influencé Renaud Camus et qu'il en a adopté les thèmes. Le plus illogique et le plus tentant, c'est de croire à la pure coïncidence : thèmes des jumeaux, du nom partagé, pures coïncidences...
La première fois que j'ai lu Été (Travers II), j'ai vraiment cru que Renaud Camus avait eu un camarade de classe homonyme, né plus ou moins le même jour que lui, ou qu'il s'agissait d'une variation autour de William Burke, son grand amour de jeunesse, né en août 48 (Renaud Camus est né en août 46).
Découvrir et explorer les sources revient à explorer et reconnaître perpétuellement ses erreurs.

J'ai constaté un fait qui m'intrigue beaucoup : une phrase se rapportant à "la réalité", à un fait biographique, ne provoque pas les mêmes impressions ou les mêmes sentiments chez le lecteur qu'une phrase "fictive" (inventée ou citée), même si les deux phrases énoncent exactement les mêmes faits : d'où vient cet écart, et quel est-il? La lecture des Églogues confrontent régulièrement le lecteur à l'expérience de faire passer une phrase du statut de "biographique" à "fictive" (l'inverse doit être possible, mais cela ne m'arrive jamais, sans doute parce que s'il est possible de trouver une source livresque à une phrase, il est bien plus difficile d'en découvrir la véracité biographique.)
Il existe un statut hybride : des variations à partir d'une anecdote réelle. Dans ce dernier cas, c'est la présence même de ces variations qui permet de comprendre qu'il y a dû y avoir à l'origine des faits s'étant effectivement déroulés, sans qu'il soit possible de déterminer exactement lesquels ils sont. Par exemple, ici, on a la certitude qu'il y a eu une aventure amoureuse au cours d'un concert en Angleterre, mais on ne peut comprendre ce qui s'est passé sans l'explication donnée par le journal 2003. Ces variations si manifestement décollées du réel laissent une forte impression de véracité, elles sont davantage du côté de la biographie que de la fiction : l'évidence de la mise en fiction permet de retrouver un canevas de faits.